TROISIÈME PARTIE RÈGNE DE LOUIS LE GRAND
i'^^ entrée : le commerce; 2« — l'architecture; 3' — les jardins; 4e — les plaisirs.
Ballet général. — Minerve ordonne d'imiter ce siècle où tout a été porté à la perfection.
Danses de la composition de M. Le Bourgeois.
Le quatrième fut joué en 171 9, il porte le titre de V Education de la jeunesse.
i^e partie.
Les scènes auxquelles doit s'appliquer un jeune homme pour se former l'esprit :
1° Les belles-lettres;
2° La philosophie et le droit;
3° Les mathématiques;
4° L'histoire.
1" partie.
Les vertus qui servent à former le cœur d'un jeune homme :
1° La sobriété, ennemie de l'intempérance;
2° La pudeur, ennemie de la volupté;
3° La modération, ennemie de l'emportement;
4° L'amour du travail, ennemi de l'oisiveté. 3* partie.
Les exercices du corps auxquels doit s'appliquer un jeune homme :
1° La danse;
2° L'exercice du cheval;
3° L'escrime;
4° La chasse.
4« partie.
Les divertissements qui conviennent à un jeune homme :
1° Les jeux d'adresse;
2° Collation frugale;
3° La promenade ;
4° Concerts de voix et d'instruments.
Ballet général, danse et air de la composition de M. Gardonis qui a dansé lui-même.
Le cinquième porte la date de 1721.
Il est intitulé VEducaiioji d'un prince.
Le Génie de la monarchie conduit le prince à l'assemblée des Dieux pour choisir ceux qui doivent présider à son éducation. Jupiter charge Apollon, Mars, Minerve, Diane, Terpsichore de former son esprit, son corps et son cœur, en lui donnant le goût des sciences, en l'appliquant à de nobles exercices, en lui inspirant l'horreur des vices et l'amour de la vertu, f^ partie représentant :
Les sciences auxquelles doit s'appliquer un jeune prince.
!■■= entrée : les langues;
2* — la géographie ;
3« — l'histoire;
4® — les mathématiques.
2* partie.
Exercices du corps auxquels doit s'adonner un jeune prince,
1° La danse ;
2° L'escrime;
3° L'exercice du cheval;
4° La chasse.
3® partie.
Les vices dont on doit inspirer l'horreur au jeune prince.
fe entrée : la volupté (Circé présente aux compagnons d'Ulysse une coupe enchantée, ils n'auront pas plus tôt bu qu'ils sont changés en différents animaux); 26 — l'intempérance; 3^ — la vanité; 4e — l'impiété.
4« partie.
Les vertus dont on doit inspirer l'amour à un jeune prince.
i" entrée : la justice; 2' — la valeur; 3' — la clémence; 4= — la libéralité.
Ballet général. — Toutes les provinces viennent rendre hommage au jeune roi, et marquent par des danses qui leur sont propres la joie qu'elles éprouvent d'être sous son empire et les espérances qu'elles conçoivent de son heureuse éducation. Au milieu de cette fête, le jeune prince reçoit un ambassadeur turc.
fe partie : menuets dansés par les Poitevins; 2' — passe-pied par les Bas-Bretons; 3* — rigodons par les provençaux;
4* partie : ambassadeur turc;
5= — sarabandes basques.
Le sixième ballet est daté de 1 724, son titre est : le Temple de mémoire.
Danses et airs de la composition de M. Hardouin.
Le plan du ballet est ainsi esquissé :
Les poètes ont feint un temple d'un abord difficile où les noms des grands hommes étaient gravés pour ne s'effacer jamais. Les quatre routes qui y conduisent et qui forment les quatre parties du ballet sont la Vertu, la Politique, les Exploits militaires et les Beaux-Arts.
Ouverture :
Apollon convoque tous les hommes à entrer dans le temple de mémoire en se signalant par leurs grandes actions.
1''= partie. — La Vertu : quatre entrées représentant des choses (i) mythologiques ou historiques, exemples de piété, de tempérance, de modestie, de frugalité, de justice;
2« partie. — La Politique.
Entrées représentant la prévoyance, les bons conseils, les sages lois, la police juste et sévère;
(i) Ces comptes rendus sont la reproduction textuelle de ceux qui accompagnaient le livret des ballets. Nous n'avons pas voulu en modifier le style.
3« partie. — Les exploits militaires, la hardiesse, le travail infatigable, la guerre justement entreprise et sagement conduite, la promptitude, la victoire;
4« partie. — Les Beaux-Arts. Manufactures, peintures et sculptures, la musique, les sciences.
