UN DRAME D'AVANT-GUERRE : « SERVIR
Le colonel Eulin et M. Lucien Guitry
ag janvier 19 17
UNE vive curiosité, j'ajoute une grande sympathie, s'attachaient à la reprise de Servir. L'œuvre est d. celles qui nous avaient profondément iiiipressionnés ot dont nous gardions le vivant souvenir. Jouée en 191 3, elle exprimait des sentiments, remuait des idées qui prennent aujourd'hui, quand notre réflexion s'y reporte, une poignante signification. Nous ne savions pas alors ce qu'un avenir tout proche nous ménageait. L'auteur s'en doutait-il lui-même ? Il semble qu'un don prophétique, particulier aux poètes, l'en avertit, et qu'il entrevit, un an à l'avance, le réveil des héroïsmes, la nécessité des sacrifices, toutes les sublimités, toutes les horreurs enfantées par la guerre. Nos états d'âme actuels étaient annoncés, décrits dans l'ouvrage avec une surprenante lucidité. Le public avait tressailli sous ces avertissements. A cette pièce troublante, il avait fait un brûlant accueil que je notai au sortir de la représentation. Si je reproduis ces lignes déjà anciennes — les années passent vite ! — ce n'est pa? pour obéir au vaniteux plaisir de me citer, mais parce qu'il me paraît intéressant de montrer qu'elle fut, en temps de paix, l'attitude de la foule devant certaines paroles et certains actes.
« L'énorme vague, disions-nous, s'enfle, roule, fran-