‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 31 sur 61 · LES COMEDIES ET PROVERBES · texte numérisé non relu

LES COMEDIES ET PROVERBES

Renaissance d'un vieux genre français.

Carmontelle, Théodore Leclergq, Musset, Feuillet, Paul Bourget, Gérard d' Hou ville

a8 août 1916.

LA Revue des Deux Mondes a eu l'heureuse idée de faire refleurir ce genre tombé littéralement en désuétude. C'est un genre bien français. Sainte-Beuve ne lui refusait pas son estime. Dans une étude consacrée à Théodore Leclercq, il le définit. « Représentons-nous ce qu'était le proverbe dramatique à l'origine. Une petite pièce en plusieurs scènes qu'on écrivait et que souvent on improvisait entre soi sur un simple canevas et qui renfermait un petit secret ; le secret c'était le mot même du proverbe (par exemple Selon les gens l'encens ou bien II ne faut pas jeter le' manche après la cognée), mot qui était enveloppé dans l'action et qu'il s'agissait de deviner, de manière que si les spectateurs ne le devinaient pas, il fallait, lorsqu'on le leur disait, qu'ils s'écriassent : « Ah 1 c'est vrai ! », comme lorsqu'ils apprennent le mot d'une énigme qu'ils n'ont pu trouver... M. Leclercq ne prend pas tant de précautions. Le mot du proverbe qui figure déjà le plus souvent au titre, se trouve

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régulièrement au bout de l'ouvrage et en marque la fin. Quand le mot est dit, et que le proverbe est placé, la pièce est finie. Ce mot n'est chez lui qu'un [)rétexte à bien des fables de La Fontaine : on s'en passerait très aisément... M. Leclercq a atteint les extrêmes limites de cet art. Il vivra dans la série de nos comiques comme l'expression fidèle des mœurs et de la société d'un moment, plus près de Picard que de Carmontelle et donnant encore mieux l'idée d'un La Bruyère féminin et adouci. » Carmontelle et Théodore Leclercq, si chaleuresement loués par Sainte- Beuve, n'avaient pas inventé ces sortes d'ouvrages. Au dix-septième siècle, c'était un divertissement fort goûté de la cour et de la ville. On s'ingéniait dans le monde à composer des proverbes, pour exercer, comme dit Cathos, « les beaux esprits de l'assemblée ». Les acteurs, s'inspirant des procédés de la commedia delV arte, improvisaient le dialogue sur un sujet convenu. Quelques-uns de ces canevas ont été conservés. Nous possédons ceux que Mme de Maintenon offrait en amusement à ses chères brebis. J\'éveillez pas le chat qui dort, Méchant ouvrier n'a jamais bon outil, thèmes innocents que développait l'imagination et qu'embellissait la grâce des demoiselles de Saint-Cyr... Carmontelle excellait à ces jeux. Son talent de comédien, la souplesse de son caractère, la fécondité de ses ressources le désignèrent à l'emploi fort envié d'ordonnateur des fêtes du duc d'Orléans. Il versait dans ses petites pièces ses qualités naturelles : de la vivacité, de l'observation, de l'enjouement, du tact, une malice sans venin. Théodore Leclercq eut à peu près les mêmes débuts que Carmontelle et la même destinée. D'amateur, il devint professionnel. Sa réputation mondaine élargie confina à la gloire et nul ne s'étonna que le plus illustre des critiques lui fît l'honneur d'un de ses lundis.

La postérité n'a pas ratifié ce jugement. L'œuvre de ce Verconsin supérieur est oubliée ; elle renferme une

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peinture assez piquante de la société dé l'Empire et de la Restauration. Les personnages qui y évoluent sont à peu près ceux des vaudevilles de Scribe. La veine héroïque et la veine satirique s'y mélangent ; le jeune et bouillant colonel, le tabellion sympathique, le brillant avocat, lumière du barreau, le musicien de génie y coudoient l'ambitieux, l'envieux, l'intrigant, le quémandeur. Ce dernier dit à un nommé Mitis, homme puissant, dont il sollicite la protection : (( Tâchez de placer mon fils dans un bureau ; vous me rendrez service ; il n'est bon à rien. » Théodore Leclercq trouvait de ces mots qui le faisaient comparer à La Bruyère. Il traçait aussi d'aimables portraits de femmes et parait de dons charmants la jolie veuve, la coquette, l'ingénue. Les salons de la Chaussée d'Antin et ceux du Faubourg raffolaient de ces légers ouvrages. Ma A^énérable amie, Mme Lardin de Musset, m'en parlait quelquefois, lorsque j'allais lui porter mes hommages dans le petit appartement de la rue Tronchet, oij tout, les meubles, les pastels, les dessins accrochés au mur et le visage même de l'aïeule octogénaire (le frère et la sœur se ressemblaient) ressuscitait le poète. II était entre nous ; je l'apercevais, je l 'écoutais ; non pas le Musset morne et fatigTié du déclin, mais un Musset rayonnant d'allégresse et d'espièglerie. C'est celui-là que Mme Lardin de Mussin me peignait de préférence, le blond adolescent aux cheveux bouclés, à la taille svelte, pincée sous le drap de l'habit bleu, infatigable valseur. Chérubin impertinent et tendre, adoré des belles Egéries du règne de Louis-Philippe.

« Vous ne "sauriez croire, racontait-elle, ce qu'était Alfred en ce temps-là. Quand il arrivait, la flamme du plaisir dans les yeux, il semblait qu'on vît entrer le printemps et l'amour. Avec cela habillé à ravir, coquet, soigné de sa personne, suivant la mode et la devançant, inventant des cravates, lançant des gilets, très Parisien... Et il jouait si bien les proverbes I »

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