‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 55 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

intention, dans la chapelle du château, le saint sacrifice de la m^se, et je le ferai chaque jour.

— Depuis vingt ans que je suis unie à M. de Chauvelin, répondit la marquise, je n'ai pas laissé passer une heure sans demander à Dieu de toucher son cœur. Jusqu'ici le Seigneur ne m'a point exaucée. J'ai vécu seule le plus souvent dans la douleur et dans les larmes, vous le savez, mon père. J'ai gémi dans la solitude sur des erreurs que je ne pouvais combattre; Dieu ne méjugeait pas apparemment assez pure pour me rendre victorieuse. Il me fallait souffrir encore pour acheter cette grâce. Je souffrirai. La volonté du Tout-Puissant soit faite!

Pendant ce temps, derrière la marquise et le père Delar, le précepteur accompagnait les enfants, et, presque aussi jeune qu'eux, l'abbé n'avait que dix-huit ans, il partageait leurs amusements.

— Mon frère, dit l'ainé, savez-vous quel est maintenant le jeu à la mode à la cour ?

— Oui, sans doute, mon père me l'a dit hier au souper : c'est l'hombre.

— £h bien ! jouons à l'hombre.

— Impossible; d'abord il faut des eartes, et ensuite nous ne savons pas comment on y joue.

— II y en a un qui est Tbombre.

— Et l'autre?

— Dame ! l'autre a peur, je suppose, et alors il perd.

— Mon frère, dît l'ainé, ne parlons pas de cartes, vous savez que notre mère n'aime pas cela, et prétend que les cartes portent malheur.

Au même moment, madame de Ghauvclln se levait.

— Ma mère s'en va dans le parc, répondit le cadet en la suivant des yeux, et par conséquent elle ne nous verra pas. D'ailleurs M. l'abbé, qui est avec nous, nous en avertirait si c'était mal.

— C'est toujours mal, dit le précepteur, de faire de la peine h sa mère.

— Oh ! mais mon père joue à la cour, répliqua l'enfant avec cette tenace logique qui s'accroche, comme toutes les faiblesses, h tout appui un peu rassurant. Nous pouvons donc jouer, puisque mon père joue.

L'abbé ne trouva rien h répondre , et l'enfant continua :

— Tiens , voilà ma mère qui dît adieu au père Delar; elle le reconduit du côté de la grille... il va s'en aller. Attendons : maman, le père Dclar une fois parti, rentrera dans son

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