‹ Le théâtre, 1912-1913Chapitre 9 sur 19 · J,E THÉÂTRE · texte numérisé non relu

J,E THÉÂTRE

qu'une honnête femme ait un amant, si ce n'est par vengeance. Mamette lui réplique qu'en effet elle se venge, et que Cormainville est un coureur. Mais il ne quitte pas Lejonquois ! Germaine en conclut qu'ils courent ensemble, veut se venger sur le champ ; et comme le nom d'un certain Virgile Serpolet vient par hasard dans la conversation (ce Serpolet étant l'ami complaisant qui prête sa garçonnière à Mamette et à l'amant de Mamette, Rocreuze), Germaine téléphone à Serpolet d'accourir, sous prétexte qu'elle a chez elle le sous-secrétaire d'Etat des beaux-arts, mais ce dernier détail n'a aucune importance. Justement (si j'ose dire) Serpolet, qui va épouser Mlle Molleton, signe son contrat ce soir, et la soirée est costumée, parce que M. Molleton, qui vend de la bonneterie, a saisi cette occasion d'écouler, comme on dit, de la marchandise à ses invités ; de sorte que Serpolet arrive nippé en Bussy d'Amboise. Il ne peut ni s'asseoir, ni faire ce que précisément Mme Lejonquois souhaite de lui. Mais il est doué d'un tempérament si ardent qu'il a l'habitude de bondir sur les femmes qui l'ont seulement effleuré : Germaine n'a qu'à lui passer deux doigts entre sa fraise et son cou, et il faut que le rideau baisse. Quand le rideau se relève, Virgile est dans le lit, il a retiré la fraise, la culotte et le pourpoint, mais il n gardé le maillot du père Molleton.

A ce moment, un jeune homme affolé, en habit, vient appeler le docteur au secours d'un inconnu

qui, en dînant, a avalé de travers une arête. Mm* Lejonquois serait à tout jamais perdue de réputation, si l'homme qui se trouve dans son lit avouait qu'il n'est pas le docteur Lejonquois. Serpolet, qui a encore cinq minutes avant d'aller signer son contrat à la salle Hoche, se résigne d'abord à aller retirer l'arête ; et je gage que vous avez déjà deviné que cette arête est dans le gosier de Lejonquois luimême, qui n'est pas à Rambouillet chez une baronne, mais à Paris chez Evelyne Pommier, sa maîtresse, en compagnie de Cormainville et de Clara, élève du Conservatoire, qui n'est pas, mais qui voudrait bien être, la maîtresse de Cormainville. Grâce à une série de gaffes ingénieuses, Lejonquois apprend que sa femme sait qu'il la trompe, et qu'elle l'a elle-même trompé avec cet individu qui se dit docteur et signe ses ordonnances Lejonquois ; Cormainville apprend que sa femme, croyant qu'il la trompe, le trompe avec Rocreuze, et que ce même individu, cru Lejonquois, leur prête sa garçonnière : Evelyne Pommier, qui croyait que Lejonquois était journaliste et s'appelait Corentin, apprend qu'il s'appelle Lejonquois, qu'il est accoucheur et marié ; et Clara, se rendant à l'évidence, comprend qu'elle n'a rien du tout à espérer de Cormainville. Lejonquois, furieux, court chez lui battre sa femme ; Evelyne Pommier veut se venger de même que Germaine, et se jette au cou do Serpolet, qui, grâce à son hyperesthésie des centres nerveux, peut suffire à cette nouvelle épreuve ; Lejonquois, après avoir

battu sa femme, revient, et constate qu'il est une seconde fois trompé par le même Serpolet ; cependant le temps file : que doit penser la famille Molleton ?

\e craignez rien, tout s'arrangera ; et non seulement Serpolet épousera celle qu'il aime, mais Mamette reprendra son mari sans perdre pour cela son amant, et le ménage Lejonquois sera aussi rapatrié. Gela est assez dur à faire passer, après que nous avons vu dans le lit des Lejonquois une tierce personne. Je n'aime pas beaucoup non plus une scène du dernier acte, entre Mamette, son mari et son amant : je sais bien qu'il y en a de plus osées dans Georges Dandin ou le Mari confondu, mais tout le monde n'est pas Molière.

La souplesse du talent de Mme Réjane est vraiment merveilleuse. Elle s'adapte à tous les genres comme à toutes les scènes. Nous l'avons vue naguère jouer à la Comédie-Royale exactement comme il sied de jouer sur un petit théâtre, et cependant être Réjane. Elle n'est pas moins Réjane ici, c'est-à-dire la plus grande comédienne de ce temps, et elle ne commet pas la faute de jouer un vaudeville en comédie : elle le joue crânement en vaudeville ; elle fait naturellement mieux que personne ce métier qui n'est pas le sien. M"* Léonie Yahne ne m'a pas paru aussi bien douée pour le vaudeville que son illustre directrice- M1U de Mornand est fort belle et pleine de sincérité dans le rôle d'Evelyne, M"e Berthe Fusier fort amusante en soubrette. Mm* Diiis impayable en vieille

bonne à tout Taire, M"* Isabelle Fusier délicieuse en élève du Conservatoire : ce n'est pas sa faute si on ne trouve que médiocrement à rire de ce qu'elle dit. Nous avons vu avec plaisir jouer ensemble les deux frères Dubosc, dont les talents sont si divers, mais s'appareillent si bien. M. Simon est un peu gêné dans le rôle froid de Cormainville, et M. Juvenet fort à son aise dans le rôle élégant de Hocreuze. MM. Bosmàn et Tervil ont composé ave€ soin deux personnages de second plan, mais bien venus.

14 Novembre

THEATRE ANTOINE. — Crédulités, pièce en trois actes de M. Louis Bénière.

Je ne suis pas sûr d'aimer infiniment le sujet de pièce qui a séduit M. Louis Bénière. M. Bénière distingue, c'est entendu, la crédulité de la croyance et la superstition de la religion. Il n'est pas le seul qui se pique de ce discernement, et il ne s'avise pas, non plus que les autres, qu'il n'y a de différence entre superstition et religion qu'aux yeux de ceux qui ont la foi. Jadis, dans les collèges, les professeurs qui expliquaient Lucrèce à leurs élèves traduisaient prudemment le mot relligio par superstition, comme on remplace « amour » par « tambour » dans les couvents. Mais cp contre-sens ne faisait illusion à personne, et l'on savait bien que c'est la reli-

gion, non la superstition, qui selon Lucrèce « a pu persuader tant de maux ». Je conçois que les personnes pieuses établissent une démarcation entre leur foi, qui mérite d'être respectée, et les superstitions d'autrui, qui ne le méritent point. Mais il m'est impossible de comprendre pourquoi un librepenseur accorde le privilège du respect à des dogmes qu'il croit absurdes, et le refuse à d'autres chimères prétendues, qu'il n'a aucun motif de juger plus absurdes. D'autant que le prétexte allégué par ceux qui ne croient pas pour respecter les croyances est qu'elles consolent ceux qui ont le bonheur de croire. Pensez-vous que les superstitions consolent moins efficacement ceux qui ont le bonheur d'être superstitieux ? Le plus simple est encore de respecter toujours les croyances que l'on ne partage pas, dans le commerce ordinaire de la vie, et de n'en respecter aucune dans la recherche de la vérité, si j'ose employer de si grands mots. Comme une pièce, même à thèse, n'est pas une recherche de la vérité, mais tout au plus la défense arbitraire d'une opinion personnelle de l'auteur, c'est au théâtre qu'on a le moins de liberté et de franchise pour traiter nu sujet tel que celui de Crédulités. Or la pièce de M. Bénière n'est pas une pièce à thèse, Dieu merci. Ce n'est pas une pièce satirique ; pas même une comédie de mœurs : c'est, qu'il me permette de le lui apprendre, s'il l'ignore, un pur et simple vaudeville. J'en ai déjà ronté un hier, j'avoue que je manque d'entrain pour en conter aujourd'hui un autre,

