‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 18 sur 61 · LE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD · texte numérisé non relu

LE CRIME DE SYLVESTRE BONNARD

eervent dans le fruitier, pendant la saison froide, les ménagères. » Elle glisse sur le parquet comme une ombre ; elle prononce des mots et ne desserre pas les lèvres. Flattée des égards que lui témoigne un mem bre de l'Institut, elle forme le projet extravaganl d'épouser Sylvestre Bonnard ; elle l'accable de tendres protestations auxquelles succède une haine farouche quand son espoir est déçu... Jeanne subit le contre coup de ces sentiments, tout à tour choyée, humiliée, torturée, réduite enfin à l'état de servante. Son vieil ami l'arrache à ce supplice; il enlève la petite Cen drillon et ce rapt attirerait sur lui les foudres du Code, si M* Mouche, tuteur légal de l'enfant, n'avait l'excellente inspiration de filer à l'étranger avec l'argent de l'étude, ce qui empêche la plainte d'être déposée. Sylvestre Bonnard l'a échappé belle...

Les épisodes de ce conte humain et moral s'enveloppent d'une mélancolie souriante, à la Dickens. C'est très chaste, très frais, ce n'est pas brutalement tra gique, et c'est douloureux. Le logis du savant, l'hon nêteté qu'on y respire, le dévouement bourru de Thérèse (Mme Miller joue le personnage en perfection) ce tableau éveille des impressions rassurantes, cor diales. Il y a tout de même de braves gens sur la terre! Oui, mais que d'efforts ignorés dans l'accomplissement de leur tâche quotidienne! En eux et autour d'eux que d'orages! L'amertume et la joie de vivre sont immuablement associées, hélas! Il n'est pas une œuvre profonde qui ne soit triste.

Page 1