‹ Le théâtre, 1912-1913Chapitre 4 sur 19 · L1C THÉÂTRE · texte numérisé non relu

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dupe des marchands et des préteurs, el ce pe sont plus alors que scènes décousues, de facture bien sage, mais dénuées d'intérêt. Lorsqu'à la fin le beaufrère et la sœur ouvrent le coffre-fort, qui est vide, il y a bien un petit coup de théâtre, mais c'est seulement parce qu'ils y trouvent une botte de foin, au lieu d'un bouton de culotte qu'on attendait.

MM. Chautard, Marcel Simon et Gaston Dubosc, Mmcs Alex et Miller se sont fait applaudir aux côtés de Mme Réjane.

Le spectacle se termine de la plus joyeuse façon par Séance de nuil, l'une de ces comédies en un acte qui sont peut-être les œuvres les plus originales, et je dirai même les plus puissantes, de M. Georges Feydeau. Sa verve y devient d'autant plus intense qu'il lui donne moins d'espace et qu'il lui mesure le temps ; son invention est précipitée et inépuisable. Oui pourrait résister à la cocasserie, à l'imprévu — ou tout, simplement à l'esprit d'un tel dialogue ?

De même que le lever de rideau de la Comédie- Royale, celui du théâtre Michel a été réservé à une élite trop restreinte. Mous avons eu la joie d'applaudir ensuite Chonchelle, que l'on sait généralement par cœur, paroles et musique, et qui a pris, en moins de dix ans, un petit air classique aussi flatteur pour M. Claude Terrasse que pour MM. Robert de Fiers et Gaston de Caiïlavet. M. Max Dearly

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est toujours incomparable eu Saint-Guillaume, son meilleur rôle. M"e Alice Bonheur joue et chante fort joliment.

La nouveauté du programme est une comédie en trois actes de MM. Gandrey et Henri Clerc, la Bonne maison. Elle rappelle un peu le Meilleur de nuit, avec moins de philosophie, ou avec une philosophie moins amère : tous Tes ménages à trois ne prêtent pas nécessairement à des réflexions profondes. Celui de Léa, d'Emile Heurtemotte et de Victor est né d'un hasard. Emile Heurtemotte était venu simplement passer la nuit chez Léa, comme tout le monde, et sans aucune idée de s'y établir, car sa devise est celle de Vivant Dcnon : « Point de lendemain ». Mais la goutte dispose. Un accès soudain le retient au lit ; Léa, qui est bonne fille, envoie chercher son propre médecin, administre les drogues à Emile et lui explique, tout en le droguant, qu'elle a le goût de ce genre de régularité qu'on nomme collage. Elle a aussi un amant de cœur, Victor. Elle ne le dit pas à Emile, mais Victor, qui ne peut pas deviner la présence d'Emile, survient : c'est son heure. Heurtemotte a des scrupules et veut partir. Victor n'en a point et le conjure de rester. Heurtemotte cède et, comme l'accès se prolonge, a tout le temps de s'attacher à Victor autant qu'à Léa. Un de ses amis, Régnier, le vient voir, lui fait honte de sa complaisance et veut, pour le tirer de là, lui démontrer que Léa est au premier venu. Il entreprend donc la jeune personne : elle est avertie, elle le gifle. Heurtemotte

reste dans la Bonne maison. Il feint même, une fois guéri, d'être encore malade pour y demeurer plus longtemps.

Cette jolie pièce, finement écrite, est finement jouée par M. Polin, qui a cependant un peu de lourdeur et qui fait un peu trop de grimaces : mais il a la goutte. M. Decaye (Régnier) se fait très crânement gifler, et il faut admirer le naturel, la vérité parfaite de M. Lucien Rozenberg, dans le rôle de Victor, qui n'était point cependant, il me semble, tout à fait de son emploi.

Une des originalités du spectacle de M. Michel Mortier est qu'il se termine, comme il commence, par un lever de rideau : Son innocence, de MM. Paul- François et G. Guilleré. Ce petit acte, non sans mérite et assez plaisant, a été très bien joué par M. Decaye et Mlle Timmy.

12 Octobre

THEATRE FEMINA. — L'Enjôleuse, comédie en trois actes de MM. Xavier Roux et Maurice Sergine.