moins fin et moins amusant. La scène est à Paris, rue du Tabernacle, chez les Navoly, marchands d'objets de piété. Décor : un salon bourgeois. Les divers membres de la famille sont affectés de superstitions diverses, de telle sorte que chacune des superstitions existantes ou imaginables soit représentée. Navoly père est spirite. Il consulte les astres, qui lui annoncent un prochain veuvage. Mm° Navoly et ses filles ne sont que bien pensantes, mais M. Bénière les rattrape sur saint Antoine de Padoue. Il va de soi que la bonne tire les cartes. La tante Barbe, que l'on a recueillie par charité avec son petit neveu Pierre, récite à cet enfant des contes de fées au lieu de faire son éducation par le moyen de livres scientifiques à l'usage de In jeunesse. Barbe, que l'on traite en parente pauvre, devient subitement plus riche qu'un oncle d'Amérique. Elle apprend que son frère, mort aux Indes, lui a légué neuf millions. Elle dissimule jusqu'à nouvel ordre sa fortune aux Navoly, et même au jeune Pierre, mais elle feint de posséder une baguette magique grâce à laquelle tous les souhaits que l'on forme se réalisent. Pierre demande à la baguette un piano, puis un chapelet pour une des demoiselles Navoly. Piano et chapelet sont apportés dans l'instant même par les soins du notaire de tante Barbe. Navoly père, mis en appétit, demande deux millions en espèces. Cette somme lui est procurée dans la journée : on ne dira plus que les capitaux se cachent. Navoly père n'est pas seulement superstitieux : il a l'esprit de contradiction.

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Devenu millionnaire par miracle, il ne croit plus à rien, fût-ce aux esprits trappeurs. Barbe reparaît habillée comme il sied à une héritière. Elle fait l'aveu de sa mystification, d'ailleurs bien agréable. Ses victimes la lui pardonnent aisément. Elle leur pardonne aussi de l'avoir traitée sans égards alors qu'elle n'avait pas le sou. Mais c'est à condition qu'ils se corrigeront de leur crédulité, et mettront dehors une manière de Tartufe, qui s'était, comme tous les Tartufe, impatronisé dans la maison.

La pièce de M. Bénière est jouée en vaudeville, ainsi qu'il convient, mais avec beaucoup de verve et de mouvement, notamment par M. Gémier et la parfaite Mm* Jeanne Cheirel.

15 Novembre

THEATRE DE LATHENÊE. — Le Diable ermite, comédie en quatre actes, de M. Lucien Besnard.

Il n'y a point de thèse dans le Diable Ermite, point d'idées de réforme sociale, ni même point de conflit ou de forte situation dramatique : mais il y a unp idée de pièce, neuve, délicate, très agréablement et habilement présentée : et pourquoi serait-il défendu à M. Lucien Besnard de sacrifier aux Grâces, sous prétexte qu'il a témoigné plus ordinairement des qualités solides, un talent probe et sérieux, si d'ailleurs il s'acquitte de ce sacrifice tout aussi bien

qu'un autre, comme il en a t'ait la preuve hier soir •' Vous connaissez le proverbe, et vous avez deviné ce qu'est le « diable ermite ». C'est d'abord un diable qui se t'ait vieux (point trop vieux), et surtout qui fait la retraite. C'est un don Juan, mais d'aujourd'hui, qui ne ressemble guère à celui de jadis. Molière le définissait : un grand seigneur méchant homme. Le don Juan de M. Besnard n'est qu'un diplomate bon garçon. Et vous savez aussi ce que c'est qu'un « bon garçon » : quelque chose, à mon are, de bien pire qu'un méchant homme, qui n« sème autour de lui que ruines, deuils ou petits chagrins, à qui l'on pardonne tout sans que jamais personne ait pu comprendre pourquoi, et qui n'a pas même la franchise ou la conscience de sa muflerie, — si l'on me passe, ainsi qu'à M. Lucien Besnard, ce très vilain mot.

Armand Bertrand, qui est la coqueluche des femmes, n'a point lieu de pratiquer souvent le défaut que je viens de dire : car on les prend, on les laisse, du moins celles du monde, et cela ne tire pas à conséquence. Il eut pourtant, naguère, une occasion de montrer ce qu'il savait faire, et ne l'a point perdue. Sa dernière amie, Madeleine de Cerise, qui par hasard l'aimait tout de bon, il l'a lâchée sans précautions oratoires, et ne lui a même plus envoyé de cartes postales. C'est alors qu'il s'est fait ermite, non certes par pénitence ; car, en guise de couvent, il a obtenu un poste de consul en Floride, et il a épousé Mlle Alice Nory, qui est la plus jolie créole

qu'on puisse rêver. Son exil pourrait bien aussi n'être pas éternel : il ne dépend que de lui d'aller et de revenir. On sait que les diplomates voyagent facilement, et qu'ils ne refusent pas les congés. Armand Bertrand n'est pas un interdit de séjour, selon l'expression du Code ; et il peut compter, s'il reparaît, d'être accueilli par toutes ces dames à bras ouverts, c'est le mot propre. Il en fait l'heureuse expérience au cours d'une vente de charité, où toutes ces dames, en •effet, se trouvent à point nommé réunies. Les autres le revoient avec plaisir, et Madeleine avec émotion. L'aime-t-elle encore ? Elle est demeurée presque fidèle au cher et mauvais souvenir, et n'a prêté son cœur meurtri qu'à un sentiment quasimaternel. Elle a adopté son neveu, Gérard, tout gamin en ce temps-là, promu aujourd'hui Chérubin ; et je ne sais, elle-même ne veut pas savoir, s'il lui inspire des sentiments un peu trop tendres, comme l'autre Chérubin à l'autre marraine ; mais elle a un grand désir qu'il ne soit point le jouet des femmes, et ne lui ménage pas les utiles leçons. Or, Gérard rencontre à la vente la délicieuse M,me Armand Bertrand, et en tombe tout de suite follement amoureux, comme il sied à cet âge. Madeleine, déjà troublée d'avoir revu Bertrand, peu flattée que depuis dix jours il ne lui ait même pas fait signe, est encore moins flattée qu'il ait épousé le joli oiseau des Iles. et que d'ailleurs il recommence à faire lui-même le papillon. Elle ne s'aperçoit pas sans malice ni sans plaisir que l'oiseau des Iles est fort jaloux, peut-

