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Evrard), M. Albert Hcyval (Aubrv). M. Chabcrl joue plaisamment le rôle d'un certain major Schlaffen, qui dort à tout propos comme son nom l'indique. M. Pierre Renoir a composé avec une remarquable sûreté de goût le personnage du général, qui est le meilleur de la pièce. Enfin, Mme Guvta Real (Germaine), a fait, un très heureux début ; elle ;i <l<la force, du sentiment, de la sincérité.
26 Octobre
THEATRE DE L'ODÉON. — Dans l'ombre des statues,
pièce en trois actes de M. Georges Duhamel.
M. Antoine a inauguré de la plus heureuse façon ses samedis, par la représentation d'une pièce en trois actes de M. Georges Duhamel, Dans l'ombre des statues. M. Duhamel est ce que l'on appelait autrefois un vrai jeune. Il l'est par l'âge d'abord, puis par l'abondance et la générosité de son talent. Je ne lui reprocherai que d'être un peu trop théoricien : cela n'a pas d'importance, puisqu'il ne se borne pas à écrire des préfaces, comme la plupart de ceux qui possèdent une esthétique, mnis qu'il produit des œuvres comme ceux qui ne s'embarrassent pas de doctrine. Il est l'auteur de la Lumière, ce sévère et noble drame qu'a déjà représenté, l'année dernière, M. Antoine. Dans l'ombre des statues est d'une va-
leur égale et d'un intérêt pcul-être plus vif, les personnages étant plus proches de la pauvre humanité réelle. Je vois bien que M. Georges Duhamel s'est efforcé de les déguiser un peu en personnages symboliques, de nous dépayser en nous laissant à dessein ignorer le lieu précis de sa fable, de généraliser, de s'élever par coups d'aile jusqu'au lyrisme, enfin de protester en acte contre le théâtre « bien parisien ». (Et comme je serais curieux, entre parenthèses, qu'il me définît ce qu'il entend par bien parisien, car je croyais avoir vu mourir le Boulevard, il y a de longues années). J'accorderai à M. Georges Duhamel, sans y mettre malice, qu'il a, sur ce dernier point, parfaitement réussi, et que sa pièce n'est point, parisienne. Me permettra-t-il d'ajouter que cela encore m'est fort indifférent, si elle me présente des caractères bien dessinés, une situation neuve et le spectacle d'un beau conflit moral ? Robert Baillv a l'honneur accablant d'être le fils d'un écrivain de génie. Il a grandi à l'ombre de cette gloire, pour lui d'autant plus étouffante que Mme Baillv, devenue veuve, s'est vouée sans modération au culte du mort. C'est une de ces veuves touchantes, respectables, mais un peu agaçantes, dont M. Julee Lemaître a tracé de si jolis crayons. Robert souffre de n'avoir aucune idée, ni aucune sensation, ni aucun sentiment, où il ne croie lui-même reconnaître des reflets de l'intelligence et des échos de la sensibilité paternelle. On lui assure que la ressemblance physique est aussi frappante ; et il se
révolte, car il est quelqu'un, ce qui n'arrive guère aux fils de grands hommes. Mais l'exception n'était qu'illusoire. Robert Bailly n'est pas le fils d'Emmanuel Bailly. Son vrai père est un peintre de peu de talent, qui vient de mourir en province. Un vieux brave homme, ami du peintre, remet à Robert des lettres qui attestent cette filiation moins glorieuse, mais moins lourde. Robert éprouve un immense soulagement. Il se sent, dans l'instant même, libéré, ou du moins il rêve d'évasion. Il veut d'abord quitter ce nom de Bailly qui l'opprime, il veut vivre personnellement. Mais voici que la jeune fille qu'il aime laisse entendre qu'elle n'aime en lui que le nom du père et l'héritage de la célébrité. Le vieil ami qui l'éleva, la mère, que sa révolte offense et qui craint surtout le scandale, attaquent et brisent sa résolution. Il restera donc Robert Bailly, il consacrera sa vie entière à la mémoire d'Emmanuel Bailly, et pour commencer, il assistera demain, dans les rangs de la famille, à l'inauguration de la statue d'Emmanuel Bailly, qui à jamais le retiendra dans l'espace étroit et infranchissable de son ombre. Le rôle de Robert est remarquablement joué par M. Hervé, dont nous avons admiré une fois de plus la sincérité et la mesure. M. Vilbert est d'un comique excellent et vrai dans un rôle épisodique de discoureur. Mme Van Doren est une veuve pleine d'autorité. MM. Desjardins, Denis d'Inès. Ooste. Malnvié et Jean d'Yd ont, comme de coutume, apporté à la composition de leurs personnages autant
de soin que si la pièce de M. Duhamel n'était pas destinée à tenir trop peu l'affiche. Enfin, Mlle Albane, dans le rôle de la fiancée, est de la plus gracieuse jeunesse et d'une bien aimable ingénuité.
