LA COURSE DU FLAMBEAU
sion redoutable... Mme Réjane s'était imposée avec une telle maîtrise dans ce rôle qu'on se l'imaginait diflicilement sans elle. Mme Bartet ne l'a pas imitée. l^lle n'imite personne. Elle réalise une Sabine moins NL-liémente, moins instinctive et spontanée, plus réfléchie, plus consciente de la valeur de ses actes, non moins profondément mais plus discrètement torturée, ayant la pudeur de ses angoisses, s'appliquant à les cacher, n'en souffrant que davantage... Elle n'a pas la vie exubérante de la créatrice, ses cris de bête égorgée qui vous prenaient aux entrailles ; elle a l'accent intérieur, la distinction, le charme, la poésie. Les beaux vers fraternels que M. Fernand Gregh a composés en mémoire de son ami disparu ont été dits par elle avec une sensibilité frémissante et un art délicieux...
En résumé, cet ouvrage occupe à la Comédie-Française la place qui lui revenait par droit de naissance et de mérite. On s'étonne qu'il ne l'y ait pas prise plus tôt. Il y a rencontré une interprétation très haute, très noble, digne de lui.
Henry Bataille