être capable d'une inconséquence ; enfin, elle ne serait pas autrement fâchée si l'invincible Bertrand était... vaincu (comme dit par euphémisme M. Besnard), et si cela procurait un peu d'agrément à son neveu et filleul, qu'elle aime bien. Elle ne laisse pas de prêter les mains à cette intrigue, et cela pourrait être scabreux, et même laid, si l'on ne sentait qu'elle est plus amoureuse au fond qu'altérée de vengeance, si elle n'intriguait avec des hésitations, des maladresses, des repentirs, et si M. Lucien Besnard, qui en somme dirige l'intrigue, ne ménageait les péripéties avec la plus heureuse habileté. Il nous mène à deux doigts de la catastrophe. Gérard, aidé d'un autre galopin de son espèce, qui vient de passer son bachot et de recevoir un buggy pour récompense, enlève positivement Mme Bertrand sur le buggy. Mais il ne l'enlève pas plus loin que Versailles, où il prétend la faire dîner en cabinet particulier au respectable hôtel des Réservoirs. Bertrand, avisé à temps, vient dîner à ce même hôtel, où, comme vous pensez, il rencontre Madeleine, qui court après son neveu. Ils auront la scène d'explication que l'on attendait, et qui est, entre parenthèses, fort belle, d'une douce et touchante mélancolie ; après quoi, le diable repartira tout tranquillement avec sa femme, d'abord pour Paris, et, la semaine prochaine, pour la Floride ; et Gérard, qui a dix-huit ans, se consolera.

La comédie de M. Lucien Besnard a été montée par M. Deval avec le plus grand soin et le goût le

plus sût. La mise en scène est i'oiï amusante, notamment au deuxième acte, qui se passe au Lun coure hippique, et au quatrième, où le décor reproduit fidèlement la salle à manger des Réservoirs. Je ne sais pas si M. Guyon fils a reproduit aussi exactement la physionomie d'un des maîtres d'hôtel ; mais, quel que soit le modèle, la copie est plaisante. J'ai déjà dit que M11* Alice Nory est le plus joli oiseau de6 Iles : il faut dire encore qu'elle est la comédienne la plus intelligente, la plus vive, et que «a gentille autorité est irrésistible. Mme Gabrielle Dorziat est toute pleine de grâce dans le rôle de Madeleine de Cerise ; j'ai infiniment aimé sa belle tenue, son esprit, sa malice tendre, sa tristesse. M11* Barelly, dans le rôle d'une des adoratrices de Bertrand, a été fort remarquée. M. Harry Baur a composé de façon bien divertissante le personnage d'un certain marquis de Gatpré, dont il ne faudrait pas prononcer le nom en bégayant, car on aurait l'air de le faire exprès. M. Stephen a bien joué Gérard, en le faisant peut-être grimacer un peu plus qu'il ne convient. M. Robert Got, qui joue l'autre gamin, a de la drôlerie et des qualités héréditaires. M. Jean Dax a curieusement dessiné son personnage du don Juan sur le retour ; je l'approuve d'avoir su montrer ce qu'il reste toujours de Bel-Ami dans les allures d'un homme à bonnes fortunes, même qui est du monde.

18 Novembre

THEATRE DES VARIETES. — L'Habit vert, comédie en quatre actes, de MM. Robert de Fiers et Gaston de Caillavet.

La critique serait un métier morose et dont il faudrait réserver le triste privilège aux ingrats, si l'on n'avait le droit, quand on l'exerce, de l'abdiquer certains soirs de fête, et de s'associer sans réserve à l'unanimité d'un succès. C'est bien une fête que nous ont offerte hier soir, au théâtre des Variétés, MM. Robert de Fiers et Gaston Arman de Caillavet. Tout y est ordonné avec tant de luxe et de mesure, avec un soin si délicat et si flatteur de nous plaire, qu'il y aurait pis que du mauvais goût, il y aurait, comme je disais, de l'ingratitude, à chercher où, par hasard, on les peut reprendre : ce serait un manque de savoir-vivre. Il ne m'a point semblé qu'hier personne pût résister à leur charme, qui n'est pas un charme mystérieux, mais une séduction fort explicable et légitime. J'y ai vu céder même leurs confrères, même celui-ci, qui s'est fait une profession de la sincérité. (Il a tort, elle ne doit être qu'un instinct naturel ou, tout au plus, un talent d'amateur.) Il allait bien par les couloirs, guettant sur les visages épanouis la ride sournoise et le pli chagrin : mais comme il n'y pouvait rien découvrir qui en diminuât l'épanouissement, il prenait le parti, plus sage, de s'épanouir lui-même, — seulement un

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peu plus tard que tous les autres. Aon, mon cher... (Dieu ! j'allais le nommer, et je crains d'ailleurs qu'on ne l'ait déjà reconnu), non, je ne ferai pas la moindre chicane : je ne suis pas l'ennemi de ma propre joie, même après vingt-quatre heures de réflexion ; et comme je sens bien que si je conte Y Habit vert, j'y vais prendre un plaisir extrême, je ne veux pas différer un seul instant.

Les personnes les moins averties savent, d'après le titre, que MM. de Fiers et de Caillavet nous transportent dans le milieu académique ; et, en effet, dès que le rideau se lève, nous voyons au mur M. Guy, en peinture, et revêtu du fameux habit. Il paraît luimême, il s'appelle le duc de Maulévrier. Il dit deux mots à son secrétaire, à qui, en guise de bonjour, il annonce qu'il se porte bien, et il nous a sorti dès lors à peu près toute sa psychologie. Ge noble duc, qui estime que rien n'arrive plus en France depuis l'abdication de Charles X, ne lit pas un journal, ignore toutes les nouvelles, et notamment que la duchesse le trompe, si j'ose m'exprimer ainsi, à jel continu. La duchesse vient des Amériques, d'où un beau-père confortable, comme elle-même dirait, envoie tous les trois mois à M. le duc un chèque de vingt-cinq mille dollars, montant des intérêts de la dot. M. le duc lui fait répondre : « Merci, et je m* porte bien. » La duchesse, qui a un parler bizarre, un coeur sensible et un tempérament de feu, n'est pas fort heureuse en amour. Elle est toujours la dernière aventure de ses jeunes amants. Ils la quit-

tent tous pour se marier ; et comme ces mariages ont une grande publicité dans les journaux mondains, les familiers de la duchesse se croient autorises à lui venir présenter officiellement leurs compliments de condoléance, en sortant de la sacristie. .Nous assistons à une petite scène de ce genre au premier acte, qui se passe dans la villa magnifique des Maulevrier. à Deauville. La duchesse adore la musique, et elle-même compose. Un de ses consolateurs fait des vers, et ceux-ci entre autres :

Ah ! donne-moi tes lèvres !

Ali ! ne comprends-tu pas ?

Eh bien ! ne comprends pas, Mais donne-moi tes lèvres.

Sur ces entrefaites, arrive un autre musicien, impayable excentrique, nomme Parmeline, ou plutôt Max Dca il), qui fut son amant jadis, qui est resté son ami, et qui, par une incroyable malice du hasard, lui amène toujours, sans le vouloir, sans le prévoir, mais à propos, les coming men destinés â remplacer ceux qui s'en vont. La duchesse, qui reçoit généralement le coup de foudre, se trahit toujours, aussitôt foudroyée, par une perte de son français transatlantique et par l'usage d'un charabia encore plus épouvantable. Comme la plupart des grands artistes, Parmeline est distrait. Il a oublié dans le wagon tout ses bagages et jusqu'à ses manuscrits.

