A PROPOS DES U LIOMISES PAUVRES
joue à la poupée. Elle se précipite dans des embarras qu'elle éviterait, pour peu qu'elle fût intelligente... Les créatures de son espèce sont d'ordinaire plus expérimentées et plus adroites.
L'auteur désire que la sympathie qui se détourne de l'épouse menteuse et perfide aille à l'époux confiant. Nous serions pitoyables aux malheurs du père Pommeau, si sa compagne déployait, pour le duper, plus d'astuce. Mais l'aveuglement du bonhomme confine à la stupidité et lui imprime l'allure bornée et grotesque d'un Géronte. Le personnage n'est touchant que lorsqu'il avoue l'immensité de sa tendresse conjugale et paternelle, avide de sacrifice, toujours prête à l'indulgence. « Séraphine ne me doit rien, murmure-t-il d'un ton pénétré. C'est moi qui lui dois tout. Je n'étais plus jeune, elle consentit à m'épouser et je recommençai à vivre... Le devoir d'un mari n'est-il pas de rendre à sa femme la vertu facile par le bonheur ? Je tâche que la mienne se croie heureuse. Je n'ai pas d'illusion ; elle ne peut avoir pour moi que de l'amitié et de la reconnaissance. Je veux, du moins, qu'elle en ail beaucoup. » Ici Pommeau est sincère ; les mots qu'il prononce jaillissent de son cœur. Quand il découvre l'abîme où il a roulé sans le savoir, il trou/e encore des accents vrais et qui nous remuent. Au dénouement, il cesse d'être naturel ; il pontifie, il prononce des arrêts définitifs ; une affreuse littérature orne ses phrases ; au-dessus de la redingote du maîti-e clerc s'allonge le faux-col de M. Joseph Prudhomme. « Ignobles dévergondées que celles-là ! Prostituées de l'orgueil, les plus infâmes de toutes ! Pour elles, c'est à la misère que commence l'opprobre... », etc. Ces imprécations furent probablement acclamées il y a soixante ans. Je suppose aussi que les spectateurs des loges prodiguèrent leurs applaudissements et leurs sourires à Frédéric Bordognon.
Bordognon — qui rime avec lorgnon — promène effectivement dans la vie son monocle vissé sous le
sourcil droit, sa badine à pomme d'or, son pantalon écossais, son habit bleu barbeau, ses gants gris perle et son papotage boulevardier. 11 ne peut articuler dix paroles sans y mettre de l'esprit. 11 analyse, il observée, il dissèque, il condamne, il absout ; il fonde et démolit en un clin d'oeil les renommées ; il pérore, il disserte ; ii habille et déshabille les gçns ; il vous fabrique instantanément de La Rochefoucauld, du La Bruyère ou du Gaudissart ; il juge de très haut ses contemporains, car il a la meilleure opinion de soi. Il estime que sa fonction est d'éblouir ceux qui l'écoutent. On se représente l'acteur Félix — interprète attitré des raisonneurs du perron de Tortoni — jetant d'une voix cinglante ces traits au parterre :
(( Monsieur Pommeau ? Quel abatteur de besogne ! Il eût fait la terre en six jours, qu'il ne se fût pas, je gage, reposé le septième. — Monsieur Pommeau, principal clerc, le gouvernail de cette arche de Noé qu'on appelle une étude. — Autrefois, on dansait encore chez le notaire... ce qui explique qu'on y levait moins souvent le pied. — Enclins à débuter comme les autres finissent, les banquiers parvenus (les nouveaux riches) s'étalent, ils s'enflent ; ils imitent la grenouille... quitte à la manger plus tard. — Je suis un curieux, je vis en explorateur, regardant, prenant ma part de tout sans me mêler à rien. J'ai fait le tour de l'univers comme Scarmentado, mais je ne finirai pas comme lui... Scarmentado, un voyageur forcené qui rentra imprudemment chez lui et fut... marié. — Le mariage est devenu une spéculation ruineuse, depuis que les matrones des douze arrondissements rivalisent de luxe et de gaspillage avec les demoiselles du... treizième. »
Et Bordognon, pendant trois heures d'horloge, exerce sa faconde intarissable. Il ne s'arrête jamais. Dès qu'il surgit, l'arc est bandé et les flèrhes volent. T.mtôt il parle en son nom, tantôt et |iln* sojivenf .m