‹ Le Théâtre à Caen, 1628-1830Chapitre 2 sur 22 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Nous n'avons pas, en publiant ces pages, l'intention de faire l'historique complet du théâtre à Caen. Ce so"'""--ile simples notes, résultat, il est vrai, de recher'e»xss assez longues, mais qui n'ont nullement la prétention de renfermer tout ce qui peut être dit sur ce sujet.

Nous pensons cependant qu'elles présentent un certain intérêt non seulement pour l'étude de la vie intellectuelle'en Basse Normandie, mais aussi pour l'histoire même de notre cité.

Les événements de toute nature, politiques ou autres, trouvent au théâtre un écho fidèle. Bien souvent s'y manifestent des sentiments dont l'expression serait inopportune ou dangereuse ailleurs. Il semble que la salle de spectacle garantisse une liberté plus grande et que devant la scène où les vices sont bafoués, on a un peu soi-même le droit de critiquer et la permission de dire tout haut ce qu'au dehc'- .acun pense tout bas. Les faits du

reste prouvent suffisamment que telle a toujours été la façon d'envisager les choses.

C'est dans une satire jouée par les « escholiers » que l'Université Normande attaque le roi Charles VIII et le bailli de Caen qui s'étaient permis de toucher à ses privilèges. Ce sont par des pièces à allusions, que deux cents ans plus tard, les Jésuites tournent en ridicule cette même Université et portent un coup mortel à son prestige. A la veille de la Révolution, c'est au théâtre que se font entendre les premiers murmures précurseurs de la crise; et pendant la Terreur, c'est là surtout que l'on retrouve l'écho des événements parisiens et des passions populaires. Quelques mois après, les tendances fédéralistes se manifestent d'abord dans la salle de spectacle, et c'est encore de là que partent les plus vifs encouragements pour la réaction thermidorienne. Si le récit de faits connus de tous n'existait pas, l'étude des pièces jouées sur un modeste théâtre de province, les clameurs des spectateurs suffiraient pour indiquer d'une façon précise l'état des esprits et refaire l'histoire.

Sous l'Empire, alors que la prudence est à l'ordre du jour et que les bouches sont muettes, même en présence du crime, il faut aller au théâtre pour voir en un soir mémorable éclater l'indignation populaire et flétrir les assassins. C'est là entin que

se manifestent avec le plus d'expansion les sentiments de sympathie en faveur des Bourbons; et c'est là aussi qu'on voit la défiance renaître dans les esprits, que l'on sent diminuer peu à peu le courant qui entraînait le peuple vers la royauté, que l'on comprend les fautes commises. Oui, l'histoire du théâtre, c'est bien l'histoire vécue, les événements se déroulant de nouveau sous nos yeux. Elle ne peut donc être indifférente à aucun de ceux qu'intéressent les leçons du passé.

Quant au plan suivi, la succession même des faits l'imposait. Dans une première partie, après avoir signalé les lointaines manifestations de l'art dramatique à Caen, nous avons cherché à donner une idée de ce qu'était le théâtre scolaire aux xvii« et xvni^ siècles. Les pièces jouées sous la Révolution, l'Empire et la Restauration, forment les autres divisions de cette étude (i).

Nous avons cru qu'il était préférable de ne pas dépasser l'année i83o. Non qu'il n'y ait eu depuis cette époque beaucoup de faits intéressants à signaler, ni que l'éclat de la scène caennaise se soit obscurci, mais parce qu'à partir de cette date le théâtre

(i) Les deux premières : Le théâtre scolaire à Caen aux xvii« et xviii« siècles et le théâtre pendant la Révolution, ont été publiées dans le compte-rendu du Congrès des Sociétés des Beaux-Arts. (Paris, Pion, 1894 et 1895).

perd dans toutes les villes de province son caractère propre pour n'être plus, comme maintenant, que la copie plus ou moins fidèle des théâtres parisiens.

Les essais de décentralisation littéraire se font de plus en plus rares, les Revues ne sont pas encore connues et les pièces, prisées grâce aux allusions locales qu'elles renfermaient, disparaissent complètement; enfin les acteurs eux-mêmes, aujourd'hui à Caen, demain à Rouen, au Havre, à Nantes ou à Rennes, ne forment plus ce noyau compacte, familial, en quelque sorte inamovible que nous trouvons sous la direction Julien. Certes le mérite de nos directeurs et celui des acteurs n'ont pas diminué, bien au contraire ; les exigences du public dont le goût est devenu plus sûr, plus éclairé, ont augmenté la difficulté de leur tâche ; mais ces appréciations sont du domaine de l'actualité et ne rentrent pas dans le cadre que nous nous sommes tracé.

Quant aux sources consultées nous devons signaler d'abord les archives départementales, la collection Mancel et la bibliothèque de Caen. Celle-ci renferme un grand nombre d'anciennes feuilles, écho assez timoré, il est vrai, des événements journaliers, mais précieuses cependant à plus d'un titre. Plusieurs collections particulières nous ont également fourni des documents intéressants, enfin un manuscrit inédit, découvert tout récemment et qu'un ami a bien voulu nous per-

mettre de consulter à Paris, est venu heureusement compléter pour la période révolutionnaire les renseignements que les Journaux n'avaient osé donner. Nous indiquons d'ailleurs après chaque fait important, la source d'où il émane, heureux de pouvoir ainsi acquitter quelque peu la dette de reconnaissance contractée envers ceux qui ont bien voulu nous signaler des documents intéressants.

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