CHAPITRE IX
excellent. On aura beau m*en dire du raal , je ne le croirai pas. Parbleu! je sais bien que je ne suis pas son premier amant, et que, dans ses bonnes grâces , je succède à Radix de Sainte- Foy.
— Oui , sire , riposta le duc avec sa malice ordinaire, enveloppée sous les formes les plus exquises, comme Votre Majesté a succédé à Pharamond.
Le roi , malgré tout son esprit ^^ n'était pas de force contre ce rude jouteur, à moins de se fâcher. Il en sentit le ridicule, et fit semblant de ne pas comprendre. Il se bâta d'adresser la parole à un chevalier de Saint -Louis qu'il trouva sur son passage. Louis XV était débonnaire et facile; il passait beaucoup de licences à ses familiers , et pourvu qu'on l'amusât, il faisait bon marché du reste. Le duc d'Ayen, surtout , était en possession de dire tout ce qu'il avait la fantaisie de raconter. Madame du Barry, toute -puissante, n'avait jamais songé à le combattre; son nom, sa position , son esprit d'abord , lui semblaient inattaquables.
Pendant la messe, le roi eut des distractions : il songeait k la tempête qu'amènerait la nouvelle frasque de madame du Barry, si elle arrivait aux oreilles de M. le Dauphin. Ce prince
avait justement, la veille, tancé la comtesse, qui, malgré lui, avait fait avoir au vicomte du Barry, son neveu , une place d'écuyer dans sa maison.
— Qu*il ne s*approche pas de moi, avait dit le Dauphin, ou je le fais chasser par mes gens.
Certes, ces dispositions n'annonçaient pas d*indu1gence pour la plaisanterie grossière que s'était permise la comtesse. Louis XV sortit donc de la chapelle, assez embarrassé. Avant de se rendre au conseil, il passa chez madame la Dauphine ; il la trouva merveilleusement ajustée et coiffée d'un bec de diamants admirablement monté.
— Vous avez Ui, madame, un magnifique bijou, dit le roi.
— Vous trouvez , sire ? Comment Votre Majesté ne le connait-elle paft?
— Moi?
— Sans doute, puisque Votre Majesté a donné l'ordre qu'on l'apportât chez moi.
— Je ne sais ce que vous voulez dire.
— Cependant, c'est un fait très-facile à éclaircir. Hier un bijoutier est venu au château de Versailles avec ce joyau fleurdelisé et orné de la couronne de France, commandé par Votre Majesté. Puisque Dieu nous a enlevé la reine, j'avais