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en Suisse, en Hollande, et dans nos propres campagnes. Ils ne la doivent qu'à la réunion des deux sexes dans le premier âge. C'est peut-être le seul moyen de la rappeler dans nos villes . Ne croyez pas qu'il y soit impraticable. L'inspecteur des écoles de Rouen, élève de celte école normale, m'a dit (pie cet hiver, où le froid a été excessif, le bois de chauffa,u:e étant venu à manquer, sa femme, qui tenait une école de filles, lavait réunie à la sienne composée de garçons, et ([uil en était résulté le meilleur effet. Nous verrons tous les avantages que nous espérons de la réunion dés deux sexes à l'harmonie IVaternelle. Permettez-moi seulement d'observer encore ici que si Ion croit qu'il y ait de l'indécence pour des instituteurs délever ensemble des garçons et des fdles. il y en aurait bien davantage pour ceux-ci d'avoir pour maîtres des gens mariés, comme la loi veut, avec raison, qu'ils le soient. Si les instituteurs vivent avec leurs femmes, pourquoi les élèves ne vivraient ils pas avec leurs sœurs? En établissant dans le même lieu le mari et la femme, il faudra à la République la moitié moins d'écoles, ce qui est une très grande économie. L'instituteur et l'institutrice réunis seront beaucoup plus à leur aise. Ils seront pour les enfants des (]e\\x sexes une leçon vivante de bonheur conjugal ])ien plus frapit.uite qu'une leçon écrite. Ainsi l'école deviendra pour eux une image de la maison maternelle. Tâchons maintenant de lui donner une forme républicaine.
Disons d'abord un m(d de l'ordre et du tenii»s des
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leçons. Elles commenceraient en hiver à neuf heures du matin et finiraient à midi ; et elles dureraient l'aprrs-dînée depuis deux lieures jusqu'à quatre. En été elles dureraient le malin (k^puis sept heures jusqu'à onze, et l'après-midi depuis trois jusqu'à sept, de sorte que dans les jours les plus courts, les leçons seraient de cinq heures, de trois le matin et de deux l'après-midi, et dans les jours les plus longs elles seraient de huit heures, de quatre le matin et de quatre le soir. Le temps des leçons sera employé à apprendre à lire, à écrire, et à chiffrer. En hyver la dernière demi-heure de chaque séance du matin et du soir sera donnée à l'étude des principales lois de la nature, aux sciences et aux arts qui en résultent, et surtout à la morale: en été ce sera la dernière heure entière du matin et du soir.
Le cours des harmonies de la nature que je vais décrire produisant celui des sciences, des arts et de la morale, se trouve distribué de manière qu'il commence et finit avec Tannée solaire, c'est-à-dire au solstice d'hiver, et comme ces harmonies sont au nombre de douze, on peut aisément faire quadrer chacune d'elle avec chaque mois, comme le cours de leur ensemble avec celui de Tannée.
Il se trouve à la vérité treize harmonies dans mon traité, quoiqu'il n'y en ait que douze dans mon plan, parce que j'ai tiré les harmonies solaires directes des puissances terrestres, pour les faire marcher ensemble et en tète ; mais on peut les faire entrer aisément dans le cours des mois de Tannée en prenant pour division du temps les mois lunaires qui
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sont au nombre de douze et demi à peu près, Tannée lunaire étant plus courte d'onze jours environ que lannéc solaire. On peut ensuite recommencer le cours entier de ces harmonies l'année suivante si deux ans sont nécessaires, comme je le pense, pour savoir écrire, lire et chiffrer. Au reste c'est à l'instituteur de distribuer les diverses parties de cette étude à ses élèves comme on fait étudier à ceux dune académie de peinture les yeux, les mains, les têtes d'un tableau avant de leur faire copier le tableau entier.