La pièce de MM. Xavier Roux et Sergine est une œuvre extrêmement soignée, d'une distinction un peu laborieuse et très assaisonnée d'esprit. Que lui manque-t-il pour passionner les foules ? Un rien de vulgarité peut-être, ou l'intérêt dramatique. Il y a bien une situation, et, à la rigueur, cela peut suffire. Certaines pièces, notamment de M. Henry Rernstein, semblent faites pour un acte, et cet acte pour une

scène. Mais il faut que la situation unique soit bien forte, et bien particulièrement « de théâtre », pour fournir et suffire à toute une pièce. Entendonsnous : je ne répète point ici, en d'autres termes, la distinction des pièces où il y a une pièce et des pièces où il n'y en a pas : cette formule me paraît l'une des plus vides de sens et de substance, et des plus nuisibles qu'ait inventées la critique du dernier siècle ; d'autant que l'on omet de définir cette pièce, qui, selon les grammairiens de l'art dramatique, doit se trouver dans toute pièce pour la rendre viable ; et quand son absence est trop évidente, dans un chefd'œuvre, par exemple dans Bérénice, on se tire d'affaire en nous disant « que le génie créateur consiste à tirer quelque chose de rien ». (Cette billevesée est de M. Nisard). Mais je maintiens que certaines situations sont de théâtre, et d'autres point. Je crois que ce qui distingue les unes des autres, c'est qu'on peut rendre le spectateur entièrement témoin des premières, et qu'on ne peut mettre les autres sur scène que partiellement ou point du tout. Il suit de là que la situation de toutes la moins scénique est celle qui aboutit au geste qu'on ne peut décidément pas montrer. Et telle est justement la situation capitale de XEnjôleuse. Quand, exaspéré par les coquetteries de Lucienne Rouvray, le sanguin M. Caslellon l'empoigne et la veut tout bonnement prendre de force, la scène a beau être bion menée, touchante, pathétique, il y manquera toujours un élément essentiel d'intérêt, puisque nous ne pouvons pas douter du résultat

négatif, ou du moins qu'on ne nous montrera rien que de négatif, et cela seul compte, pour le spectateur, qu'on lui met devant les yeux.

N'allez pas croire, sur ce qui précède, que l'Enjôleuse soit encore une pièce à satyres. C'est, au contraire, une très honnête pièce. Lucienne Rouvray et Jacques Rouvray, architecte diplômé par le gouvernement, font le plus gentil ménage ; ils s'adorent. Si Lucienne « enjôle » tout le monde et n'importe qui, le commis de son mari, un homme de lettres amateur, et jusqu'à un général persan, c'est bien machinalement, sans penser à mal, et peut-être parce que toutes les femmes sont ainsi. Mais elle ne veut pas même croire qu'elle ne le fasse point exprès : elle prétend servir les intérêts de son mari et allumer la clientèle. Le fort client, Castellon, prend un instant les choses au tragique, et dit à Jacques vertement ce qu'il pense des maris que leurs femmes aident à ce point-là. Castellon est bien sévère. Jacques ne l'est pas moins, au dénouement, car il invite sa femme à ne plus se mêler de ses affaires. Mon Dieu, il n'y avait pas si grand mal. Les personnages de Balzac sont moins bégueules, et, chez lui, l'épouse de l'expéditionnaire ne se gêne pas pour dire à son époux : « Je crois bien que j'ai fait ton chef de bureau. » Nous n'avons plus de ces franchises : ce n'est pas qu'il nous soit venu des scrupules ; mais nous avons davantage de savoir-faire, et nous avons observé que l'hypocrisie sert le vire plus encore qu'elle ne rend hommage à la vertu.

L'Enjôleuse est jouée par M. Arquillière avec une parfaite justesse de ton, un naturel excellent, une émotion mesurée, et une sûreté de métier bien remarquable. .M. Louis Gauthier interprète aimablement le rôle un peu terne du mari. Mme Monna Delza est pleine de grâce. Mlle Jane Danjou est agaçante : c'est un compliment, si l'on prend le mot dans son ancien sens ; mais la déviation qu'il a subie est significative, et doit avertir cette jeune artiste, et bien d'autres, qu'entre agaçante et insupportable il n'y a pas un abîme. M. Bertet joue le petit rôle du général persan avec l'accent russe, pour indiquer sans doute qu'il ne reste presque plus rien de son malheureux pays, partagé entre la Russie et l'Angleterre. Enfin, M. Henry-Roussell a cru devoir, pour paraître sur la scène du théâtre Femina, emprunter sa tète au directeur de Je Sais Tout.

14 Octobre

THEATRE DES ARTS. — Marie d'Août, pièce en 3 actes, de M. Léon Frapié ; Une Loge pour « Faust », comédie en un acte de M. Pierre Veber.

Marie d'Août, de M. Léon Frapié, nous réservait une bonne surprise. Nous savions officiellement, par les avant-premières, qu'il s'agissait d'une servante de cabaret, bousculée, violée et rendue mère par un .Garçon livreur (tout cela eu une fois, oh ! ces garçons livreurs î) ensuite consolée, réhabilitée, épousée par

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