CHAPITRE PREMIER
cbemise plissée à pelits plis , avec le jabot , avec la cravate blanche pliée au fer, c'est la femme ou la fille, la méuagère de la maison, enfin, qui est chargée de Tappréter. De là l'espèce de protestation que prononce cette toilette bien battue, bien brossée, contre la toilette de tous les jours , de toutes les heures, qui a horreur, elle, de la baguette de jonc et de la brosse de chiendent.
M. de Yillenave avait un habit bleu, à boutons dorés, un pantalon noir, un gilet blanc, une cravate blanche.
Singulière mécanique que la pensée , rouage intellectuel qui marche ou s'arrête malgré nous, parce que c'est la main de Dieu qui la remonte, pendule qui sonne, à son caprice , les heures du passé et parfois celles de l'avenir.
Sur quoi ma pensée s'étaît-elle arrêtée en voyant M. de Villcnave? Était-ce, comme je le disais tout à l'heure, à un angle de son discours? Non, c'était à un angle de sa vie.
J'avais lu autrefois... où? je n'en savais rien, unebrochuredeM. de Villenave, publiée en 1 794, intitulée : Relation du voyage de cent trentedeux Nantais.
C'était à cet épisode de la vie de M. de Villenave que mon esprit s'était accroché en voyant pour la première fois M. de Yillenave.
13 LE TESTAMENT DE M. DE CHAUVELm.
En effet, M. deVillenave avait habité Nantes en 1795, c'est-à-dire en même temps que Jean- Baptiste Carrier de sanglante mémoire.
Là, il avait vu le proconsul, trouvant les jugements trop longs et la guillotine trop lente, supprimer les procès, inutiles d'ailleurs, puisqu'ils ne sauvaient jamais le coupable, et substituer à la guillotine les bateaux à soupape ; peut-être était-il sur le quai de la Loire, lorsque le 15 novembre 1795, Carrier, comme premier essai de ses baignades républicaines et de ses déporta-^ fions verticales ( c'étaient les noms qu'il donnait au nouveau genre de supplice inventé par lui ) , fit embarquer quatre-vingt-quatorze prêtres , sous prétexte de les transporter à Belle-Isle; peut-être était-il sur les bords du fleuve, lorsque le fleuve épouvanté rejeta sur ses bords les quatre-vingt-quatorze cadavres des hommes de Dieu ; peut-être alors se révolta-t-il à ce spectacle qui, au bout de quelque temps, avait corrompu, en se renouvelant chaque nuit, l'eau du fleuve, à ce point qu'on défendit de la boire ; peut-être , plus imprudent encore , aida-t-il à donner la sépulture à quelqu'une de ces pre»
mîères victimes qui devaient être suivies de tant de victimes; mais il était arrivé ceci, qu'un matin M. de Villenave avait été arrêté, jeté en.