‹ Le théâtre (9. série) pendant la guerreChapitre 8 sur 61 · LA COMÉDIE-FRANÇAISE FETE MOLIERE · texte numérisé non relu

LA COMÉDIE-FRANÇAISE FETE MOLIERE

toujours il obéit à des mouvements impétueux, que ce soit l'aiguillon de l'amour ou de la haine ; jamais il ne réfléchit aux conséquences de ses actions ou de ses discours. C'est son pire travers et c'est sa grâce. Incapable de calcul et de prudence, il s'expose bravement, il monte à l'assaut. A dix minutes d'intervalbî cet écervelé se contredit ; il passe avec une égale bonne foi de l'un à l'autre extrême. Tl s'engoue des gens, puis les déteste. La girouette a tourné. Soldat hardi, ami généreux, citoyen turbulent, tête faible, cœur sincère : oui, certes, Orgon est tout à fait de chez nous.

La souple intelligence, l'art de M. de Féraudy mettent en valeur les nuances de cet admirable rôle — • le rôle essentiel de la pièce, celui auquel Molière attachait le plus de prix. Mlle Marie Leconte relève d'une pointe d'enjouement l'insignifiance de l'ingénue trop aisément soumise au caprice paternel. M. Grand anime Valère de sa flamme romantique. M. Georges Berr verse une malice doctement dosée — et combien spirituelle — dans les quelques répliques de l'huissier Loyal. Mme Kolb possède de Dorine l'encolure, la voix drue et franche, la populaire verdeur. Il faut que l'aimable fille ait de la joie, joie de vivre, joie d'aimer, joie d'échanger des coups, joie de jaser, de laver la tête au prochain et de gourmander son maître. Il faut qu'elle ait de la bonté, ime bonté agissante, protectrice et, s'il est nécessaire, agressive. Il faut surtout qu'elle ait de la santé, au physique et au moral : sens droit des choses, horreur de la fausseté et de l'ennui, invincible fermeté et large expansion... Tout ^ela réuni, c'est le rire de Dorine.

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