CHAPITRE IX
— Oh ! le roi doit bien penser que, pour mon compte, je saurai me taire; mais mon ennemie, mais la comtesse, je suis bien sure que déjà elle s'est vantée à ses plus intimes de ce qu'elle vient de faire, et demain toute la eour saura... Oh! mon Dieu! mon Dieu ! que je suis malheureuse !
Et la marquise cacha sa tète dans ses inaius, au risque d'étendre son rouge avec ses larmes.
— Rassurëz-vous, marquise, dit le roi, la cour ne saurait avoir on plus joli jouet que vous. Et si l'on en parle, ce sera par envie, comme autrefois, dans roiympe , on parla de la même aventure arrivée à Psyché. J'en sais parmi nos colletsmontés qui ne s'en consoleraient pas si facilement que vous pouvez vous en consoler ; vous , marquise, vous n'aviez rien à y perdre.
La marquise fit une révérence, et rougit plus eneore, si la chose était possible.
Le roi regardait cette rougeur et dévorait ces larmes.
-^ Voyons, dît-il, retournez chez vous, essuyez ces jolis yeux; ce soir, au jeu, nous arrangerons tout cela, c'est moi qui vous le promets.
Et avec cette galanterie et cette bonne façon particulières à sa race, le roi reconduisit la jeune femme jusqu'à la porte, ou il lui fallut traverser
la foule des courtisans , étonnés et intrigués au possible.
Le duc d'Ayen, capitaine des gardes du corps deserTice, s'approcha du roi et s'inclina devant lui en silence, pour attendre ses ordres.
— A la messe, duc d'Ayen, à la messe, maintenant que j'ai fini mon métier de confesseur , dit le roi.
— Une aussi jolie pénitente ne peut avoir commis que de jolis péchés, sire.
— Hélas ! la pauvre enfant ! ce ne sont pas les siens qu'elle expie, poursuivit le roi en marchant le long de la grande galerie pour se rendre à la chapelle.
Le duc d'Ayen le suivait à un pas en arrière, assez près pour l'entendre et lui répondre, mais sans se trouver sur la même ligne, suivant l'étiquette.
— Ou serait heureux d'être son complice , même pour un crime, crime d'amour, bien entendu , sire.
— Son péché, c'est celui de la comtesse.
— Oh î pour ceux-là, le roi les sait tous.
— Sans doute , cette bonne comtesse , on la calomnie. Elle ^ est extravagante , folle même , comme dans l'occasion dont il s'agit, et pour laquelle je la tancerai ; mais elle a un cœur