Ballet général
L'argument de chaque acte et de chaque ballet accompagne l'indication de la place où cet acte sera représenté et le nom des acteurs et des danseurs se trouve à la suite de l'analyse de l'acte.
Toutes ces explications n'étaient pas inutiles, car, comme on le voit, on Jouait d'abord tous les premiers actes de la tragédie, des comédies et du ballet, puis tous les seconds et ainsi de suite. Le spectateur, pour se reconnaître, avait donc besoin d'un guide sûr et d'une bonne mémoire.
La pièce du Solécisme, qui occupait vingt-huit personnages, était rédigée en vers français et basée sur ridée suivante : on feint que Despauterre et Codret, auteurs qui enseignent au collège de Mar-
moutiers la langue latine, secondés d'Apollon, chassent de ce collège le Solécisme et le Barbarisme avec l'Ignorance leur mère et tous leurs adhérents; la bataille est sanglante, mais Despauterre et ses partisans ont le dessus.
Au premier acte, l'Ignorance, l'Envie et Hortensius, l'ami de Despauterre, prennent leurs mesures pour se défendre.
Au deuxième acte, Despauterre et Codret, après une entrevue avec le Solécisme, entrevue qui ne réussit pas, rangent en bataille leurs troupes et sortent pleins de confiance pour aller au combat. Parmi ces troupes, nous trouvons le chevalier de la Grammaire, le chevalier de la Conjugaison, le chevalier Présent, le chevalier Prétérit, le Point, la Virgule, le Substantif, l'Adjectif, le Vocatif, l'Ablatif, etc.
Au troisième acte, le Gazetier et ensuite Mercure apprennent la défaite et la prise du Solécisme. Les vainqueurs ramènent leurs prisonniers, c'est-àdire le Solécisme, le Barbarisme, l'Ignorance, l'Envie. Apollon loue les vainqueurs et bannit à jamais • de Marmouiiers le Solécisme et ses partisans.
Ces pièces à personnages fictifs avaient un grand renom, les allusions étaient discrètes, le succès fut complet et aucune plainte ne fut portée.
Continuons notre énumération :
7 août 1725. Cyrille martyr, tragédie mêlée d'intermèdes. Cyrille, jeune enfant, ayant fait profession du Christ, est déshérité et chassé de la maison paternelle; sa constance irrite le juge qui essaye de le gagner d'abord par des promesses, ensuite par la peur du feu dont on le menace. Cyrille meurt enfin sans que ses bourreaux aient pu ébranler sa foi.
Avec Cyrille, comme intermèdes : les Faux Amis.
Les curieux dupés ; M. de la Nigaudière.
Les Caprices des parents dans la destinée des enfants. Ces quatre comédies en trois actes chacune.
Comme ballet, le Mariage du Roy.
On observait le même ordre que pour Damon et Pythias, c'est-à-dire le premier acte de la tragédie, le premier des deux comédies qui devaient être jouées d'abord, le premier du ballet; puis le second acte de la tragédie, des comédies, du ballet, etc.
1729. Seji Myrsa, tragédie.
Jonathas et David ou le triomphe de l'amitié, tragédie en un acte.
Le faux mérite, comédie, dix personnages.
1734. Nouvelle représentation de Sef Myrsa, avec les Petits Maîtres, comédie française en cinq actes.
L'auteur nous avertit « que les petits maîtres « sont de tous les pays et de toutes les conditions, « aussi la scène du monde en fournit-elle de plus « d'une espèce. Ceux que nous avons représentés u ici, sont de ces jeunes plumets qui courent après c< les airs brillants; de ces jeunes fous qui font ç< gloire de ne point penser et de ne point agir « comme le reste des hommes, et qui, par leurs « extravagances, s'attirent à dos toute la terre. »
1735. Le triomphe de la vertu, tragédie latine.
Benjamin, pastorale héroïque.
Le père injuste, comédie morale en cinq actes.
Août 1737. Les frères amis, tragédie latine en trois actes.
Les incommodités de la jeunesse, comédie en cinq actes.
Le libertin malgré lui, comédie en trois actes.
1757. Le Flatteur, drame latin, représenté par les écoliers de rhétorique.
Le Peureux, comédie française en trois actes, déjà représenté avec succès ainsi que l'indique une note.
Isaac, tragédie française avec intermède, sur laquelle nous reviendrons.
Comme on peut le remarquer, les ballets étaient Tort en honneur au collège du Mont. La fondation, en 1661, de l'académie de danse avait encore accru la sympathie pour cet art que l'on considé-
raît comme « un des plus galants et des plus hon- « nêtes où la noblesse tâche d'exceller et se fait « gloire de réussir. » Et les Jésuites, pour se conformer à ce goût du jour, avaient introduit le ballet. Du reste, les règles qui y présidaient étaient fort compliquées. D'abord exposées par les Pères Maubrun et Jouvency, elles avaient été en quelque sorte codifiées par le Père Menestrier (i), qui avait tracé la règle des ballets « de collège » (2), comme le dit la Ratio discendi et docendi.
« Le but devait être de reposer l'attention des « spectateurs et de les divertir par le chant, la « pantomime et la danse : cantti, gestu, saltu. La « pantomime, il est vrai, devrait être entièrement « bannie de nos théâtres... Mais on fera volontiers « une place à la danse qui est divertissement « digne d'un homme bien élevé et un exercice « utile pour les jeunes gens. »
Le ballet dramatique est une poésie muette montrant par de savants mouvements du corps les sentiments que les poètes expriment dans leurs vers.
De même, le chant pratiqué avec modération est un art utile.
(i) Des ballets ajiciens et modernes, par le P. Menestrier. Paris 1682.
(2) Biblioteca Rhetorum [Choreis Dramaticis), par le P. Le Jay (1725).
Le ballet devait de plus se rattacher par quelque lien à la tragédie; ainsi la Ratio docendi indique que, si la tragédie a pour sujet, par exemple, la paix rétablie entre deux rois, on décrira par les danses, les causes, les effets et les avantages de la paix. Si on ne peut lier le ballet à l'action tragique, le P. Jouvency ne proscrit pas le ballet de circonstance, comme les quatre saisons de l'année, les quatre âges de la vie, les divers genres des jeux et des arts. Le principe est que toutes ses parties se rattachent à l'idée générale qui en fait le dessin. Ces règles sont généralement observées. Elles font défaut cependant dans le premier intitulé le Temps (1708) et divisé en quatre parties : i» La différence du temps; 2° L'usage du temps par rapport aux arts; 3° L'usage du temps par rapport aux sciences; 4° L'abus du temps, et dans le second, dont nous connaissons seulement le titre : le Ti'iomphe de justice (i) et la date :
En revanche le suivant, joué six ans plus tard, après la comédie d^Agathocle, et intitulé : Le tableau des trois siècles de la monarchie française, nous servira d'exemple. Divisé en cinq parties, chacune d'elles renfeimait plusieurs entrées. Voici d'ailleurs l'ordre et le plan suivi.
(i) Danses de la composition de M. Aprin.