Après avoir donné une idée de Tordre des leçons, voyons celui des écoliers. Les garçons seraient placés sui' un des côtés de l'amphithéâtre demicirculaire, et les filles sur le côté opposé, et l'instituteur avec l'institutrice au centre vis-à-vis d'eux. La leçon commencerait par une hymne courte en forme de prière à l'Être Suprême. Elle renfermerait une maxime de morale ou l'éloge de quelque grand homme célébré par la république. Les strophes en seraient chantées tantôt ensemble tantôt alternativement par les garçons et les filles à Tiniitalion du poème séculaire d'Horace. On ne doit pas douter du pouvoir réuni de la poésie et de la musique surtout sur le premier âge de la vie. L'hymne de Castor et de Pollux fit gagner plus d'vmc bataille aux Spartiates. Celle des Marseillais, faite par Delile, ne peut inspirer moins de valeur à nos citoyens. C'est à la nation à récompenser dignement nos poètes et nos musiciens, afin qu'il se fcjrme parmi eux des ïhalès et des Tyrthées qui donnèrent tant (riiidiience aux
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lois de Lycuriiuo. Quant aux hymnes, elles doivent convenir à tontes les coninnniions relip:ienses ; comme elles s'adressent an père des hommes, elles ne doivent point mandire ceux qui diirèrent de nous d'opinion, ni éterniser les vengeances. Il faut qu'elles donnent une idée de la divinité d'après le spectacle de la nature et les sentiments du cœur humain.
Les hymnes ne doivent point s'exprimer an singulier, mais au pluriel. On ne doit point (admettre] ces mots monosyllahiques Je, moi, mon, qui disposent les enfants à l'ég-oïsme même en parlant à Dieu. Ils doivent s'adresser à lui comme des frères au père commun ; ils emploîront donc dans leurs chants des expressions collectives, telles que celles-ci : nous fhnplorons, viens à nous. Chacun d'eux s'adressant à lui dira notre père, et non pas mon père. Lorsque le suhlime Homère représente Phœnix, gouverneur d'Achille, aux pieds de son élève, cherchant à rappeler en lui les sentiments de Fhnmanité et do la divinité, il ne lui dit point : la prière vient du ciel ; mais il lui dit : les prières sont filles de Jupiter. Il les peint comme des sœurs éplorées qui vont de compagnie, parcourant la terre pour y répai'er en commun les maux qu'y fait l'injure.
Après le chant mélodieux de l'hymne, l'instituteur découvrirait la tahle d'instruction voilée par un rideau. Sur cette tahle serait une leçon d'écriture et une d'arithmétique imprimée en très grands caractères, sur un tahleau mohile que Ton change-
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rait suivant le besoin. La leçon (raritlimétiquo ne contiendrait point de maximes dMntérrt suivant lusage, mais, ainsi que celle de récritnre, elle renfermerait quelque principe simple de morale ou • [uelque sentiment touchant. Les enfants les C(i[)ieraient avec des crayons blancs sur des tablettes noires, ou ce qui vaut encore mieux, avec des poinçons sur des ardoises. Par ce moyen ils épargneraient beaucoup de papier, d'encre et de plumes dont ils font un très grand dégât. Ils apprendraient à lire et à sentir en même temps qu'à écrire. Lluiliiliule de tracer des caractères leur en faciliterait bientôt la connaissance. Il résulterait de cet arrangement que la leçon donnée non dans de petits livres mais sur un tableau bien apparent, servirait à la fois à toute Técole, quelque nombreuse qu'elle fût. J'y ajouterai une autre considération, c'est que les objets font sur les enfants et même sur les hommes luie impression proportionnée à leur grand eui'.