Un comte Hubert de La tour-La tour, fort bien de »2 personne, qui voyageait ;\\o<- lui. les lui rap-

porte chez les Maulévrier, et est introduit dans le salon, au moment que la duchesse, assise au piano, essaie diverses mélodies sur les paroles : « Ah ! donne-moi tes lèvres ! Ah ! ne comprends-tu pas ? » etc. Hubert de Latour-Latour s'étonne d'abord un peu ; mais, comme la dame au piano semble insister, il ne cherche pas, en effet, à comprendre, lui donne ses lèvres ; elle jette un cri et se met à parler charabia.

Avant la fin de l'acte, nous faisons encore connaissance avec un M. Durand, vice-président de la Chambre et candidat à la présidence de la République : le duc de Maulévrier, qui est sénateur, est obligé, bien que duc, de recevoir toutes sortes de gens. Ce Durand a une filleule, Brigitte Touchard, qu'il présente au duc. qui a besoin d'une fille instruite pour mettre de l'ordre dans ses archives. Brigitte est affreusement timide et ridiculement provinciale, mais son cœur ne demande qu'à parler. Il parle, dès qu'elle aperçoit Hubert de Latour-Latour, et le rideau tombe sur ce deuxième coup de foudre.

A l'acte suivant, vous pensez bien que le comte de Latour-Latour est installé chez les Maulévrier comme amant titulaire de la duchesse : cette fois, c'esl ;i leur château de Louveciennes. La bonne duchesse le couve. ;'i son gré. un peu trop. Brigitte Touchard ne le quitte guère ; elle travaille pour lui beaucoup plus que pour le duc : car j'ai oublié de dire que Latour-Lntour rédige une histoire de sa maison ; mais il n'a aucune vanité littéraire, et est

Lien plus fier d'avoir été reçu la veille au Jockey. 11 a une petite amie aux Folies-Bergère, mais qui est réduite à lui téléphoner. C'est Brigitte qui répond au téléphone, et de telle sorte qu'elle brouille Latour-Latour et la demoiselle des Folies-Bergère. Hubert, quand il l'apprend, se fâche; la duchesse, qui survient, entend quelques mots de trop, se fâche à son tour ; Hubert tombe à ses genoux pour lui demander pardon ; le duc de Maulévrier entre et apprend enfin qu'il s'est passé au moins un événement d'importance depuis les Trois Glorieuses : c'est qu'il est cocu. Mais Brigitte sauve encore une fois la situation, et assure au duc que le comte n'était aux pieds de la duchesse qu'afin de la supplier de patronner, auprès du duc lui-même, sa candidature à l'Académie.

Cette candidature vient fort à propos : un fauteuil est vacant, et nous avons vu tout à l'heure les confrères de M. le duc déplorer la nécessité où ils allaient être d'élire un homme de mérite, peut-être un homme de lettres. Hubert de Latour-Latour est le candidat nul et inoffensif qu'ils souhaitaient. Hubert de Latour-Latour sera sûrement élu ; et il vient, de surcroît, d'apprendre que Brigitte Touchard l'aime ! Mais il a fallu qu'elle le lui dit en toutes lettres, et elle ne s'est pas gênée pour ajouter : « Vous êtes vraiment l'homme le plus bâte que j'aie jamais vu. »

Le troisième acte est la séance de réception. C'est te duc qui est directeur do l'Académie et qui reçoit

Hubert. La veille, il a bien voulu communiquer à Parmeline les bonnes feuilles de son discours. Tandis que Parmeline lisait, la duchesse, émue par tous ces événements, éprouvait le besoin d'écrire à Hubert une tendre lettre, commençant par ces mots : « Mon coco, mon cher coco... » Le duc est entré. La duchesse, ne sachant comment escamoter la lettre, l'a passé à Parmeline, qui, ne sachant où la fourrer, l'a glissée entre deux feuillets du discours, et naturellement l'y a oubliée, comme il oublie tout. De sorte qu'à la séance solennelle, le duc, au beau milieu d'une citation de Montaigne, lit tout d'un coup ces mots, qui ne sont pas de Montaigne, mais de l'écriture de la duchesse : « Mon coco, mon cher coco... », oi il apprend une seconde fois qu'il est cocu. La séance est interrompue, et le scandale serait irrémédiable, si le secrétaire de l'Institut ne persuadait à M. le duc de reprendre son discours, en alléguant son propre exemple : lui-même a surpris jadis Mme Pinchet, son épouse, dans une de ces attitudes qui ne laissent aucun doute, même quai Conti, et il s'est tu, pour l'honneur des Académies. Le duc se rend aux raisons de Pinchel. La séance est rouverte, le public rentre, et le mari recommence de prodiguer m l'amant les éloquentes assurances de son affection et de son estime, mais en roulant des yeux furibonds.

Tout se terminera, et le mieux du monde, le lendemain, a l'Elysée, où le duc vient, selon l'usage, présenter le nouvel élu au Président de la République.

lequel est, depuis peu, M. Durand. W* de Maulévrier a été si frappée de la noble façon d'agir de M. le duc, qu'elle ne rêve plus que de lui être fidèle : elle est aussi un peu mûre. La filleule du Président de la République, Brigitte Touchard, épousera le comte de Latour-Latour, qui de toute façon ne peut se passer d'elle, s'il veut continuer d'écrire et faire honneur à son titre d'académicien, et qui d'ailleurs l'aime. Le Président, qui est un fort brave homme, un peu ennuyé de son inutilité, et ravi de pouvoir servir une fois à quelque chose, préside fort bien à ces divers dénouements ; et ainsi s'achève, dans une joie discrète, assaisonnée d'un rien de mélancolie, la plus jolie pièce, la plus adroite, la plus franche, parfois la plus courageusement satirique, mais toujours sans amertume, sinon sans âpreté.

telle est si merveilleusement jouée que j'en aurais presque aussi long à dire de l'interprétation que de la pièce même. Je dois pourtant me borner. Au surplus, je sons combien il est inutile d'exposer les raisons que je puis avoir d'admirer M. Guy, \im* Jeanne Grenier el M"H Eve Lavallière, à mes lecteurs, qui admireront bien sans mon aide ces trois grands artistes, et qui, bien certainement, iront tous voir V Habit vert. M. Prince a été d'un comique charmant, el une minute attendri, dans le rôle du secrétaire de l'Institut, Pinchet. J'ai déjà parlé de M. Max Dearly. M. Rrasseur est gonflé, illettré, homme du monde, parfait. M. Nfumès es! un excellent, je dirais presque nu désirable Présidenl de la République. Je citerai

encore M. Simon, dans le rôle amusant d'un général académicien qui ne veut point de généraux à l'Académie.

