‹ Le Texte primitif de la Satyre MénipéeChapitre 10 sur 21 · DE MONSIEUR DE MAYENNE · texte numérisé non relu

DE MONSIEUR DE MAYENNE

EssiEURs, VOUS me serez tous tesmoings que, depuis que j'ay prins les armes pour la Saincte Ligue, j^ay (ou Dieu me confonde!) eu nostre conservation en si singulière recommandation que j'ay préféré nostre interest particulier à la querelle de Dieu mesme.

« Vous savez que mon expédition de Guyenne, que les Politiques appellent incagade, a esté infructueuse pour autant que je me vouUois reserver plus entier à continuer mes Catholiques desseings, et que celle de Daulphiné a tousjours faict alte, estant

aux escouttes si aux Estatz de Blois vous auriez affaire de nous.

« Les choses aians, en ces Estatz, pris le contrepied de nos souhaitz , vous vistes en quelle diligence je vins vous trouver à Paris, et en quelle haste aussy mon cousin le Connestable d'Aumalle feit préalablement descendre en poste le Saint-Esprit sur une partie de Messieurs de Sorbonne : car aussy s'est dict aussy s'est faict, et de là sont procédez tous nos beaux exploictz de guerre, de là ont pris origine les milliers de saincts martyrs François, qui sont mortz, à cause de la Sainte Union, de faim, de glaive, de feu, de rage, de desespoir et autres violences. De là le chastiment de tant de piafans faulxbourgs, qui voulloient faire les gallands et s'accomparer aux villes; de tant d'Eglises et Monastères qui nuisoient à la Saincte Union; de tant de villes et chasteaux qui ont servy de purée aux devotz enfans de la saincte Messe de Minuict; de tant de milliers de belles matrones et filles qui ont, sansnopces, malgré elles, esté soullées de ce qu'en mariage elles

aiment le plus. De là liberté et dechainement de tant de pauvres Prebstres, Relligieux et Moines reclus, qui maintenant gaignent planieres indulgences à militer, soubz un froc de fer Catholique, es combatz catholiques des dieux Mars, Venus et Bacchus. Bref, du prompt et précipité décret de ces Messieurs, de ce coup du Ciel, et par nostre Catholique moien, la France, d'un trop voluptueux jardin de plaisance, est devenue un beau et dévot Cimetière, universel et catholique, plain de fort belles croix, potences et bannières.

c( Arrivé donc que je fus en ceste ville de Paris, après avoir envoie guarir la ville d'Orléans de trop d'aise, et y interdire le commerce pour un long temps, comme estant cause de leurs délices, j'en voullus autant faire icy. Car Madame ma mère, ma seur et ma femme, et les cousins d'Aumalle et moy, n'eusmes autre soing et sollicitude qu'à soullager tous les devotz habitans de la pesanteur de leurs bourses, vacquer au saisissement des riches joiaulx de la Couronne et d'un millier de thresors

inutilles, et à la subhastation de tant de somptueux meubles , argenteries , de ces meschantz Politiques Roiaux.

ce Tellement que, comme un brave catholique Sylla, je feis si catholiquement mes besongnes que je feis voir à mes amis, de leur vivant, les siècles d'or et d'argent {ô coup du Ciel!) et guaris deslors nos treschers cousins et cousine d'Aumalle de la jaunisse catholique, dont ils estoient ensafranez depuis les guerres de leur comté de Boullongne, à eux • catholiquement et légitimement dévolu parles mérites de leurs patenostres et de leurs dévotes processions et catholiques pèlerinages (et non par usurpation et larrecin domestique, comme disent les Hérétiques relaps). Puis, par une profusion d'argent (m'en reservant toutesfois un bon et catholique magot ) , aiant attiré une infinité de villes, clochers et forteresses, que nous carressions, depuis vingt-cinq ans et plus, d'amis et passevolantz catholiques, je menay mon armée à Tours, où cuiday parler en Caesar catholique : Je suis venu, fay veuj'ajr vaincu! Je ne passeray soubz

silence les beaux hasards que nous eusmes à Sainct-Cloud, à Arques, à Dieppe, mais principallement à Yvry, où aiant, à nostre grand regret, trouvé que le Roy de Navarre ne s'en voulloit fuir, comme nous avions occasion d'espérer, voiant par ce coup du Ciel, comme on dict, tous nos desseings catholiques renversez, et par ceste catholique tirelaisse nostre grand et espouventable party de la Ligue Françoise cullebutté tout à plat et confus, je m'en fuis catholiquement en Flandres, où, changeant de nom à la Ligue Françoise et Espagnole, je proteste plus tost me donner à tous les diables et démons méridionaux, catholiques ou non, que je ne desengageasse ce que j'avois au monde de plus cher dans Paris. Et s'il y a homme vivant qui puisse dire que j'aie oublié aucun artifice, ruse ou invention, pour amuser et retenir le peuple à nostre dévotion, je veux estre rejecté et demis de ce throsne où je sieds, et chassé de ceste maison royalle des Vallois, comme un larron domestique !

