CHAPITRE IX
tôt qu'à l'ordinaire , après avoi^ enjoint à M. de Ghauvelîn de ne pas s'éloigner.
La cérémonie du lever terminée, tout le monde sortit, et comme on prévint Sa Majesté que madame de Rosen attendait, il donna ordre de l'introduire.
Madame de Rosen fit une entrée des plus pathétiques; elle était tout en larmes, et vint s'agenouiller devant le roi.'
Le roi la releva.
— Pardonnez-moi , sire , dit-elle , d'avoir usé d'une auguste influence pour parvenir jusqu'à Votre Majesté ; mais, en vérité, j'étais si désespérée...
— Oh ! je vous pardonne de grand cœur, madame, et je sais gré à mon petit-fils de vous avoir fait ouvrir une porte qui, à partir de ce moment, vous reste tout ouverte. Mais venons au fait... à la chose principale.
La marquise baissa les yeux.
— Je suis pressé, continua le roi ; on m'attend pour la messe. Ce que vous m'écrivez est-il bien vrai? La comtesse se serait-elle en effet permis de vous...?
— Oh! vous m'en voyez rouge de honte, sire.
Je viens demander justice au roi. Jamais femme de qualité n'a été traitée de la sorte.
14f LE TESTAMENT DE M. DE GHACVELIN.
— Quoi! vraiment, demanda le roi sonriant malgré loi , traitée comme une enfant désobéissante, sans en rien rabattre?
— Oui , sire , par quatre femmes de chambre, en sa présence , dans son boudoir , répondit la jeune femme en baissant les yeux.
— Peste ! reprit le roi , auquel ce détail fit naitre une foule d'idées ; la comtesse ne s'est pas vantée de ce projet-là.
Puis, avec l'œil d'un satyre:
— Et comment cela s'est-il passé : drtes*moi, marquise?
— Sire, reprit la pauvre femme de plus en plus rougissante 9 elle m'a invitée à déjeuner. Je me suis excusée sur mon peu de liberté , sur mon service qui m'appelle dès huit heures du matin chez Son Altesse Royale; elle m'a fait répondre de venir à sept, qu'elle ne me retiendrait pas longtemps; et, en effet, sire, j'en sors depuis une demi-heure.
— Vous pouvez être tranquille , madame , je m'expliquerai avec la comtesse , et justice vous sera rendue ; mais, dans votre propre intérêt, je vous engage à ne pas trop ébruiter l'aventure ; que votre mari surtout n'en sache rien. Les maris sont bégueules en diable sur ces choses-là.