27 Octobre
COMÉDIE-FRANÇAISE. — Bagatelle, comédie en trois actes de M. Paul Hervieu.
Certains étonnements ne m'étonnent guère, mais ils m'amusent. Tous les nouvellistes de théâtre crient au miracle depuis une quinzaine de jours que l'on sait à peu près de quel genre relève Bagatelle, et qu'il a plu à l'auteur des Tenailles, du Dédale, de la Course du Flambeau, d'écrire une vraie comédie, intitulée comédie. Mais il n'y avait pas d'événement moins inattendu pour tous ceux qui connaissent M. Hervieu, qui l'ont suivi depuis l'heure de ses débuts, qui ont parfois goûté son entretien, ou simplement pris la peine de le lire. Notre siècle outrecuidant se pique de deux avantages, qui sont justement ceux qui lui manquent le plus. Nous croyons être bien informés parce que nous le sommes un peu plus vite que jadis, et notre information est brouillonne, incomplète, nulle : nous ne savons proprement rien des choses du temps présent ni des personnes . Nous nous flattons d'être « complexes ». mais nous sommes bien trop pressés pour rien en-
tendre à la complexité, ni même pour l'admettre. Nous ne nous y reconnaîtrions plus, si nous ne pouvions classer nos contemporains à la rigueur, et il nous faut pour cela les définir d'une seule formule. les qualifier d'une seule épithète; nous ne leur permettons pas d'avoir plusieurs visages, ni par exemple ii un auteur dramatique d'avoir deux masques ; et la critique est toujours tentée de nier la personnalité des écrivains qui osent être divers. M. Paul Hervieu, en ces derniers temps, a marqué une prédilection pour les sujets âpres, tragiques jusqu'à l'atrocité, et l'on a cru, en conséquence, qu'il renonçait à lemploi de son esprit de finesse : on n'a point pris carde que, dès ses débuts de satiriste ou de chroniqueur, il s'était montré surtout habile à saisir et à révéler l'inavouable des âmes ; à tirer au jour les dessous tragiques de la petite comédie quotidienne, par où les deux genres se raccordent étrangement ; qu'il avait fait de la plaisanterie un usage quasi meurtrier : qu'enfin nul ne fut jamais si expert à tuer les gens d'un coup d'épingle : comme cette héroïne de Barbey d'Aurevilly, qui. faute de poignard, use de l'arme féminine pour se larder la région du cœur. et. tâtonne, jusqu'à ce qu'une des pointes ait touché, percé le cœur même. — M. Her- \ ieu avait déjà la main plus sûre et ne tâtonnait point.
En outre, et. si réservé qu'il soit. M. Hervieu n'a pu garder entièrement le secrel de son caractère, qui est hautain et noble. Il n'a pu se cacher d'avoir
une conscience. C'est une manière d'être si rare aujourd'hui que l'on ne s'y connaît plus très bien, et l'on a eu la naïveté de croire qu'elle s'accommode mal du voisinage de l'esprit, qu'elle affecte nécessairement les allures de l'austérité. Je ne crois pas qu'Aristide se soit jamais lassé de s'entendre appeler le Juste, et je ne pense pas davantage qu'une réputation si honorable et si méritée importune M. Paul Hervieu : mais je pense bien qu'il sourit parlois malicieusement, quand il songe à cette sévérité qu'on lui attribue, et qu'un miroir lui renvoie ses traits véritables, toujours si pareils à ceux de naguère, qu'il faut bien que l'âme non plus n'ait pas changé.