Je m'excuse de celte brièveté, de cette hâte ; mais c'est que j'ai encore un mot à dire. Je ferais scrupule de terminer cet article sans rassurer quelques bonnes âmes, que l'imprudence de MM. Robert de Fiers et Gaston de Caillavet surprend, effraie, attriste. « X'ont-ils donc point, (disent ces bonnes âmes), des ambitions académiques ? Comment osentils se tenir debout et souriants devant la respectable dame, au lieu de baisser les yeux, de courber le iront et l'échiné, ou même de ramper et de pâmer à ses pieds ainsi que tant d'autres ? » J'ignore si MM. Robert de Fiers et Gaston de Caillavet visent à l'Académie. J'estime que, s'ils n'y visaient point, c'est alors qu'ils lui manqueraient gravement de respect. Mais je ne crois pas qu'hier soir ils aient compromis leur candidature. Il est vrai qu'entre les écrivains, l'Académie tend à préférer les plus conservateurs, et elle ne fait apparemment que son devoir, puisqu'elle représente une tradition et qu'elle a été créée pour maintenir. Encore n'est-ce point un parti pris, et elle n'a pas laissé d'avoir à l'occasion des complaisances ou des coquetteries inattendues. Mais elle a surtout de l'esprit : elle est française : et elle n'a jamais pu haïr sans miséricorde ceux dont le crime unique étail d'avoir fait de l'esprit, même à ses dépens. Elle les a toujours préférés aux pauvres d'esprit, surtout qui la flagornaient

trop médiocrement. Ceux-là que, par malice, elle se plaît à faire languir, c'est ce petit cuistre dodu qui, tirant sur sa laisse, trotte menu à toute vitesse dans la direction du pont des Arts ; c'est ce critique, soit dramatique ou littéraire, qui de bonne foi, mais par chance, ne rencontre jamais sous sa plume, quand il cite, que des noms d'académiciens, comme les jeunes gens avisés qui, par le plus grand des hasards, ne tombent amoureux que des héritières ; c'est le bohème qui, entre quarante et cinquante ans, achète une conduite et du linge ; c'est l'élégant anarchiste et libre penseur de lettres, devenu trop soudain et à point nommé bien pensant, ennemi personnel de la Révolution, protecteur de la langue française et des études classiques, et qui ne va plus dans les salons qu'avec son billet de confession à la boutonnière, comme une carte d'hippique ou de pesage. Ceux-là, il est de règle que l'Académie française, leur tienne la dragée haute. Mais elle n'a que des sourires engageants pour ceux qui ne lui ont, pas fait l'injure de la respecter à l'excès, et qui même se sont un peu moqués d'elle avec une tendre familiarité. Daudet, après l'Immortel, n'avait qu'un signe à faire pour s'asseoir parmi les Quarante. Il est vrai que ces messieurs lui devaient être reconnaissants d'avoir attendu pour les draper en satire que sa verve fût un peu fatiguée. Mais MM. Robert de Fiers et Gaston de Caillavet ne m'ont jamais paru plus en train.

22 Novembre

THÉÂTRE FÉMIN'A. — Le Valet de Cœur, comédie en trois actes, de M. Louis Gilbert. — La Casquette blanche, un acte, de M. Louis Gilbert. — Tu vas un peu fort, comédie en un acte, de M. L. Verneuil.

Je crois que peu de personnes ignoraient ce soir, au théâtre Femina, le vrai nom de M. Louis Gilbert, auteur du Valet de Cœur et de la Casquette blanche. M. Louis Gilbert n'est pas monsieur et ne s'appelle pas tout à fait Louis Gilbert, mais il ne s'en faut pas de beaucoup. J'avoue que je n'ai pas une grande tendresse pour les amateurs, et que j'aurais volontiers contre eux un parti pris de sévérité ; mais quand ils n'affichent point de prétentions excessives, qu'ils se piquent simplement d'amuser, et, qu'en tin de compte, ils y réussissent, on ne saurait plus leur en vouloir. Ne nous faisons point prier pour reconnaître que ce 1 <ilel de Cœur et cette Casquette blanche ont fait beaucoup rire, et que le succès, très vif, n'a pas été de pure courtoisie.

La fantaisie de M. Louis Gilbert est assez bizarre, mais elle n'est point laborieuse, et même quand elle devient outrée, elle demeure bon enfant. Le valet de cœur est un jeune homme du meilleur monde. rru< «5e fait passer pour domestique afin d'approcher celle qu'il aime : ces déguisements sont-ils moins vraisemblables aujourd'hui que du temps de Marivaux ? M, Louis Gilbert ne traite pas un tel sujet à la ma

nière de Marivaux. Il y met plus de réalisme, et cela nous a valu un deuxième acte à la cuisine, fort drôle, assez inquiétant, quand on pense que M. Louis Gilbert est une maîtresse de maison dont la table est renommée. Je veux croire que ce deuxième acte est plus imaginé que vécu. Ai-je besoin do dire qu'à la fin tout s'arrange, que Lucien (qui s'appelle Antoine) rend son tablier, qu'il épouse Suzanne, et que Marcel, amant de la sœur de Suzanne, à qui le faux domestique servait de paravent, n'en continuera pas moins à jouir des commodités du plus délicieux ménage à trois ?

Mmes Louise Bignon, Marie-Laure, Emmy Lynn, du Hazel, MM. Louis Gauthier, Henry Roussell, Henry Trévoux n'ont pas été moins généreusement applaudis que l'auteur.

La Casquette blanche est une excellente farce, un peu grosse, encore plus débridée que le Valet de Cœur, et cependant plus vraisemblable : c'est que rien ne paraît impossible sur les lignes de l'Ouest- Etat. Je ne soupçonnais pas que les chefs de gare eussent des femmes aussi charmantes et aussi légères que Mlle Darlay, ni que les hommes d'équipe fussent aussi plaisants que M. Rouvière (Lebrun). Nous aurions bien aimé de voir aussi Mme Lebrun, chez qui tous les voyageurs vont passer quelques bons moments entre deux trains ; mais elle les reçoit dans la coulisse. C'est dommage.

Un lever de rideau de M. L Verneuil : Tu vas un

peu fort, servait d'agréable hors-d'œuvre aux deux pièces de M. Louis Gilbert.

23 Novembre

BOUFFES-PARISIENS. — La Bonne Vieille Coutume,

comédie-bouffe en trois actes, version de M. Bénédict.

Tout arrive, puisque l'on peut faire encore, en 1912, et même à la fin de l'année, une pièce sur le droit du seigneur. Mais c'est, je pense, la première fois qu'on en fait une pour le défendre. Nous en étions restés à Suzanne et à Figaro, qui jugeaient ce droit abominable : les grands principes de la Révolution française se démodent un à un. Il parait que le droit de jambage avait une utilité sociale. Regrettons que M. Taine ne l'ait pas su, il aurait ajouté un chapitre bien savoureux aux Origines de la France contemporaine. M. Bénédict vient de combler une lacune. Sa pièce est, d'ailleurs, agréablo. avec tous les assaisonnements que l'on devine : le premier acte languit un peu, mais les deux autres sont amusants. Ce n'est qu'une farce, la farce a quelquefois du bon.