Compliment au Roi.
Ballet général. — L'Emulation, mère des vertus, amène à sa suite ses élèves des diverses nations, leur fait rendre hommage aux aînés que la mémoire a placés dans son temple et les leur propose pour modèle.
Le septième fut représenté l'année suivante, en 1725 ; il est intitulé le Mariage du roi.
Voici quel en est le dessin. Le génie de la France, l'Hyménée et les Amours invitent le Roi à chercher une épouse digne de lui. Toutes les divinités conspirent au bonheur de la France et se réunissent pour contribuer : 1° à l'heureux choix de la princesse, 2° à sa réception dans le royaume, 3° à la solennité des fêtes qui doivent accompagner son mariage, 4° à la postérité qui doit suivre cette illustre alliance.
F^ partie.
f^ entrée. — Les députés des diverses nations ambitionnent la gloire de donner une épouse au Roi et font leur cour.
2^ Les Grâces lui présentent un portrait où
figurent les agréments des grâces et de l'esprit, mais le Roi admire sans se déterminer.
3^ La vertu est ce qui doit rendre une princesse accomplie. La Religion, la Prudence, la Modestie, la Libéralité disent au Roi combien la princesse leur est chère.
4^ La Fortune, accompagnée de la Témérité et de l'Inconstance, semble vouloir mettre opposition à la gloire d'une princesse dont le père a été longtemps en butte à ses traits, mais le génie de la France, plus puissant, détermine le Roi à faire tomber son choix sur cette princesse.
2« partie.
Quatre entrées où les divinités se parent pour recevoir la princesse.
3= partie.
Les divinités l'accueillent, Vulcain, Orphée, Comus, Bacchus, Momus agissent de leur mieux. 4« partie.
Quatre entrées. — i° L'Hyménée et Lucine font un accord avec Saturne; ce dieu qui dévore promet de respecter la descendance de Louis XV quMl présente;
2° Apollon enchaîne les maladies;
3° Les Parques filent pour lui des jours d'or;
4° La Paix, l'Abondance, la Joie se réunissent pour la prospérité de la France; la Gloire grave leurs noms sur le marbre.
Ballet général.
L'Hyménée, le Génie de la France et le Roi remercient les Dieux de la part qu'ils ont prise à ce mariage, les ambassadeurs des diverses nations se Joignent à eux, tous reconduisent le Roi en lui faisant cortège.
Comme on le voit, ce ballet fort long et compliqué n'est qu'une série d'allusions flatteuses au mariage de Louis XV avec Marie Leczinska.
Le huitième ballet porte la date de 1729, il est intitulé les Passiotis; titre assez bizarre pour un divertissement destiné à un collège de direction ecclésiastique. Cependant l'analyse montre que, comme toujours, le but poursuivi est avant tout un but moral.
Quatre tableaux composent ce ballet :
1° La nature forme les passions;
2° L'éducation les fortifie;
3° L'habitude les rend incurables;
4° La vertu les corrige.
Les exemples mis en actions sont tirés soit de l'histoire, soit de la mythologie. Ainsi, parmi les passions incurables du troisième tableau, figure l'orgueil représenté par Nabuchodonosor qui se fait adorer de ses sujets.
Au quatrième tableau, la Justice, la Piété, la Force, la Sagesse paraissent sur le théâtre. La Force, par exemple, est personnifiée par Hercule
s'arrachant aux charmes d'Omphale pour terrasser le centaure Nessus.
Un ballet général, Le triomphe de la vertu sur les passions, sert d'apothéose.
Le ballet des Grâces^ qui fut représenté en lySS, comprend également quatre parties divisées ellesmêmes en quatre entrées :
f^ partie.
Les Grâces ornent les campagnes :
i^e entrée : dans le printemps;
2" — dans Tété;
3^ — dans l'automne;
4^ — dans l'hiver.
2^ partie.
Les Grâces polissent les villes, on leur doit :
1° L'agrément de la société;
2° La douceur des mœurs;
3° La politesse des manières;
4° L'assaisonnement (sic) des divertissements. 3' partie.
Les Grâces perfectionnent les ouvrages :
1° D'éloquence;
2° De poésie;
3° De peinture et de sculpture.
4' partie.
Les Grâces président aux exercices du corps c'est-à-dire :
1° Aux armes;
2° A la chasse;
3° A l'équitation;
4° A la danse.