Voila donc une grande économie de temps et de moyens pour l'instituteur et son éi)ouse. Mais pour les soulager encore davantage dans lenrs fonctions, ils s'associeraient un certain nombre d'élèves, parmi les plus habiles et les plus sages, p(mr faire répéter les leçons aux moins avancés, avoir soin de la propreté de Fécole, de la culture du j.iniin, cl surveiller les désordres en tout genre. Ils seraient non seulement chargés de la censure des abus, mais de la recherche des bonnes actions dans Técole et an dehors. J'ai toujours vu avec peine
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que les censeurs, chez les Romains, ne punissaient que le vice, et ne récompensaienl [)oint la vertu. Il en résultait à la longue que leurs emplois devenaient odieux et les rendaient eux-mêmes durs et inexorables. Pour éviter ces inconvénients, les surveillants de l'école seraient chargés de rechercher à la fois le bien et le mal, double fonction qui appartient naturellement à ceux qui exercent la justice. Ils seraient élus par leurs camarades à la pluralité des voix, ce qui exciterait parmi eux non des émulations particulières si dangereuses, mais celle du l)ien public. L'instituteur, cependant, comme représentant de l'autorité paternelle, ou, si l'on veut, de la nationale, se réserverait le droit de sanctionner et de modifier les punitions et les récompenses. Il serait en quelque sorte dans cette république ce que le conseil des anciens est dans la nôtre. Cela est d'autant plus dans l'ordre ici que lui seul surpasse de beaucoup ses élèves en lumière et en expérience. Les punitions seraient d'être privés pour un temps des fonctions publiques, d'être banni de l'école pour une heure, pour une leyon entière, pour un jour; et les récompenses, de pouvoir remplir une fonction, et exempter un ami d'une punition encourue. (iCS règlements seraient communs aux deux sexes, afin d'entretenir entre eux à la fois l'amour du l)ien public et la concorde fraternelle. On ne s'écarterait de cet ordre que pour les exercices militaires des garçons, dont les filles seraient simplement spectatrices. Il ne faut pas que Vénus soit armée chez nous comme à Sparte. Il suffira à
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nos jeunes guerriers de recevoir leurs couronnes (les mains de leurs compagnes. Comme je ne m'occupe ici que de la forme d une école primaire, je réserve pour la suite de cet ouvrage les divers objets d'instruction. Je ne m'arrêterai donc qu'à un point très important. C'est que quelque leçon qu'on donne aux enfants, on ne la leur fasse jamais apprendre par cœur.
Ce paradoxe paraîtra d'autant plus étrange qu'il est opposé à l'usage inunémorial des collèges et des couvents. En effet, je conçois qu'un régent a du être enchanté d'entendre un enfant réciter de suite vingt vers de Virgile. Il kii semblait que le génie du poète de Mantoue reposait sur la tète de son écolier. Une religieuse croyait voir un père de l'Église, quand sa pensionnaire lui récitait chaque jour une page de son catéchisme. Mais il n'est malheureusement que trop prouvé que de tant de leçons apprises par cœur il n'en reste rien, je ne dis pas dix ans, mais dix jours après. Ce que vous donnez en garde à la mémoire, vous l'ôtez au sentiment, et, ce qu'il y a de plus fâcheux, à la conduite.
Le par cœur tue la leçon comme la lettre tue le sens.^.ren ai vu souvent des exemples. Dernièrement un paysan mon voisin, qui ne sait pas lire, ce qui est fort commun dans les environs de Paris, me disait que son petit-garçon ne serait pas aussi ignorant que lui, quïl savait dire son alphabet par cuHU'. Je fus cui'ieux de le lui faire réciter. En effet, il le répéta tout entier, en promenant son doigt le long de ses lettres. Mais comme sa langue allait
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plus vite que sa main, je m'aperçus que celle-ci n'était qu'aux deux tiers de la leçon, lorsque Tautre r avait déjà finie. Alors je lui demandai le nom de chaque lettre en particulier, mais il no put jamais en nommer une seule. Il savait sou alphabet par cœur, et ne connaissait pas une lettre. Il résulte d'autres inconvénients du par-cœur ou mot à mot, c'est que les enfants savent des mots, et qu'ils en ignorent le sens, et que s'ils pénètrent celui d'un livre, ils se modèlent de telle sorte sur son style qu'ils ne peuvent le traduire dans la conversation. Ils récitent comme le livre même, et, pour n'en pas oublier les mots, ils y introduisent des accents de musique, méthode naturelle pour retenir; de sorte qu'ils chantent en récitant et ensuite en parlant. Je voudrais donc qu'un enfant ne répétât jamais que le sens de ce qu'il a appris. Il chercherait alors à se rappeler les choses et non les mots, et à y mettre de l'ordre à sa manière. Il apprendrait à raconter ce qu'il a vu en rendant compte de ce qu'il a lu. Il formerait à la fois son style et son jugement. C'est non ce qu'on avale qui nourrit, mais ce qu'on digère. Ce n'est pas ce qu'on apprend par cœur qui instruit, c'est ce que l'on conçoit. Il résulte de là qu'au commencement de l'éducation il ne faut point de métaphysique aux enfants, partant point de grammaire. Comme je l'ai dit, ils apprendront à parler correctement sans savoir ce que c'est qu'indicatif et subjonctif, comme ils apprennent à jeter des pierres et à atteindre le but sans savoir qu'ils décrivent des paraboles.