Bapafcllc n'est point, d'ailleurs, une pièce d'un genre si tranché qu'on nous l'annonçait. Elle commence en comédie, et même en comédie légère. Elle se termine sur une des situations les plus douloureuses qu'ait jamais imaginées M. Paul Hervieu. et les dernières répliques sont peut-être les plus graves qu'il ait écrites. Ce qui est d'un art admirable, c'est la continuité du style, qui nous mène insensiblement du badinage au drame, sans heurt ni transition visible, et sans que nous soupçonnions une fois où l'auteur nous prétond conduire, avant que nous ayons atteinl le but. Dans Connais-toi. certaines situations participaient de la comédie et du drame, et trahissaient le cruel, l'atroce comique qui, dans la réalité, s'allie toujours aux pires angoisses. Je ne dis pas que la nouvelle comédie de
M. Paul Hervieu soit moins proche de la vie réelle que son œuvre précédente ; mais il y a davantage discipliné, et, si je puis dire, stylisé la réalité, de la façon qu'un Le Nôtre discipline et stylise la nature. Bagatelle est le nom du château où M. Hervieu a situé ses personnages. J'imagine que c'est un beau château de la vieille France, avec des avenues séculaires et un parterre à la française ; et la pièce de M. Paul Hervieu est aussi à la française ; c^est une œuvre d'ordre et de composition, un parterre aux majestueuses symétries, une avenue large et droite, à l'extrémité de laquelle, brusquement, la vue s'échappe, s'étend sur la libre campagne et jusqu'au lointain horizon.
Nous devinions que l'auteur de la Loi de l'Homme ne tarderait pas d'excéder la frivolité apparente de son sujet. « On ne badine pas avec la bagatelle », dit un de ses personnages, et nous sentons que cela, en effet, pourrait être aussi dangereux que de badiner avec l'amour, vu l'analogie de la bagatelle et de l'amour, du moins quant à l'essentiel. Mais les hôtes de Mme Orlonia ne voient pas si loin. Ce sont de ces femmes du meilleur monde, qui ne diffèrent des cocottes, ainsi que l'a écrit ailleurs à peu près M. Paul Hervieu, que par l'habitude qu'elles ont de rentrer criez soi décidément seules à l'heure du coucher. Ce sont de ces hommes oisifs, qui n'ont d'autre carrière que de faire l'amour, et y sont devenus de redoutables spécialistes. Mme Orlonia ellernêm« est une de ces appareilleuses, à qui l'on nt
.peut se défendre de pardonner infiniment de choses, parce que, si elles n'aiment plus en personne, elles font, aimer chez elles, et favorisent toutes les espèces de liaisons, même légitimes. Elle assure qu'elle préférerait de ne favoriser que celles-ci : mais ce n'est point sa faute si le mariage passe une crise, et si les ménages modèles ne suffisent point à peupler un salon. Elle en héberge un, cependant. Gilbert de Raon, ancien officier, est encore passionnément épris de sa femme Florence, et censé fidèle, après douze ans. Florence aime passionnément son mari, et, bien qu'elle n'ait ni sotte pudeur ni préjugés, elle se sent d'abord effarouchée dans ce bizarre milieu, offensée des désirs qui rôdent autour d'elle, salie par les mots équivoques ou par les trop cyniques assignations. Florence a une amie très chère, Micheline, et Gilbert un ami à toute épreuve, Jincourt. Cependant, Jincourt ne fait point scrupule de témoigner à Florence des sentiments fort effectifs, injurieux pour son ami Gilbert : et nous apprenons bientôt que Gilbert, qui, une première fois, a déjà trompé sa femme avec l'aide complaisante de Jincourt, est amoureux de Micheline. Elle lutte désespérément, car elle l'aime aussi : mais elle finit par se trahir et se laisse arracher la promesse d'un rendez-vous pour cette nuit même.
Florence a surpris leur colloque. Jincourt paraît tandis qu'elle crie de jalousie et de douleur physique. Tl tente de la calmer, il lui offre le remède dune philosophie commode. Il lui remontre que