Le ballet général figure l'empire des Grâces.
A la date de 1837 nous trouvons un ballet patriotique :
L'amour de la patrie.
i" partie : vices que Tamour de la patrie fait éviter;
2« — l'héroïsme qu'il inspire ;
3« — bonheur qu'il procure;
4= — gloire attachée à l'amour de la patrie.
La Reconnaissance rappelle aux hommes ce qu'ils doivent à l'amour de la patrie. Tous les peuples se réunissent pour remercier Jupiter de leur avoir fait un don qui est pour eux la source de tant de biens.
Ces analyses suffiraient pour faire apprécier les effets scéniques de ce genre de divertissement et la leçon morale, que cherchent avant tout leurs auteurs; nous voulons cependant terminer par le plan complet d'un ballet qui fera encore mieux comprendre les règles présidant à leur composition.
Il est intitulé : le Ballet, et fut donné en 1734 en l'honneur du comte de Coigny, fils du gouverneur et bailli de Caen, qui venait d'être élevé à la dignité de maréchal et était désigné pour rem-
placer Villars au commandement de l'armée d'Italie. Les danses étaient composées par M. Hauteterre.
« On suppose que trois jeunes poètes, voulant consacrer leurs talents au théâtre, entreprennent de se perfectionner dans l'art des ballets. Pour cela ils s'adressent au génie du ballet lui-môme, le génie daigne se donner en spectacle à leurs yeux et ne leur laisse ignorer rien de ce qu'il y a d'intéressant : i° dans son histoire; 2° dans ses sujets; 3^^ dans ses règles; 4° dans sa fin, d'où les quatre parties, et comme le dit l'auteur, dans une tournure de phrase un peu amphibologique, « ce ballet aura cet avantage qu'il ne sera pas moins un exemple de l'art des ballets que l'art lui-même, réduit en exemple. »
1" partie.
Histoire du ballet :
f^ entrée : sa naissance;
2" — ses progrès;
3= — sa perfection;
4* — son empire.
2^ partie.
Sujet du ballet, sujets historiques, sujets tirés de la Fable, sujets d'imagination.
fe entrée : sujet de ballet historique et allégorique à la gloire du Roi : représente le Règne de Titus;
2" entrée : sujet allégorique tiré de la Fable à la gloire de M. le Dauphin: L'Education du jeune Télcmaque.
3« — sujet allégorique à la gloire de la maison de Bourbon : le Triomphe des Lys.
4« — sujet allégorique à la gloire du personnage en l'honneur de qui est donné le ballet, M. le maréchal de Coigny : le Temple de la Gloire ouvert au Mérite.
3^ partie.
Règles du ballet.
Disposition, spectacle, variété, imitation :
fs entrée : la disposition;
2* — le spectacle;
3* — la variété, danse gracieuse, danse majestueuse, danse grotesque, danse champêtre;
4^ — l'imitation.
4' partie.
i" entrée : l'instruction. Le ballet instruit en divertissant, ainsi la Philosophie dispute la préséance au Ballet, celui-ci, escorté d'un essaim de jeux et de ris, trouve le moyen de plaire davantage;
2* — le divertissement;
3* entrée : l'émulation;
4^ — la célébrité des fêtes de la cour et du Parnasse.
Ballet général.
Le Génie du ballet reçoit sur un trône les compliments que les dieux et les hommes viennent lui faire tour à tour sur ses succès glorieux et sur la beauté de son art. Après les compliments, tous applaudissent à son triomphe par une fête aussi belle que divertissante. »
Voilà bien un ballet type donnant en théorie et en pratique le plan idéal de cette espèce de divertissement.
A côté de ces spectacles entièrement composés de danses et de tableaux, on doit, pour être complet, citer des tragédies, opéras-ballets, tenant un peu de ces genres et représentant assez ce que peuvent être actuellement nos opéras mêlés d'entrées de ballet; citons dans cet ordre d'idées :
La tragédie de Téléphe awec son prologue, une apothéose, onze scènes mêlées de chants, symphonies, danses, menuets, passe-pieds, etc.
Le Ballet des éléments^ pièce en vers de douze pages avec entrées et chœurs.
La tragédie-opéra d'Iphigénie (lySy), comprenant quatorze scènes en vers avec chœurs, récitatifs, marches, sarabandes, passe-pied, tempête, bruits de combats (sic), quatuor, chaconne, etc.,
paroles de M. Duché, musique de M. Desmarets. L'opéra de Pyrame et Tisbé^ avec un prologue et sept scènes, symphonies, danses, sarabande, gavotte et menuets, marche, airs guerriers, symphonie et chaconne, symphonies champêtres, rigodons et passe-pieds, ritournelles, chœurs d'esprits aériens et terrestres, paroles de M. de la Serre, musique de MM. Rebel et Francœur.
