‹ Le testament de M. de ChauvelinChapitre 8 sur 74 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ces cinq chambres pouvaient contenir quarante mille volumes et quatre mille cartons.

L'antichambre formait dëjà à elle seule une énorme bibliothèque ; elle avait deux ouvertures; ces. deux ouvertures donnaient, celle de droite, dans la chambre & coucher de M. de Villenave , laquelle chambre à coucher donnait elle-même, par un couloir longeant l'alcôve, dans un grand cabinet éclairé par des jours de souffrance ; celle de gauche, dans une grande chambre donnant elle-même dans une chambre plus petite.

Cette grande chambre donnant dans une chambre plus petite, avait non-seulement, ainsi que sa voisine, ses quatre faces garnies de corps de bibliotiièque tapissés de livres et supportés par des soubassements de cartons, mais encore une construction fort ingénieuse avait été établie au milieu de ces deux chambres, construction pareille aux bornes que l'on met au centre des salons afin que l'on puisse s'asseoir tout autour. Grâce & cette construction, le milieu de la chambre , qui présentait une seconde bibliothèque dans une première, ne laissait plus de libre qu'un intervalle quadrangulaire dans lequel une seule personne pouvait agir librement. Une seconde personne eût gêné la circula-

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tioa; ausri était-il très-rare qfie M. deVillenave iatroduisit quelqu'un, fut-ce un ami intime, dans ce sanctum sanctorum.

Quelques privilégiés avaient passé leur tête par la porte , et , & travers la savante poussière qui poudroyait incessamment en atomes lumineux, dans les rares rayons de soleil qui pénétraient dans ee tabernacle , ils avaient pu apercevoir les mystères bibliographiques de M. de Villenave, comme Claudius, grâce k son déguisement féminin, avait pu, de l'atrium du temple isiaque , surprendre quelques-uns des mystères de la bonne déesse.

€'est là qu'étaient les autographes : le siècle de Louis XIV seul occupait cinq cents car* tons.

C'est là qu'étaient les papiers de liOuis XVI , la correspondance de Malesherbes, quatre cents autographes de Voltaire, deux cents de Rousseau, C'était là qu'étaient les généalogies de toutes les familles nobles de France avec leurs alliances et leurs preuves. C'était là qu'étaient les dessins de Raphaël, de Jules Ronlain, de Léonard de Vinci , d'André del Sarte , de Le-r brun, de Lesueur, de David, de Teniers; les collections de minéraux, les herbiers rares les manuscrits uniques.

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