LE SPHINX LE MARQUIS DE VTLLEMER
presse que le Sphinx. La plupart de nos confrères ont traité assez durement cette illustre comédie et cassé d'un trait de plume ironique et dédaisrneux les jugements qui faisaient d'elle un chef-d'œuvre. Car elle n'e?suya pas, comme le drame de Feuillet, un échec dissimulé sous les applaudissements. Elle fut, tout de suite, et lono-temps admirée. Elle se maintint au répertoire du théâtre de l'Odéon qui y avait recours dans les moments difficiles. C'était son Arlésienne d'alors. Le soir de la première représentation, le |ti'j février iSfil. elle remnorta im triomphe. L'empejreur. l'impératrice, appelèrent dans leur avant-scène 'les principaux interprètes et les char^rèrent de féliciter l'auteur. Les étudiants, massés aux sraleries. acclamèrent les velléités démocratiaues du marquis Urhain. Il leur spmblait qiie ce républicanisme ri l'eau de rose devait blesser le « tvran )). ce en quoi ils s'abusaient. Le reste de l'auditoire, l'orchestre, le balcon, les loores, indifférents h la politique, s'abandonnaient naïvement au plaisir d'ouïr d'honnêtes sentiments traduits dans une langue simple et saine, de contempler le spectarle d'une humanité parfaite, inaccessible aux tentations de l'ép-oïsme et de l'intérêt, de se baicrner dans le fleuve de tendresse qui coulait du cœur maternel de George Sand. Le lundi suivant, les feuilletons décernèrent d'unanimes louanjres h l'oeuvre et à l'écrivain. La verve d'Edmond About, si irrévérente d'ordinaire, s'adoucit. Il ajoute à peine un brin de persiflao-e au bouquet de ses compliments. — afin de ne pas perdre sa rénutation d'homme d'esprit. Au fond, il a été charmé, comme tout le monde. Et il n'en rougît pas .
C'est une pièco ofi Ton s'pstîmc. on s'aimo. on sVmhrn«sp. on s'épouse, on pavp les dettes les uns dos antrp*. on fonlo aux pieds l'arcent comme nn vil maendam. Le n1ii« bnmhip personnaire est im dom'^ptîqne aiissî bien élevé crno AT. de Talleyrand et remarquablement plus moral. Ce+te admirable Mme Sand. la plus rordîale et la pins droite des femmes, a créé tous ces ffens-l?i à son îmacre. La marmiîse. c'est elle comme nous l'aimons aujourd'hui ; Mlle de Saint-
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Geneix. c'est elle, jeune, pauvre, froissée et fière ; le marquis c'est encore elle, présentée sous les côtés virils e1 nerveux de son âme ; le duc c'est toujours elle, avec son insouciance, son mépris des affaires, son culte pour les marionnettes, sa fantaisie imprévue, qui s'échappe en saillies comme le rire d'un enfant. Toutes ces figures animées du même souffle sont pourtant très diverses et très vivantes ; elles n'ont rien de convenu, de traditionnel. Critiquer le Marquis de ViUemer. c'est vouloir analyser un parfum d'héliotrope voltigeant dans l'air du soir... Le public se rue à rOdéon avec une fureur digne d'éloge. Tous les honnêtes gens, tous les demis, tous les quarts, tous le? huitièmes et jusqu'aux simples trente-quatrièmes d'honnête homme voni se mirer avec une complaisance inouïe dans ce cristal.
Cette page énumère spirituellement les causes du succès du Marquia de Villemer ; elle explique pourquoi ce succès suivit la pièce à la Comédie-Française en 1877 et pendant trente années lui demeura fidèle. En prônant l'ouvrage de George Sand, Edmond About exalte Vart optimiste, c'est-à-dire l'aliment offert aux besoins d'illusions de la foule. Le spectateur, las des soucis de l'existence quotidienne, avide de distractions, parfois de consolations, s'assied dans un fauteuil ; il voit se dérouler les épisodes d'une aventure qui s'achève, selon son vœu secret, par la félicité des amants. Il remarque que les héros de cette aimable histoire ne ressemblent que de très loin aux êtres qui peuplent le monde réel, qu'ils n'ont que des vertus et que ces vertus sont récompensées. Ceci le repose et l'allège, et lui détend les nerfs, et lui révèle un univers souriant, et raffermit sa foî, souvent ébranlée, dans la justice immanente et dans la possibilité de conquérir le bonheur. La joie qu'il en éprouve csf extrême, et elle lui est si douce que toujours il la recherchera. Que le Marquia de Villemer se démode, il naîtra de nouveaux Marquis de Villemer qui éveilleront une sympathie pareille, due aux mêmes raisons. Lorsqu'elle entra chez Molière, cette cordiale et tendre comédie n'avait, pas perdu son prestige. La disparition récente de la châtelaine de Nohaat créait