‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 60 sur 74 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

n'avions rien oublie dans la rédaction du testament si nécessaire à ravenir de toute la famille. Sept heures venaient de sonner : tout k coup j'entends marcher dans cette pièce que j'avais fermée hier derrière M. le marquis, et dont j'avais la clef dans ma poche. J'écoute. C'étaient bien des pas. J'écoute encore : ces pas retentissaient au-dessus de ma tête. Il y avait quelqu'un en haut! Ce n'est pas le tout, j'entends ouvrir les tiroirs du bureau de M. de Ghauvelin. J'entends remuer le fauteuil placé devant le bureau, et cela sans précaution , ce qui me semble de plus en plus extraordinaire. Ma première idée est que des voleurs ont pénétré dans le château. Mais ces voleurs sont bien imprudents ou bien sûrs de leur fait. Alors, que faire? Appeler les domestiques? Ils sont dans les communs à l'autre bout de la maison. Pendant que j'irai les chercher, les voleurs auront le temps de fuir. Je prends mon fusil à deux coups. Je monte par le petit escalier qui conduit de chez moi au cabinet de M. le marquis. J'arrive sur la pointe du pied. Au fur et à mesure que je gagne les dernières marches, je tends de plus en plus l'oreille. Non-seulement j'entends remuer toujours, mais encore gémir, râler, pousser enfin des sons inarticulés qui me pénétraient jusqu'au

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fond de TAme ; car, il faut bien tous l'avouer, plus j'approchais, plus il me semblait entendre et reconnaître la voix de M. le marquis.

— Étrange! s'écria l'abbé*

— Oui, oui, étrange ! répéta le moine. Continuez, Bonbonne, continuez.

— Enfin, reprit l'intendant en- se rapprochant de ses deux interlocuteurs, comme pour chercher un refuge près d'eux, enfin je regardai par le trou de la serrure, et je vis une grande lueur dans la chambre, quoiqu*il fit nuit close et que les volets fussent fermés , et fermés par moi-même.

— Après?

— Le bruit continuait. C'étaient des plaintes comme un râlement de mort. Je n'avais pas une goutte de sang dans les veines. Pourtant , je voulus voir jusqu'au bout. Je fis un effort. Je remis mon œil à l'observatoire, et je distinguai des cierges allumés autour d'un cercueil.

— Oh! vous êtes fou, mon cher M. Bonbonne , dit le moine en frissonnant malgré lui.

— J'ai vu, j'ai vu, mon père.

— Mais vous aurez mal vu, dit l'abbé.

— Je vous dis, M. l'abbé, que j'ai vu la chose comme je vous vois; je vous dis que je n'ai perdu ni ma présence d'esprit ni mon bon sens.

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