La tradégie-opéra de Jephté, tirée de l'Ecriture sainte, qui renferme un prologue en deux scènes et deux actes composant dix scènes. Cette œuvre comprend plus de vingt pages de texte ; nous y trouvons un petit et un grand chœur, une symphonie, airs et tambourins, bruits de trompettes, récitatifs, violons, flûtes, ritournelles de basse et bassons, pastourelles et menuets, etc., paroles de l'abbé Pellegrin, musique de M. de Monteclair.
Le livret porte en tête cet avertissement bizarre : « Le lecteur ne trouvera pas dans cet extrait une « continuité de scènes parce que l'on n'a choisi « que celles dont a cru que la musique pouvait « l'affecter le plus agréablement. Suivant ce prince cipe, toute la fin du premier acte est passée. » Nous nous demandons comment on pouvait s'y reconnaître.
Citons encore les Festes d'Hébé on les talents lyriques^ par M. Rameau, 1 754, ballet mêlé d'opéra avec trois entrées, une ouverture et huit scènes.
Souvent les intermèdes musicaux et chorégraphiques avaient presque l'importance de la pièce elle-même : ainsi par exemple, la tragédie dUsuac^ imprimée chez Jean Poisson en 1746, et, bien entendu, jouée, comme toutes les pièces citées Jusqu'ici, sur la scène du collège royal de Bourbon, comprend des intermèdes appropriés au sujet. La musique, de la composition de M. Blainville, était exécutée par M. Hannotin.
Les vers ressemblent fort à ceux de cantiques connus, comme on peut en juger par l'extrait suivant :
Déjà le tonnerre Fait trembler la terre, Je vois les éclairs Briller dans les airs.
Les éclats redoublent, Les astres se troublent, La clarté des cieux S'éloigne à mes yeux.
Et plus loin :
Ciel, quelle tempête Gronde sur ma tête Et glace mon cœur d'effroi, etc.
La poésie est ronflante, le succès fut grand. Aussi un avertissement joint au livret nous apprend qu'il devait y avoir deux représentations, l'une le vendredi 5 août, l'autre le lundi 8 du même mois
et que, pour faire Jouir tout le monde du spectacle, les billets de la première ne serviraient pas à la seconde.
Voici, à peu de choses près, les seuls pièces et ballets dont nous ayons i-ouvé la trace au collège royal de Bourboa.
Y eut-il à Caen, dano l'établissement dirigé par les Jésuites, quelque chose d'analogue à ces représentations d'un caractère spécial, appelées : « Le tableau sous le cachet ou sous le voile? » M. H. Jouin, le premier, nous a appris à les connaître dans son ouvrage sur Charles Le Brun et les Arts sous Louis XVI (i), en rappelant l'explication donnée par P. Le Jouvency, dans la Ratio discendi et docendi, ce livre oublié, rare et d'une lecture difficile, qui vient cependant d'être traduit.
Est-ce que, dans notre ville, les Jésuites avaient renoncé, à proposer à leurs élèves et au public, dans les circonstances solennelles, la solution d'une énigme dessinée, une de ces allégories d'un genre particulier savamment combinées?
Caen manquait-il de peintres de mérite pour s'appliquer à ce genre d'ouvrages qui ne laissait pas de piquer la curiosité générale et devait appeler l'attention sur leur auteur? Craignait-on
(i) Charles Le Brun et les Arts sous Louis XVL, par Henry Jouin, n°' 98, 99 et 103.
de livrer ces compositions à un décorateur de hasard qui devait les brosser en quelques heures à la détrempe, et auquel on dictait un sujet, comme on ferait des signes de rébus? Cela était peu probable, car la vieille ville universitaire tenait à son renom d'Athènes normande et possédait de véritables artistes.
