CHAPITRE XII
— Et cependant YousYOus êtes enfui épouvanté!
— Pas du tout ; au contraire, je suis resté en priant Dieu et mon patron de me donner la force. Mais, tout à coup, un grand fracas s'est fait entendre, les cierges se sont éteints, et tout est rentré dans les ténèbres. C'est alors seulement que je suis descendu, que je suis sorti, et que je vous ai aperçus. Maintenant nous sommes réunis. Voici la clef du cabinet. Vous êtes hommes d'Église, et par conséquent exempts de terreurs superstitieuses. Voulez-vous venir avec moi? Nous nous assurerons par nous-mêmes de rétat des choses.
— Voyons, dit le camaldule.
— Voyons, répéta l'abbé.
Et tous trois entrèrent au château, non pas par la petite porte qui avait donné sortie à Bonbonne, mais par la grande porte qui avait donné entrée au marquis.
En passant, sous le vestibule , devant une grande horloge de famille, surmontée des armes des Ghauvelin , l'intendant leva la bougie qu'il venait d'allumer.
— Ah! par exemple, dit-il, voilà qui est singulier ! Il faut qu'on ait touché à cette pendule et qu'on l'ait dérangée.
— Pourquoi cela?
— Parce que, depuis mon enfance, je la vois au château, et depuis mon enfance elle est invariable.
— Eh bien?
— Eh bien! ne voyez-vous pas qu'elle est arrêtée?
— A sept heures, dit le moine.
— A sept heures, répéta l'abbé.
Et tous deux se regardèrent encore une fois.
— Enfin ! murmura l'abbé.
Le moine dit quelques mots qui ressemblaient à une prière.
Puis ils montèrent l'escalier d'honneur, traversèrent l'appartement du marquis , fermé et désert. Ces immenses pièces, éclairées par la lueur tremblante d'un seul flambeau que portait l'intendant, étaient solennelles et effrayantes.
En arrivant à la porte du cabinet, leurs cœurs battirent vivement : ils s'arrêtèrent et prêtèrent l'oreille.
— Entendez-vous ?demanda l'intendant.
— Parfaitement, dit l'abbé.
— Quoi? demanda le moine.
— Gomment! vous n'entendez pas cette espèce de râle comme en pousserait une personne à l'agonie?