RECTEUR
RÉs-iNGENiEusE, trés-augustc et trés-Catholique Sinagogue, tout ainsy que la vertu de Themistocles s'eschaufFoit en la considération des trophées de Miltiades, je n'ay moins d'occasion de m'eschauffer, en mon harnois rectoral, en la contemplation des braves discours de ce torrent d'éloquence, Monsieur le Chancellier des des-Ordresde TUnion, et de tacher d'enarrer aussy facondement, si ma faculté le permet, tout ce
que je pourray apporter pour la manutention de nostre Mère Saincte Eglise.
« Et, sans user de plus prolixe exorde, je vous diray, Messieurs, que la Fille aisnée du Roy (je ne dis pas du Roy de Navarre, je parle du Roy que nous eslirons, et ce pendant je diray la Fille aisnée de Monsieur le Lieutenant de TEstat et Couronne de France), TUniversité de Paris, vous demonstre en toute observance que, depuis ses cunabules, elle n'a esté si bien morigerée, modeste et coie, qu'elle est maintenant, Dieul'aiant, psiv un coup du Ciel, tellement touchée que ses supposts et escolliers se sont si catholiquement retirez, que vousnevoiez plus pas un fripponner par les rues. Les belles Facultez, les Gens lettrez et Professeurs, ont, par une saincte confrarie, faict un catholique gille. Les Libraires, Imprimeurs, Rellieurs, Doreurs et autres, au nombre de douze mil, ont charitablement fendu le vent en cinq cens quartiers, pour en vivre, et en ont assez laissé pour nourir ceux qui demeurent maintenant en ceste haulte partie de la ville, vraiement empirée ,
pour ce qu'on y vit de Pair et de vent. « Jadis, au temps des Politiques, fauteurs d'Hérétiques, nul n^ faisoit profession des lettres qu'il n'eust, de longue main et à grands fraiz, acquis les arts et sciences en nos Collèges. Mais maintenant, par Tenergie de la saincte Ligue, par la conduite et sage prevoiance de l'Université — Qt par y os coups du Ciel, Monsieur le Lieutenant, son Père spirituel, — les beurriers et beurrieres de Vanvres, les tirefiens de Montrouge et Vaugirard, les vignerons, meusniers et pauvres carreleurs de tous les cantons, sont devenus Maistres-aux-Artz, Baccheliers, Principaux, Presidens es salles. Regens et Boursiers des Collèges, et si argutz Philosophes que mieux que Ciceron ilz disputeront maintenant de Inventione^ et apprennent tous les jours àuTootSaxTwç , — sans autre précepteur que vous. Monsieur le Lieutenant, — à mourir de faim pour la foy. Vous n'oiez plus, es classes des Collèges, ce clabaudement latin de Regens qui obtondoit le monde. Au lieu de ce jargon, vous y oiez, à toutes heures du jour, Tarmonie argentine et le bel idiome
des vaches et veaux, et le doux rossignollement des asnes et des trouies, qui nous servent de cloche, pro Primo, Secundo et Tertio. Il est vray que vous. Monsieur le Lieutenant, maintiendrez que ces miracles sont œuvres de voz mains. Si faut-il ingenuement confesser que noz prédications et decretz n'y ont aucunement nuict, et, nonobstant ces debvoirs et autres mérites de l'Université, jamais elle ne fust si vilainement traictée et outragée qu'elle est par vous, Monsieur le Lieutenant, son père putatif. Excusez-moy si je parle ainsy. Je diray avec le prophète David : Loqiiebar in conspectu legum, et non cojtfundebar. Vous l'avez, inquam^ si diffamée, que les Universités estrangeres en font des sornettes grecques et latines. Messieurs nos con-Docteurs cependant n'y trouvent que rire, car, sans user de plus longs ambages, quand vous avez faict pendre votre agent et con- Zelateur Louchartavec ses complices Catholiques zelez, vous avez déclaré pendables tous les promoteurs de la mauplaisante cassade du président Brisson, juxta illud
