‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 39 sur 61 · LA COURSE DU FLAMBEAU · texte numérisé non relu

LA COURSE DU FLAMBEAU

sion redoutable... Mme Réjane s'était imposée avec une telle maîtrise dans ce rôle qu'on se l'imaginait diflicilement sans elle. Mme Bartet ne l'a pas imitée. l^lle n'imite personne. Elle réalise une Sabine moins NL-liémente, moins instinctive et spontanée, plus réfléchie, plus consciente de la valeur de ses actes, non moins profondément mais plus discrètement torturée, ayant la pudeur de ses angoisses, s'appliquant à les cacher, n'en souffrant que davantage... Elle n'a pas la vie exubérante de la créatrice, ses cris de bête égorgée qui vous prenaient aux entrailles ; elle a l'accent intérieur, la distinction, le charme, la poésie. Les beaux vers fraternels que M. Fernand Gregh a composés en mémoire de son ami disparu ont été dits par elle avec une sensibilité frémissante et un art délicieux...

En résumé, cet ouvrage occupe à la Comédie-Française la place qui lui revenait par droit de naissance et de mérite. On s'étonne qu'il ne l'y ait pas prise plus tôt. Il y a rencontré une interprétation très haute, très noble, digne de lui.

Henry Bataille

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