SU LE THÉÂTRE
une si étrange invention. On ne prête, dit-on, qu'aux riches, mais les riches n'ont pas besoin d'emprunter.
Je goûte davantage les idées personnelles de M. Maeterlinck. J'ai admiré la scène où Lazare, à peine sorti du tombeau, vient chercher la Magdaléenne pour la conduire au Christ. 11 y a là un magnifique symbole. Je suis moins sensible à la philosophie même de l'œuvre, et les combats, encore symboliques, d'instincts ou de doctrines morales, qui se livrent dans l'âme obscure de la pauvre petite courtisane, m'étonnent, mais ne m'intéressent guère. Je ne crois pas devoir m'émerveiller non plus du procédé de théâtre grâce auquel Jésus, personnage principal de l'œuvre, nous est dérobé. Ce procédé n'est pas neuf : il est renouvelé de YArlésienne. Au surplus, le Christ ne paraît pas sur la scène du Châtelet, mais on l'entend dans la coulisse ; on est même surpris de l'entendre dire à la foule qui veut lapider Madeleine : « Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre ». Il l'avait déjà dît à propos de la Femme adultère : il est inconcevable que la parole divine se répète.
Marie-Magdeleine est jouée fort convenablement. La critique me paraît bien sévère, bien injuste pour Mme Georgette Leblanc. Elle a, du moins à première vue, toutes les apparences d'une grande artiste. Je conviens qu'il lui manque quelque chose ; mais je n'ai pu démêler si c'est le métier ou le don. M. Roger Karl, en Lucius Verus, est beau et brutal. M.
Roger Monteaux a dit avec beaucoup d'habileté et d'enthousiasme le récit de la résurrection de Lazare. Ce n'est pas sa faute si ce récit est un peu long. Enfin M. Denis d'Inès, de l'Odéon, a été fort remarquable dans le rôle du philosophe Silanus.
Cette transition, que je ne cherchais pas, me ramène à Moïse. La tragédie de Chateaubriand est aussi convenablement jouée, et M. Joubé nous a offert une belle réplique vivante de la statue de Michel- Ange — qu'on revoit toujours avec plaisir. Mais je ne veux point m'extasier, comme c'est l'usage, sur les tours de force hebdomadaires qu'accomplit la troupe de l'Odéon. Je les trouve méritoires, mais regrettables. Les jeunes comédiens ou tragédiens ne sont pas à l'Odéon pour faire des tours de force, mais pour appliquer l'enseignement du Conservatoire, ou pour apprendre leur métier, s'il ne l'ont pas appris rue de Madrid. Ce n'est pas les exercer, c'est les gâter, et peut-être à jamais, que de réclamer d'eux une besogne fastidieuse, excessive, hâtive et improvisée.
î" Juin
ATHÉNÉE. — Reprise du Bourgeon, comédie en trois actes, de M. Georges Feydeau.
Le Bourgeon, de M. Georges Feydeau, méritait d'être repris. Ce n'est pas seulement une jolie et