‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 65 sur 74 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

c'est encore une idée de Tingénieuse madame du Barry, un journal que Sa Majesté lit le matin dans son lit. Ce journal se rédige dans tous les lupanars de Paris, et particulièrement chez la fameuse Gourdan.

Un jour, le roi apprend par ce journal que M. de Lorry, é^éque de Tarbes, a eu la veille l'impudence de rentrer à Paris, ramenant dans sa voiture découverte madame Gourdan et deux de ses pensionnaires. Cette fois, c'est trop fort ; le roi fait prévenir le grand aumdnier, qui appelle près de lui l'évéque.

Heureusement, tout s'explique par hasard à la plus grande gloire de la pudeur et de la charité du prélat. En revenant de Versailles, l'évéque de Tarbes a vu, à pied, sur la grande route, trois femmes près d'un carrosse brisé ; pris de pitié pour leur embarras, il leur a offert une place dans sa voiture. La Gourdan a trouvé la proposition plaisante, et a accepté.

Et chacun de ne pas vouloir ajouter foi à cette naïveté du prélat, chacun de lui dire:

— Comment ! vous ne connaissez pas la Gourdan? En vérité, c'est incroyable!

Au milieu de tout cela, la fameuse guerre musicale entre les gluckistes et les piccinistes est déclarée; la cour se sépare en deux partis.

La Dauphine, jeune, poétique, organisée musteaiement, élève de Gluck, ne trouvait dans nos opéras qu'un recueil d'ariettes plus ou moins gracieuses. En voyant représenter les tragédies de Racine, elle eut l'idée d'envoyer Iphigénie en Aulide k son maître, et de l'inviter à verser les flots de sa musique sur les vers harmonieux de Racine. Au i>out de six mois, la musique fut faite, et Gluck apporta lui-même sa partition à Paris.

Une fois arrivé , Gluck devint le favori de la Dauphine et eut ses entrées à toute heure dans les petits appartements.

Il faut s'habitua à tout, et surtout au grandiose. La musique de Gluck ne fit pas à son apparition tout l'effet qu'elle devait faire. Aux cœurs vides, aux cœurs fatigués, il ne faut pas la pensée ; le bruit suffit ; la pensée est une fatigue, le bruit une distraction.

La vieille société préféra la musique italienne, le grelot sonore à l'orgue mélodieux.

Madame du Barry, par opposition et parce que madame la Dauphine avait mis en avant la musique allemande, madame du Barry prit parti pour la musique italienne et envoya des libretti à Piccini. Piccini renvoya des partitions, et la jeune et la vieille société se partagèrent en deux camps.

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