Il va de soi que l'action se déroule au temps de la Féodalité. La jeune Colette épousera tout à l'heure un paysan de son village, Pierre. Elle passera, selon la bonne vieille coutume, la nuit prochaine auprès de son seigneur le marquis. Mais le comte Roger,

fils du marquis, esl amoureux d'elle, et l'intendant Dalpit craint que le vieux seigneur ne fasse à l'épousée un cadeau trop magnifique. Tous deux s'efforcent d'exciter la jalousie de Pierre, afin qu'il empêche Colette de monter ce soir au château. Pierre n'est pas trop jaloux, il esl ambitieux ; Colette aussi est ambitieuse, et les autres habitants du village, qui respectent les traditions, n'ont point de peine à déjouer les manœuvres du comte Roger ni de l'intendant Dalpit.

Voici donc Colette au château. Dalpit et Roger font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher l'accident. Leur meilleur atout est que le marquis ne peut pas grand'chose : il vient de chasser trois heures durant, et il s'endort au moment que j'appellerai proprement psychologique. Lorsqu'il se réveille, Colette lui fait croire que tout est consommé et reçoit en dot une ferme.

Dès le point du jour, elle s'en revient, à la chaumière conjugale. Ses parents et son époux sont fort joyeux d'apprendre quel riche présent elle a reçu : elle pense naturellement faire plus de plaisir encore à Pierre en lui révélant que le cadeau est gratuit, mais elle s'avise à temps qu'il ne faut pas avoir la langue trop longue, que le rustre est délicat, et capable de restituer la ferme, si monseigneur, croyant la donner pour quelque chose, l'a donnée pour rien. Que faire ? Pierre va constater dirai-je son honneur, tout comme M. de Châtillon constatait son déshonneur, avant-hier, au deuxième Théâtre-Français.

Mais n'oublions pas que le comte Roger aime Colette ; Colette ne l'oublie pas non plus et lui demande un petit service qu'il a bien du plaisir à lui rendre. M. Franck a monté avec soin, avec goût, et avec une véritable compétence archéologique, Une Bonne Vieille Coutume. Les artistes de ses divers théâtres et des Bouffes-Parisiens l'ont interprétée avec bonne humeur. Mme Ariette Dorgère rend invraisemblable le sommeil de M. Elie Febvre, mais on comprend, en revanche, fort bien pourquoi M. Gandéra est si éveillé. M. Hasti est un excellent jocrisse; MM. Frey, Paul Bert, Callamand, Mathillon, Harvand, ont contribué, chacun pour leur grade, au succès de la pièce et à la joie du public.

25 Novembre

THÉÂTRE DU CHATELET. — La Roi de l'Or, pièce en cinq actes et vingt-trois tableaux, de MM. Victor Darlay et Henri de Gorsse.

Il était une heure et demie sonnée lorsque nous avons appris que Pépin épouserait décidément Yvette. J'en étais sûr depuis longtemps, mais j'ai voulu tenir jusqu'à la fin : ce n'est pas par conscience, c'est que je m'amusais vraiment beaucoup. Et voilà pourquoi je suis en retard d'un jour pour annoncer aux lecteurs du Journal que la nouvelle pièce du Châtelet a magnifiquement réussi ; mais

qu'importe un jour de relard, lorsque nous avons pour le moins une année entière devant nous ?

Je craignais un peu, sur le titre, qu'il ne fût tout le temps question d'argent. 11 n'en est, grâce à MM. Darlay et de Gorsse, presque jamais question ; et M. le ministre des Finances, qui avait cru devoir honorer de sa présence cette répétition générale, n'y ;i rien pu entendre qui le concernât particulièrement. On parle bien d'un héritage, mais il est à longue échéance : la tante de la jeune marchande de tabac, qui lui a légué plusieurs millions, a sagement stipulé que sa nièce ne serait envoyée en possession qu'après une année révolue, et, jusque-là, se croirait pauvre. Yvette est la légataire sans le savoir. Un nommé Marius, qui le sait, lui fait la cour ; mais elle préfère Pépin, élève d'un savant nommé Bonnenfant, qui est un vieux raseur, et qui veut marier à Pépin sa propre nièce Bérénice. A tout ceci est mêlée une histoire de papyrus, qui se perd dans le premier tableau, et ne se retrouve qu'au dernier. Ce papyrus est une lettre autographe de Cléopâtre à Antoine, dont Bonnenfant ne discute même pas l'authenticité. L'on a vu des archéologues et des collectionneurs aussi crédules, et cette lettre de Cléopâtre n'est pas l'invention la plus invraisemblable de MM. Darlay et de Gorsse.

Pépin, qui a eu l'imprudence de monter seul dans la nacelle d'un dirigeable (ceci se passe à Alger), est emporté par la tempête, et le dirigeable devient ballon libre. Pépin (qui avait le papyrus dans sa

poche) réussit à prendre terre. Mais le lendemain, sa cousine Yvette, sans penser à mal, enlève le papyrus ; il court à sa poursuite, accompagné du fils du concierge, qui a le génie de Sherlock Holmes ; et comme elle est allée demeurer dans un hôtel mitoyen du Châtelet, tous deux se trouvent amenés, par des péripéties dans le détail desquelles je ne saurais entrer, à s'égarer d'abord sur les toits du théâtre, ensuite, dans la salle même, pendant la représentation d'une pièce pyrénéenne ; cela sert de prétexte à une fête de montagne où les sports d'hiver nous sont brillamment présentés et où défilent des chasseurs alpins. La scène dans la salle est si drôle et si bien réglée que le public de répétition générale, qui s'y connaît, ne savait plus très bien distinguer ce qui était de la pièce et ce qui n'en était pas, et finissait par prendre part au charivari. Le décor des toits, avec la vue de Paris, des pont éclairés, des bateaux, des tramways, des voitures, est un jouet splendide et une véritable œuvre d'art. Celui des régates, où l'on voit courir de droite à gauche la toile de fond, comme au premier acte de Parsifal. n'est pas moins beau, mais ne fait pas aussi bien illusion. Un petit voyage à Orléans, qui n'est rien pour un touriste comme Pépin, nous permet d'assister aux fêtes de Jeanne d'Arc ; et c'est encore une vision éblouissante, non moins que patriotique. Le terme de cette course au papyrus est sur le champ de steeple d'Auteuil. C'est là, comme il fallait au reste s'y attendre, que nou» arrivons au poteau.

Le Roi de l'Or n'est pas du tout joué va-commeje~te-pousse, ainsi que trop souvent les féeries. Il y a même une interprétation simplement de premier ordre, avec M. Vibert , de l'Odéon. qui ne dédaigne pas de jouer Bonnenfant aussi soigneusement et aussi bien que le Malade imaginaire, avec la spirituelle Mlle Reuver, la plaisante Mme Lepers. l'aimable Mlle Chapelas. le joyeux Moricey et le joyeux Hamilton. Une danseuse mexicaine, d'une rare souplesse et d'une grâce incomparable, Mlle Saravia. qui débutait, a reçu du public l'accueil le plus flatteur.

La représentation du théâtre Michel s'achève ce soir beaucoup plus tôt qu'hier celle du Châtelet. J'en remettrai cependant le compte rendu à demain. La pièce de M. Gabriel Trarieux est trop importante, et, si j'ose dire, trop spéciale, pour être jugée au pied levé. Il convient quelquefois que les juges aussi aient vingt-quatre heures.

