‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 25 sur 61 · GAVROCHE ET FLAMBEAU )) IO · texte numérisé non relu

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ville et se suiciderait plutôt que de n'user point de la consonne d'appui.

Cette passion, ce scrupule, ce traditionalisme rigoureux, cette intransigeance — oh ! quand ils s'avisent d'être autoritaires, les démocrates ! — tous ces traits composent à M. Georges Trouillot une physionomie originale. Nous les retrouvons, pleinement épanouis, dans la pièce qu'il a fait jouer au cours d'un des derniers galas du Trooadéro. Et si ce généreux petit ouvrage a été goûté, applaudi, s'il a remué l'immense auditoire, c'est justement parce que l'auteur s'y est peint, y a versé, avec une charmante bonne foi, ses idées, ses enthousiasmes, ses instincts, le fond le plus secret de lui-même. Aimant le peuple, il a choisi comme protagonistes les deux figures plébiennes de Flambeau et de Gavroche ; il les a plantées face à face, fraternellement unies. Ce rapprochement ingénieux lui permettait d'embrasser le passé et le présent, et d'ôter à cette dissertation toute froideur didactique.

Donc, le bleuet Gavroche — classe 191 6 — fusil en main, casque en tête, bouffarde au coin de la bouche, promène devant les créneaux de la tranchée son désœuvrement momentané. Il s'est battu. Il attend une nouvelle occasion de dire bonjour à MM. les Boches. Or voici que surgit Flambeau — le grenadier Flambeau de Rostand, le rude et doux geôlier de l'Aiglon, le conscrit républicain de Fleurus, le grognard césarien de Wagram et d'Austerlitz... Flambeau, réveillé par le tumulte d'une formidable artillerie, est venu inspecter le champ de bataille, se renseigner sur la stratégie et la tactique modernes, examiner de quelle façon se comportent ses neveux. Il ne comprend pas... Ça la guerre ? Cette immobilité, cette torpeur, ce travail de taupe, ces manœuvres à l'aveuglette, ces combats sans soleil? Et naturellement, il estime que, de son temps, les chose? allaient mieux.

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La victoire, avec nous, savait marcher plus vite. Depuis quatre-vingt-douze, à Jemmappe, à Valmy, On avait vu comment on chasse l'ennemi. Puis, comment on traînait, en, troupeaux, à sa suite. Les peuples à travers l'Europe, et de quel train On franchissait d'un bond les Alpes et le Rhin.

Flambeau raille l'indolence de« clampins frileux et craintifs qui, pour prendre l'offensive et culbuter l'armée du kronprinz, attendent le retour de la saison prin tanière. Piqué au vif, leste à la riposte, Gavroche lui cloue le bec. Ils sont inouïs, ces vieux! Ils ne connaissaient pas leur bonheur ! Ils luttaient en rase campagne, visage découvert, corps à corps, à la française. Ils ignoraient l'Aviatik et le Zeppelin. Ils essuyaient le feu des misérables canons à courte portée, ils ne recevaient que des boulets ou des balles. La belle affaire, vraiment ! Aujourd'hui, les pruneaux jaillissent du sol, pleuvent du .ciel. La nature et la science se coalisent contre le pauvre soldat, réduit à s'affubler d'une cagoule, d'un masque et d'un habit de carnaval.

— Pour nous changer du fer et du feu. le poison ! C'est l'uniforme, quand montent de l'horizon Ces trucs à vous coucher sur le sol une armée. Vos bronches ne pouvaient craindre que la fumée. Veinards ! Et tout au long des pays al/emands. Avix étapes. Gretchen ouvrait des bras charmants Quand vous fripiez un peu les fleurs, de son corsage. Nous, voici plus d'un an, déjà, que l'on est sage. Veinards ! Veinards ! Veinards ! on dit que vous étiez Des braves à trois poils ! Rien que trois ! Quels troupiers Nous som.mes des poilus, nous, de la tète aux pieds. Même alors qu'on n'a pas un seul poU vsur la lèvre.

Ce qu'ont fait nos poilus, nos marins ? Gavroche cite des exemples. C'est l'agonie des matelots du Bouvet, serrés autour du drapeau. C'est la mort anonyme et sublime du zouave qui, des rangs ennemis, crie à ses camarades de tirer et lombo on chant.uil

GAVROCHE ET FLAMBEAU » lOQ

la Marseillaise... Et ces martyrs ne se plaignent point. Ils allègent l'épreuve en lui opposant la bonne humeur, trésor de chez nous, fleur de l'héroïsme.. Le moineau de Paris, Gavroche, n'incarne-t-il pas. ne symbolise-t-il pas toutes les qualités du soldat de Fiance .'* 11 est curieux, débrouillard, intelligent. Il donne sa vie, mais il veut savoir pourquoi il la donne. Il s'immole à des principes qui lui sont chers. Incorrigible idéologue, il croit sauver l'humanité en ser vaut la liberté. Et ce sacrifice, il l'accomplit allé grement.

Gavroche, maintenant, c'est lui, la Grande Armée.

II est gardien du sol gaulois, cet avorton

Qui porte quelquefois barbe grise au menton

Tout en ne perdant rien de ce qui fait qu'on l'aime.

Il ajoute la gloire à son rayon bohème.

Le Taube est sur son front, la mine sous ses pas.

Mais il fait la grimace et la nique au trépas.

S'il est besoin, il donne, et loih du canon même.

Des leçons d'endurance à qui n'en aurait pas.

Les pieds dans l'eau, la tête au feu, quand on patauge

Plus boueux que ne sont des cochons dans leur bauge.

Ne craignant rien, sinon les renoncements vils.

Le poilu dit ; Pourvu qu'ils tiennent, les civils I

Il n'est vraiment chez nous que le drap bleu qui s'use

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