agentes et consentientes^ etc., et, par conséquent, presque tous les jeunes Curez et nous autres Docteurs de TUniversité, promoteurs, pour la pluspart, de ceste tragédie. c( J'argumente ainsy : Louchart, ses consors et adherans, ont esté justement penduz, parce qu'ils estoient pendartz. La plus grande part de nous autres Docteurs estions consors, adherens et conseillers de Louchart. Ergo, pendarts et pendables. De fort peu sert icy d'alléguer l'abolition et pardon qui nous a esté faict sur le catholique attentat, car remissio non dicitiir nisi ratione crimiiiis. Et ne peut estre abolition, voire mesme avec du Catholicon d'Espaigne, qui est un savon qui efface tout, car ne se peut abolir et effacer ce manifeste diffame, si ce n'est en argumentant ainsy : Celuy qui faict pendre les Catholiques zelez et leurs associez est tyran ou fauteur d'Hérétique. Monsieur le Lieutenant a faict pendre son conzelateur Louchart avec ses compagnons Catholiques zelez. Ergo, tyran, fauteur d'heretique, relaps, et pire que Henry de Vallois, qui avoit pardonné à Louchart, et moins
tolerable que le Biarnois, qui non vult mortem peccatoris, etc. Inférant que cela soit arrivé ad majorem cautelam^ nous dirons que ce pendant on s^estrangle aussy bien que le président Brisson. Et ne pourroit ceste illation empêcher que nous ne soyons tousjours jugez et reputez de grands Bediers bastiers et sotz, en latin et françois, et que les Politiques ne conclussent, in modo et figura, que la Sorbonne peut errer : qui seroit une conséquence qui me feroit de rechef devenir insensé et courir les rues, puisque nous ne pourrions, par toutes nos fleurs de rethorique et par toutes les Loix fondamentalles, que tant de milliers de pauvres Ghrestiens, que nous avons fait et faisons mourir, obstinez de feu et de fer, par nostre précipité décret, fussent jugez vrais Martyrs.
« Pourquoy, Messieurs, je vous supplie, au nom de nostre Académie Catholique, de pallier ce faict et coup du Ciel icy le plus catholiquement qu'on pourra, à Timilation de Monsieur le Légat, qui a si dextrement déguisé la solemnelle abjuration et
exécration de la Ligue, faicte par le Pape Sixte : Je vous fournirayde tantde passages de TEscripture que voudrez. Sinon, il y a danger que nous nous mettions tous à prouver qu^il n'est que d'avoir un Roy légitime et sans discole, pourveu qu'il ne veuille rentrer en la guerre civille, en voulant innover quelque chose, sans le consentement d'un Concile libre, aux sainctes cérémonies de l'Eglise.
ce Toutesfois,en attendant ceste resolution , je donne ma voix en l'élection d'un Roy au sire Bernard Fagottin, marguillier de Gentilly. Ce n'est chose sans exemple, tesmoing la Harelle de Rouen. Je me fonde sur ce que les royaumes seront heureux quand les philosophes y régneront. Il y a tantost deux ans que ce bon marguillier et sa famille médite la philosophie en nostre Collège, en salle où il y a plus de deux cens ans qu'on traicte la philosophie, et où il demeure luy et son trouppeau. Si j'eusse esté courtizan comme Monsieur de Lyon, je n'eusse donné ma voix à personne, combien que je sçay qu'il avoit charge du
Clergé de nommer le Comte Du Bouchage, pour Tesperance qu'on a que ce Prince, aimant les changementz, changeroit nos misères, routtes et deffaictes, en victoires et coups du Ciel. Néanmoins, il me semble plus propre pour porter Foriflame aux batailles qu'à autre chose. »
Le Recteur Rose, voullant continuer son discours, fust interrompu par un claquement gênerai des mains des députez, occasion que tout hault il cria, ostant son bonnet : « J'ay dict! »
HARANGUE
POUR LA NOBLESSE DE l'uNION