‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 59 sur 74 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

justement ce qu*il y a d'étrange, madame la marquise avec ces messieurs ont vu, et il n'y a que nous qui n'avons pas vu.

— N'importe, reprit le moine , dans l'un ou l'autre cas ii serait peut-être mieux que madame la marquise et ses enfants se retirassent dans Torangerie, tandis que nous , nous irons au château ; nous appellerons les gens, et nous nous assurerons de ce qui est arrivé. Allez, madame, allez.

La marquise était sans force; elle obéit machinalement, et se retira dans l'orangerie avec ses deux fils, sans avoir un seul instant perdu de vue les fenêtres du château.

Puis, s'agenouillant :

— Prions toujours, mes fils, dit-elle, car il y a une âme qui me sollicite à prier en ce moment.

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Cependant, le moine et l'abbé avaient continué leur route vers le château; mais, arrivés en vue de la grande porte , ils s'étaient arrêtés et avaient ouvert un conseil pour savoir s'il ne fallait pas d'abord aller aux communs et y prendre, afin de ftiire une perquisition dans les bâtiments , les gens qui à cette heure étaient réunis et en train de souper.

Cette proposition avait été émise par le prudent camaldule, et l'abbé était tout près de s'y

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rendre, quand ils virent une petite porte s'ouvrir, Bonbonne apparaître , et le vieil intendant accourir vers eux , autant que son grand âge le permettait. Il était pâle , tremblant , faisait de grands gestes et parlait tout seul.

— Qu'y a-t-îl? demanda l'abbë en faisant quelques pas au-devant de lui.

— Ah, mon Dieu! mon Dieu! s'écria Bonbonne.

— Que vous est-il donc arrivé? continua le camaldule.

— Il m'est arrivé que j'ai eu une vision terrible.

Le moine et l'abbé se regardèrent.

— Une vision ? répéta le moine.

— Allons donc ! c'est impossible, dit l'abbé.

— Cela est, vous dis-je, insista Bonbonne.

— Et quelle est cette vision? dites.

— Oui. Qu'avez- vous vu?

— J'ai vu je ne sais pas encore bien au juste quoi ; mais enfin j'ai vu.

— Expliquez-vous alors.

— Eh bien ! j'étais dans ma chambre de travail ordinaire , au-dessous du grand cabinet de M. le marquis, et communiquant, vous le savez, h ce cabinet par un escali^ dérobé. Je feuilletais encore les titres pour m'assurer que nous

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