25 A'ovcmbrc

THÉÂTRE MICHEL. — L'Escapade, comédie en trois actes, de M. Gabriel Trarieux ; la Cruche, comédie en deux actes, de MM. G. Courteline et P. Wolff ; la Réussite, comédie en un acte, de M. Beslay.

J'écrivais hier soir, en sortant du théâtre Michel, que la pièce de M. Gabriel Trarieux est importante : j'ai peut-être exagéré un peu, ou du moins le mot

n'était pas exactement juste. C'est la gravité de cette Escapade qui m'a surtout frappé. Elle m'a déconcerté. M. Gabriel Trarieux n'avait-il pas annoncé dans maintes avant-premières que sa pièce était légère, et j'avais cru lire entre les lignes : badine ? Je sais bien que des poids et des mesures il ne faut pas discuter ; mais vraiment, lorsque l'auteur de l'Escapade et de la Brebis perdue nous assure qu'il a composé simultanément ces deux pièces, et que l'une des deux le divertissait de l'autre, on peut se demander à bon droit si c'est à la Brebis perdue ou à YEscapade qu'était échu ce rôle de divertissement. Je n'ai, durant la représentation d'hier soir, entendu rire franchement que deux fois : la première, quand une jeune débutante a bien involontairement nui à l'illusion comique, en annonçant M. Lucien Rozenberg au lieu de M. Jacques Seignettes ; la seconde, quand a paru une élégante jeune femme, vêtue d'une robe si bizarrement coupée, qu'elle ne pouvait ni se lever ni s'asseoir, et qu'elle était réduite à marcher, comme on se couche, en chien de fusil. Et je saisis cette occasion de féliciter le public, qui devrait toujours accueillir de la sorte les modes ridicules et les ameublements hideux : il redeviendrait, ainsi comme il doit l'être, l'arbitre de ce qui nous reste du goût français, — pour citer, ou à peu près, la plaisanterie cruelle, mais trop juste, de MM. Robert de Fiers et Gaston de Caillavet, à propos du Congo.

Je me suis égaré un peu loin de YEscapade, j'y reviens. Dès que le rideau se lève, nous nous trou-

vons en pays de connaissance. Nous ne connaissons pas personnellement M. Jacques Seignettes ni M. Benjamin Colrat, qui sont en scène ; mais l'un est le Parisien sur le retour, dégoûté de notre vie factice, l'autre est l'explorateur régénéré par une vie naturelle, et c'est vraiment le cas de dire que nous en avons beaucoup entendu parler. Ces deux personnages profèrent les généralités que l'on attend d'eux. Jacques Seignettes fait une allusion douloureuse à une liaison qu'il a depuis douze ans avec ce qu'on appelle aujourd'hui une femme du monde. Colrat avoue qu'il préfère les Folies-Bergère et se dispose à s'y rendre. Seignettes va se rendre lui-même chez sa vieille habitude et demande son « frac ». Mais il se ravise, demande un veston, et reste au coin du feu. C'est une bonne idée ; car, autrement, il n'y aurait pas de pièce. A pein^ en effet Seignettes a-t-il envoyé coucher son valet de chambre, feuilleté deux ou trois bouquins, et témoigné par de sourdes exclamations que la littérature contemporaine ne le dégoûte pas moins que la vie factice, on sonne. Il ouvre. C'est une jeune mariée en tenue. Seignettes s'étonne, d'autant qu'il ne connaît guère la jeune personne, au mariage de qui toutefois il a assisté cet après-midi. Mais Bérengère s'empresse d'expliquer sa visite nocturne. Elle ne s'est mariée que pour échapper à son père, qui la déteste : elle a épousé un certain baron de Horn « qui a l'air d'une potiche hollandaise, et à qui l'on prête des mœurs byzantines ». Et en effet, tout à

l'heure, tandis que le baron se déshabillait dans la pièce voisine, avec l'aide d'un domestique hindou, Bérengère a surpris d'étranges propos du maître et du serviteur, qui ne l'autorisent pas à douter que le baron dépasse même Byzance, et pousse jusqu'à l'Extrême-Orient. J'admire, quant à moi, la rapidité d'intelligence de cette jeune fille (car on nous dira au second acte que c'est une vraie jeune fille, la dernière). Et il lui suffit d'écouter aux portes ! Je crois que les vraies jeunes filles d'autrefois n'auraient rien compris, même si elles avaient vu. Elles auraient fait n'importe quelle hypothèse, baroque et innocente. Elles auraient cru, que sais-je ? à une tentative d'assassinat. Enfin, Bérengère sait à quoi s'en tenir ; elle- s'est enfuie sans demander son reste, prenant tout juste le temps de remettre, en guise de coiffure, son voile de mariée, ce qui est une idée assez singulière. Elle ne connaît personne à Paris que Jacques Seignettes : elle est venue lui demander asile. Il lui remontre qu'une jeune mariée, même dans des circonstances aussi particulières, ne saurait passer la nuit chez un vieux garçon : et comme le père, à qui sur-le-champ il téléphone, refuse de recevoir la fille, il conduit Bérengère chez une vieille amie, la marquise de Guitres, qui est, dit-il. une femme de l'ancien régime. Bassurez-vous : cela ne signifie point qu'elle a au moins cent quarante ans, et qu'elle a survécu par miracle, comme les combattants d'Austerlitz. de la Moskova. ou même les victimes du Deux Décembre. Cela signifie fcim-

LE THÉATRL- (1912-1913) 117

plement qu'elle a les cheveux blancs et les idées larges. Le rideau baisse sur la sortie de Bérengère 8t de Jacques ; nous démêlons facilement que Jacques, qui ne cherche qu'un prétexte pour ne plus aimer Gilberte Savine, sa maîtresse, aimera très prochainement Bérengère de Horn, et que Bérengère de Horn aime peut-être déjà ce célibataire désabusé, mais chez qui elle n'a rencontré aucun Hindou.

Si M. Gabriel Trarieux avait tiré quelques conséquences morales, psychologiques ou autres, de cette vilaine aventure, qui détermine une jeune fille mariée du matin à fuir le soir même son mari, je ne le querellerais point sur le choix de la péripétie : au moins cela nous change, comme on dit, du banal adultère. Mais M. Gabriel Trarieux n'en tire pas le moindre parti ; et rien de sa pièce ne serait modifié, si Bérengère s'échappait du domicile conjugal pour tout autre banal motif. Alors, à quoi bon ? Tout ce qui suit ne sort plus de l'ordinaire. Le second acte est naturellement chez Mme Savine. On y parle du scandale de Horn. Un petit musicien, qui fait la cour à Gilberte, lâche une grossièreté sur le compte de Bérengère devant Seignettes, qui lui en demande raison. Gilberte le trouve mauvais. Une scène d'explication entre les deux amants également las les met à deux doigts de la rupture. Au troisième acte, Jacques a rompu, vient de se battre, et aime de plus en plus Bérengère ; mais il a des scrupules, et veut partir avec Colrat, pour devenir, lui aus^i.

colonial. C'est Gilberte Savine qui assure le dénouement prévu, et, par un calcul que je n'ai pas très bien compris, décide Jacques à épouser Bérengère.

