‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 59 sur 61 · PARIS SANS THEATRES · texte numérisé non relu

PARIS SANS THEATRES

La Comédie-Française en voyage Les tournées du " Chemineau " et de 1' "Aiglon "

8 avril ipi8.

LA saison théâtrale expire. Elle ne renaîtra que si le ciel de Paris redevient moins orageux. De laborieuses négociations se poursuivent entre le minisire le préfet et les entrepreneurs de spectacles, tous désireux de contenter le public, pénétrés des multiples devoirs qui leur incombent, soucieux de leurs responsabilités. Les mesures prises se ressentent de cette inquiétude. Elles sont quelque peu incohérentes, adoptées, puis abrogées, puis rétablies avec des amendements dont l'effet est de les annihiler. Jeudi, à deux heures, la foule se presse aux guichets de la Comédie. Une bande blanche collée sur l'affiche lui annonce que la représentation est contremandée. Le lendemain, décision nouvelle, mais non pas sans doute définitive. Les matinées auront lieu, à la condition expresse que dame Bertha se taise. Si elle tonne avant l'allumage des chandelles, le théâtre reste clos. Si c'est après, les spectateurs sont congédiés. Cette situation est intolérable et non exempte de ridicule. Dans l'un ou l'autre sens, une solution nette s'impose. Il faut que ces portes soient ouvertes ou fermées.

En attendant, le fléchissement des recettes, dû aux

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tergiversations administratives tout autant qu'à l'exode des Parisiens, rend fort précaire le sort de ce petit monde qui vit du théâtre. Que va-t-il devenir ") Les acteurs voyageront. Des troupes entières se transporteront à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, villes sura bondamment peuplées depuis qu'a commencé l'offen sive des Gothas. La Comédie-Française, donne l'exemple, et sans cesser de jouer ici, elle va chercher ailleurs une aide momentanée.

Il est dans ses traditions de se déplacer chaque fois qu'une circonstance impérieuse l'oblige à se créer des ressources... Ces expéditions, grevées de frais considérables, ne lui rapportent pas de gros bénéfices. Si maigres qu'ils puissent être, ils atténuent les pertes d'un chômage forcé. Et puis la Compagnie a tout intérêt à se produire au dehors avec l'ensemble magnifique de son répertoire ; elle relève ainsi un prestige que compromettent souvent des tournées individuelles entreprises dans des conditions fâcheuses. M. le sociétaire X..., surmené par une course vertigineuse, entouré de doublures, donne une piètre idée de la Maison dont l'antique renommée lui sert d'au réole. Quand la glorieuse et séculaire Maison se pré sente en corps, l'impression est bien différente... Et d'abord, cette visite, préparée, annoncée, commentée prend les proportions d'un grand événement local. En chaque lieu on l'espère, on la désire ; les gazetiers aiguisent leur plume ; les amateurs lettrés se mettent en frais de coquetterie envers des personnages de choix auxquels ils veulent offrir une élégante hos pitalité. Vraiment, ces artistes ne sont pas à plain dre ; ils ne rencontrent qu'admirations et sourires ; la variété des spectacles leur crée des loisirs ; ils ménagent leurs forces ; ils ne jouent pas tous les soirs ; ils ont la liberté de flâner, de rêver dans les musées, de jouir du paysage. Leur travail, peu rémunérateur pour eux-mêmes, profite à la commu-

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