« Voici le second Légat que vous avez eu

■Il

pour encourager le peuple à s''entretuer, à mourir allègrement de maie mort. Vous avez eu des pardons gratis. Nous avons extorqué des fulminations de Romme, à tort et à travers, contre nos ennemis. Nous les avons faict excommunier, noirs comme diables politiques. Nous avons faict fréquenter et continuer les paradis à desseing, y commis des Prédicateurs Zélateurs, faict faire des sermons aux Églises et Confraries du Cordon et du Nom de Jésus, et des processions nonpareilles qui ont obscurci le lustre des plus belles mommeries qui furent onques veues. Nous avons faict semer par toute la France, soubz main, du Catholîcon d'Espaigne, qui a des efFectz merveilleux.

« Lisez en Josephe, de la Guerre des Juifs (car c'est un mesme faict que le nostre), et jugez si les zélateurs Simon et Jean ont eu plus d'invention pour brider le peuple et pour faire mourir de faim et rage unze cens mil âmes. Lisez-le, je vous prie, et pour cause. En somme, je n'ay pardonné ny à sacrez ny à prophanes, à reliques ny

autres ustensiles d'église, ou le Diable m'emporte !

« Or, voiant que toutes ces catholiques invemions n'ompeu empescherles habitans de ceste ville de demander la paix (que nous debvons redouter plus que la mort, car de maistre je deviendrois valet) et que toutes les villes demandoient à voir une fin à Tevidente ruine, disent-ils, d'eux et de leur belle Monarchie (il ne faut pas que je vous mente), pour leur clorre le becq, les cheviller et les empêcher de pisser plus roide, je me suis advisé de convoquer ces Estatz.

« Je sçay quUcy, non plus qu'aux Estatz de Bloys, il n'y a que de nos amys et que, par conséquent, vous voudriez tous que moy, ou un prince de nostre maison, fust Roy. Si ne pouvons-nous pas parvenir à ce grade que par longues guerres, que par le bris, la ruine entière, la confusion, le desordre, et par la bresche de cest Estât. Or, vous sçavez que la paix reigle, met ordre à tout, et rend le droict à qui il appartient.

« Vous ne me debvez donc point désirer la paix. Et, pour vous montrer que je l'empêche tant que je puis par la Déclaration, et puis par la Responce que j'ay depuis naguère faict, il vous sembleroit peut-estre que je désire la conversion du Roy de Navarre : rien moings ! ce n'est pas ce qui nous démange ! Je ne Fay faict qu'à desseing, non plus que Texhoptation de Monsieur le Légat. Tous les escritz que Monsieur de Lyon a faictz ne servent que pour retenir le peuple et pour diviser, attiédir et atterir noz ennemis. Car Monsieur de Pellevé, icy présent, vous tesmoignera que, coup sur coup, nous avons envoie deux agentz à Romme pour renverser la négociation du Cardinal de Gondy et du Marquis de Pisany, qu'on dict estre allez à Romme procurer la paix, et que nous avons suscité noz Ambassadeurs d^Espaigne à Romme de protester contre Faudience et contre ce que le Pape pourroit faire à Tadvancemement de la paix de France et de la conversion dudict Roy, et de menacer de rechef Sa Saincteté que nous sçaurons bien faire, en ce cas, un ac-

cord avec les Politiques, aux despens et desavantage de Romme. Aussy ne nous conseillerez-vous pas que, pour une messe et pour la conversion du Roy de Navarre, de demy-Roy que je suis, je devinse subject et vassal, et Forage de ceste guerre allast tomber sur la teste de ces bons Catholiques Espagnolz qui nous veullent apprendre à croire en Dieu. Monsieur de Lyon sçait aussy comme le Roy d'Espaigne et moy luy avons promis sur nostre honneur un chappeau rouge, s^il peut tant faire^ par sa rethorique et praticques, que d'empescher la paix et ladite conversion, la sœur dudict archevesque aiant receu pour arres un carcan de trois mil ducatz et une chesne de perles catholiques de deux mil escuz apostolicques Espagnolz.

« Je conjure donc ceste catholique Assemblée de tenir la main à ce que les Parisiens et autres villes prennent leur ruine et la mort en gré, qu^elles ne parlent point de paix et qu'elles nous laissent faire semblant. Nous brouillerons si bien les affaires de nos ennemys par nostre Catholicon que

je leur prometz que, devant qu'il soit trente ans, eux et leurs enfans ne verront une fin à ceste guerre, et qu'elle considère que, si la ville de Sainct-Denys demeure entre les mains des ennemys, pour le moins les joiaux, reliques et ornemens roiaux sont fricassez pour eux, et, qui est bien plus, la Sainte Ampoulle est en nostre puissance : sans laquelle... vous m'entendez bien? Cest un coup du Ciel!

a Si, prions tous bons confesseurs et prédicateurs, et autres devotz pensionnaires, de faire rage sur le sujet, affin que Dieu nous en sache gré en la Saincte Eglise Catholique^, Apostolique et Lorraine. »

Monsieur le Lieutenant aiant achevé, le Doyen de Sorbonne, Caudataire du Légat, cria tout hault : Humiliate vos ad benedictionem. Postea habebitis harenguam.

Alors Monsieur le Légat commença ainsy :

HARANGUE

Page 1