Et cependant, aucun programme, aucun compterendu ne faisant mention de ce genre d'exercice, nous étions tenté de nous prononcer pour la négative, lorsque le manuscrit de Quens a modifié notre opinion. Nous y lisons (i), en effet, l'histoire arrivée à un M. Daucourt, avocat. Celui-ci s'étant permis, dans une église de la capitale, d'expliquer en termes un peu légers, l'allégorie du jugement de Paris qui y était exposée, vit un Père jésuite s'approcher de lui et murmurer à son oreille : Clarissime domine^ ista non docent in loco sacro. — Si locus iste sacrus est^ qiiare, apponitis vénères? répondit le profane. On se moqua beaucoup de Daucourt et de son barbarisme; mais l'observation était juste, car de Quens ajoute : « Toutes ces représentations d'énigmes, « (on appelait ainsi des tableaux énigmatiques « exposés dans les églises et que des étrangers
(i) Recueil Mézeray, p. i88, mss. de Quens, bibliot. de Caen.
« laïques ou ecclésiastiques venaient expliquer) « de tragédies, de comédies, etc., dans les églises « et chapelles, sont contre la décence. M. deLor- « raine ayant menacé les Jésuites d'interdire leurs « chapelles à Caen, qu'ils employaient aux mêmes « usages, le P. Frogeais, recteur, fit transporter le « théâtre dans la classe de logique où Ton ajusta « les décorations. »
On peut en conclure non seulement que les énigmes furent en honneur au collège de Bourbon, mais que la chapelle servit en certains jours de salle de spectacle.
Examinons maintenant ce qui concerne le collège des Arts.
Le collège des Arts avait été fondé trois ans avant le collège du Mont, en 1460. « C'était, nous « dit de Bras, ce beau collège situé vis-à-vis des « grandes écoles que la Faculté des arts a acquis a et fait bâtir des deniers d'ycelle et duquel les « maisons sont d'ample et magnifique structure « sur les arches et porches au front duquel sont « élevées en bosse de grandes images ou simu- « lacres représentant les sept Arts libéraux fort « bien gravés et représentés. »
Fier de son origine qui le mettait encore plus sous le patronage direct de l'Université, le collège des Arts ne cachait pas la rivalité qui existait entre lui et le collège du Mont. Nous avons déjà
constaté ailleurs cette rivalité ; elle fut heureuse, car, grâce à l'émulation qu'elle fit naître à cette époque entre les deux établissements, la littérature classique eut à Caen une période brillante (i).
Comme au collège du Mont, le zèle des jeunes écoliers était stimulé par les représentations scéniques données en présence des magistrats et des plus notables citoyens. Ces fêtes eurent un grand retentissement.
L'examen des programmes montre que l'idée qui inspirait les auteurs fut identique, et que le but principal était aussi de moraliser la jeunesse en la formant; mais les pièces personnelles, dues aux professeurs mêmes et spécialement écrites pour les jeunes acteurs, étaient asssez rares.
Les emprunts faits aux anciens, par exemple à Sénèque et à Tèrence, et surtout aux modernes sont plus nombreux; c'est ainsi que nous allons voir fréquemment des noms connus, comme ceux de Voltaire, Destouches, Regnard, Molière, etc.
La liste des pièces s'ouvre le i8 juillet 1709, par une tragédie en trois actes, intitulée îe Vt^ai Dieu reconnu. Comme intermède, le Malade
(i) Voir VAthenœ normannorum du P. Martin, et l'Histoire de rancieniie Université de Caen, par J. Cauvet.
imaginaire^ comédie de M. Molière, et, pour l'exercice des enfants, le Bourgeois berger^ pastorale française.
Le sujet de la seconde était Alexandre et Aristobule, fils d'Hérodote le Grande tragédie représentée le 20 juillet 1712 « à midi et demi pour la distribution des prix qui seront offerts par M. Jacques Malouin, prêstre, curé de Saint- Etienne-le-Vieil de Caen, docteur en théologie et proviseur du dit collège du Bois (i). L'Avare^ comédie de M. de Molière, servira d'intermède. »
C'est une pièce de Voltaire, Hérode et Mariamne, qui nous paraît avoir été donnée ensuite, le 17 juillet 1727, c'est-à-dire trois ans après l'époque où elle fut jouée à Paris.
Au programme figurent le même jour : le Philosophe marié on le Maj'jy honteux de l'être^ par Destouches et le Médecin malgré lui.
Le 9 juillet 1733, fut représentée Gustave^ grande tragédie en quatre actes, d'un auteur qui a laissé son nom dans la blibliographie normande, Pyron. Cette pièce paraît être, d'ailleurs, une de ses plus médiocres. Le même programme porte : Démocrite.^ comédie de Regnard.
Le mardi 27 juillet 1745, les écoliers du collège des Arts jouaient Benjamin dans les fers., tragédie
(i) Catalogue Le Cavelier, 3" p., n^ 78.