‹ Le Texte primitif de la Satyre MénipéeChapitre 16 sur 21 · PAR LE S^ DE RIEUX · texte numérisé non relu

PAR LE S^ DE RIEUX

SIEUR DE PIERREFONT.

EssiEURS, il faut, par la vertu- Dieu ! bien dire qu'il y a je ne sçay quoi de divin en l'Union, puisque, par son moien et dispence, de filz de je ne sçay qui, je suis devenu Gentilhomme et Gouverneur de belles forteresses Catholiques, et que, de simple loqueteux, je me puis esgaller aux plus grands. Et, comme dict Pautre : Esiirientes implevit bonis. J'ay bien occasion de vous suivre. Monsieur le Lieutenant, et faire service

à la saincte Ligue, à bis et à blanc, à juste et injuste droict, puisque presque tous les artisans et pauvres Prebstres et Moines m^adorent comme un Machabée. C'est pourquoy je jure, par le Corps Dieu! et me donne à cent diables, que, si pas un de mon Gouvernement s'ingère de parler de paix, je les courray comme loups gris !

« Je me plaindray icy de je ne sçay quelle sorte de Gentilshommes d'entre nous, qui se formalisent des vulpines suggestions des Espagnolz. Mordieu ! qui nous pouvonsnous soucier qui règne, pourveu que nous aions de l'argent saccré? Pour le poinct d'honneur, je ne sçay que c'est : je n'en mengeay oncques ! Encor que je n'aye poinct leules Histoires, je n'ay que faire de sçavoir s'il y a eu jadis des capitaines Vignolles, des comtes de Dunois, des Lautrectz, des Gastons de Foix, et mil autres héroïques François, qu'on dict avoir bravement contesté et débattu ce poinct d'honneur, par la poincte de Tespée, pour la patrie. Je dis : Fy de la patrie! Vive la Ligue! Vive les Maranes Espagnols! Vive les

Turcz, moyennant que je face mes panniers avec eux! Je diray, avec le sage et bon Empereur Romain Néron : Quand je seray mort, que tous les elemens se cullebuttent sans dessus dessoubz, je ne me soucie ny Dieu ny de Diable ! Il me suffit d'estre bon Catholique Zélé, et voir prospérer mon party, juste ou injuste, fidelle ou renégat. J'en fais juges mes con-Zelateurs de Vieuxpont, et de Villartz, admirai.

c( Au demeurant, si vous vouliez eslire un Roy, vous sçavez que tous Rois aviennent de bergers, et tous bergers des Roys. Souvenez-vous de moy et de mes mérites : faictes un coup du Ciel!

« Je vous en dirois davantage, n'estoit que présentement il me fault partir, pour aller prendre Noyon. Be^o las manos de vostras mercedes! »

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HARANGUE

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