L'Escapade est très agréablement jouée. Je ne sais pas si Bérengère de Horn est une vraie jeune fille, mais Mlle Lucienne Roger est une vraie ingénue comme l'on n'en voit plus guère. Mme Madeleine Dolley, un peu froide, mais belle, a de la dignité et de la rouerie, et même, quand son rôle le lui permet, de la sensibilité. M. Lucien Rozenberg est un comédien bien adroit ; il connaît et il pratique à merveille tous les procédés qui, sur une petite scène, donnent des effets de naturel.

Le spectacle, qui commençait par un fort joli lever de rideau de M. Beslay, la Réussite, se terminait par une reprise de la Cruche, comédie en deux actes de MM. Georges Courteline et Pierre Wolff. L'on n'a point assurément oublié cette pièce, dont le succès naguère, à la Renaissance, fut très grand, et dont la carrière fut, je ne sais pourquoi, trop brève. On sait qu'il s'agit d'une brave fille un peu niaise que son amant traite avec la dernière brutalité, qu'un autre amant recueille et sauve, et qui, à la première occasion, retourne aux injures et aux coups, sans doute parce que les femmes aiment d'être battues. Mais le thème importe peu : ce qu'il faudrait dire, c'est la vivacité, la verdeur, la prodigieuse fantaisie du dialogue, l'intime combinaison des qualités si différentes de M. Pierre Wolff et de M. Georges Courteline ; et cela malheureusement

ne s'analyse point. Mme Juliette Margel interprétait le rôle de Margot, et je dirais que ce fut une révélation, si le mot, appliqué à une comédienne de cette renommée, ne pouvait passer pour une impertinence. Mais les véritables grandes artistes ne se révèlent-elles pas en effet, chaque fois qu'elles interprètent un personnage nouveau ?

28 Novembre

THEATRE DU PALAIS-ROYAL. — La Présidente, comédie en trois actes, de MM. Maurice Hennequin et Pierre Veber.

La Présidente, de MM. Maurice Hennequin et Pierre Veber, est le vaudeville de deux auteurs fort capables d'écrire une charmante comédie, et la comédie de deux vaudevillistes qui savent leur métier de vaudevillistes à merveille. Le résultat de leur collaboration, ainsi que de leurs aptitudes diverses, est un peu composite, mais agréable. On s'est fort amusé hier après-midi au Palais-Royal, où la répétition générale de la Présidente avait cependant lieu dans des conditions assez défavorables, puisque le rideau s'est levé treize heures exactement après que nous avions quitté la Porte-Saint-Martin avec d'autres préoccupations en tête.

Augustin Tricointe est président de la cour à Gray, et c'est le plus austère des présidents. Mais

il a épousé sa cuisinière. Aussi n avunce-t-il point. Il est curieux que le monde accepte si aisément toutes sortes de réparations, mais point celle-ci, qui est cependant la plus raisonnable. Voir l'Ami des Femmes : « Vous finirez par épouser votre cuisinière. — Cela dépendra de sa cuisine ». Au surplus je ne me porte pas garant de la cuisine de Mme Tricointe. Tout ce que les auteurs nous en disent est qu'elle sait une fameuse recette pour préparer le poulet ; mais une recette ne peut suffire à la gloire dune cuisinière. La tragédie du Monde où Von s'ennuie avait aussi un beau vers. Tricointe est naturellement timide, et honteux du sot mariage qu'il a fait. Il n'ose solliciter. Mme Tricointe, qui est ambitieuse, se décide à solliciter elle-même, et part pour la capitale. Juste au moment qu'elle vient de partir, une jeune personne exubérante, Mlle Gobette (c'est Mlle Cassive), tombe chez le président. Elle est l'étoile d'une troupe en tournée qui joue l'opérette à Gray (quel métier !). Elle vient de se faire flanquer à la porte de l'hôtel, et il n'y a pas deux hôtels, il n'y en a qu'un. L'un des juges assistants. Pinglet, pour faire une niche au président, qui vient de le réprimander, persuade à Mlle Gobette' de coucher dans le lit de Mme Tricointe. Ce n'est pas encore à ce moment-là que Mlle Cassive se déshabille définitivement : elle n'en séduit pas moins Tricointe qui, ayant reconduit son épouse à la gare, rentre, veut d'abord chasser l'intruse, et finit par lui proposer de partager avec lui le lit conjugal. A

ce moment, un annonce le garde des sceaux. Ce ministl* est également en tournée, non pas d'opérette, mais a la façon d'Haroun-al-Raschid. 11 veut se rendre compte par lui-même des mœurs de ses subordonnés. 11 prend Gobette pour la présidente, et elle joue le rôle parfaitement. Mais elle joue aussi bien celui de Gobette, et en fin d*acte, nous la voyons passer avec le garde des sceaux dans la chambre de Tricointe, cependant que Tricointe va dormir dans la salle de bains ; ou plutôt nous ne la voyons pas. car elle a souffle la bougie.

Cyprien (c'est le garde des sceaux), ne rêve plus que "de sa bonne fortune de Gray. Rentré au ministère, il veut tout aussitôt nommer à Paris le président Tricointe. Il attend ce matin la visite de Mme Tricointe (la fausse, qu'il croit vraie). C'est la vraie qui vient, mais il la croit fausse, parce qu'il la trouve occupée à astiquer les cuivres : une manie de cette ci-devant cuisinière. « Faut qu' ça reluise ». Gobette arrive. Sur-le-champ il la met en chemise; quelqu'un entre, il ramasse la robe et le chapeau de Gobette, et les fourre dans un coffre à bois, que l'on emporte aussitôt au garde-meuble (quelle administration !). Cependant, Gobette, qui est en chemise, en profite pour tromper le ministre avec le chef de cabinet. Après quoi elle veut se rhabiller (était-ce bien nécessaire ?) et comme elle n'a plus de robe, elle prend la défroque de la vraie Mme Tricointe, que le ministre invite à se vouloir bien déshabiller, et qui s'empresse d'obtempérer à cet ordre, le

croyant dicté par la galanterie. Tricointe survient à son tour ; pris de remords, il est venu de Gray tout exprès pour avouer au garde des sceaux qu'hier on s'est moqué de lui. Mais il trouve sa femme quasi nue, il apprend la faveur dont il est l'objet, et il établit de fâcheux rapports entre cette faveur et cette nudité.

Au troisième acte, Cyprien apprend que Gobette est Gobette, lui pardonne de s'être fait passer pour Mme Tricointe, pourvu qu'elle reste Gobette, et signe généreusement la nomination de Tricointe. Tricointe apprend que sa femme est toujours vertueuse, et donne sa fille en mariage au chef du cabinet, car il est père d'une fille élevée à Londres, où elle a oublié le français.

C'est toujours avec un nouveau plaisir que nous voyons Mlle Armande Cassive en chemise, quoique tela nous soit arrivé déjà bien souvent. C'est la plus gaie des comédiennes, je dirais même que c'est notre seule ingénue ; elle commet en effet les choses les plus énormes avec une sorte d'ingénuité qui sauve tout. M. Germain, M. Charles Lamy, M. Le Gallo, M. Lévesque ont réjoui les spectateurs. Mlle Marguerite Lavigne a de la fantaisie, Mme Delphine Renot (Mme Tricointe), est bien faite pour jouer ces sortes de pièces mi-vaudeville et mi-comédie : elle a autant de finesse que de verve.

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