‹ Le Théâtre à Caen, 1628-1830Chapitre 7 sur 22 · DD · texte numérisé non relu

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2* entrée : Consternation et douleur des Français qui invoquent Jupiter; celuici les rassure; 3« — Apollon annonce sa convalescence, joie de toute la France.

3« partie :

i^e entrée : le Roi reparaît à la Cour aux acclamations de tous ses sujets et annonce le mariage du Dauphin; 2= — l'Amour et l'Hymen sortent du temple de Jupiter accompagnés des Grâces; la Paix et l'Abondance arrivent également; 3* — Neptune calme ses guerriers, Pallas célèbre les talents de la princesse.

Ballet général : Louis XV paraît dans un char couronné de gloire et traîné par les amours, les Français élèvent une statue à Louis le Bien-Aimé. En 1756, on donna un autre ballet patriotique, composé par M. Le Fort, maître à danser des pensionnaires du collège des Arts :

Le maréchal de Richelieu ou la Conquête de Minorque, trois parties.

Louis XV, sur son trône, jouit des douceurs de

la paix lorsque Mercure l'avertit des. pirateries de

ses voisins. La conquête de Minorque est décidée.

1° La Gloire, autorisée par la justice et par la

raison d'Etat, fait naître ce noble dessein.

2° L'Activité, gouvernée par la sagesse et l'amour de ses sujets, écarte tout ce qui peut retarder l'embarquement.

3° Le Courage, dirigé par l'habileté et la prudence, vient à bout de l'entreprise.

Ballet général. — Les génies de la France et de l'Espagne, guidés par Apollon, font tomber les fers des prisonniers anglais et tous célèbrent la victoire et la protection du monarque des Lys.

A côté des pièces et des ballets il serait injuste d'oublier les causes plaidées, vraies scènes jouées dans lesquelles ont paru exceller les élèves du collège des Arts. Analysons-en une dont le programme se trouve dans une collection particulière (i) :

Callidore, plein de zèle pour les progrès de la belle littérature forme le plan d'une académie et s'associe quatre esprits supérieurs, le premier distingué par son génie sublime et élevé, le deuxième par un esprit fin et délicat, le troisième par sa mémoire forte et enrichie de toute érudition littéraire, le quatrième enfin se recommandant par son jugement sûr et exquis. Il meurt laissant quatre présents de valeur inégale pour être distribués selon le mérite de chacune des

(i) Collection de M. Tony Genty, de Caen.

quatre personnalités dont nous avons cité les qualités. La cause est alors plaidée (i).

Il est certain que ces exercices, qui laissaient aux jeunes écoliers une plu'. grande initiative, pouvaient, encore mi-^r?: <["c '"" pièces apprises, les habituer à l'a'^t de 1.. : : rV t de la discussion. Cette cause fut plaidcc ]■" :■ " v^a 1779. Sept ans après, en 1786, Louis XVI ' '^eait le collège des Arts en collège royal de Normandie, lui donnant ainsi le pas sur les autres; on était malheureusement à la v'eille de la Révolution qui, bouleversant toute chose, devait au moins pour un temps interrompre le progrès des études classiques.

Le collège du Bois, fondé en 1448, douze ans avant le collège des Arts, et devenu à partir de 1493 collège régulier, dut commencer ses représentations scolaires à peu près à la même

(() Ces causes sont des plus variées. Voici renoncé d'une qui peut être prise comme type. Le quel des quatre âges de la vie est préférable aux autres 7 Plaideront pour Venfance : Antoine-Félix de la Fontaine Helie (de Canteloup) ; pour la jeunesse : André- Marie Blascher de la Porte (de Caenj ; pour Yage meur : Armand-Jacques de Héricy (de Caen) ; pour la vieillesse : Louis Groult (d'Orbec); jugera : Jean-Jacques Bénard (de Caen). (Collège du Mont, 3 août ijb;). — Autre sujet : Quel est le plus utile à l'Etat, du commerçant, du cultivateur, du savant ou du militaire ? (Collège des Arts, 2 août 1781).

époque que le collège des Arts, puisque, comme ce dernier, il était dirigé par des maîtres de la Faculté des arts; cependant les programmes ont été mieux conservés.

La première tragédie intitulée Oropastes et écrite en latin, fut représentée en lôSj, pour la distribution des prix offerts par très noble jeune homme Louis- Hercule Vauquelin, marquis d'Hermanville, de Paris, étudiant audit collège et l'un des acteurs.

L'argument est tiré de V Histoire de Justin, livre 1='', c'est tout ce que nous savons de la pièce.

L'ouverture du théâtre fut précédée d'un discours français prononcé par Michel Goufrey (i), devenu plus tard recteur de l'Université à l'âge de trente ans, et le remerciement au sieur Vauquelin fut fait par Michel de la Bouillonnière.

Ici une lacune qu'il ne nous a pas été possible de combler.

Il faut passer au 24 juillet 1708 pour retrouver la trace d'une pièce scolaire. C'est une tragédie française, Céphale et Procris; comme intermède le Bourgeois gentilhomyne. Remarquons parmi les acteurs un Rochberg, né à Hesse-Cassel.

Au mois de juin 1772 autre pièce, encore pour

(i) Goufrey, professeur de droit à l'Université de Caen, né vers 1633, mort le 17 février 1696.

une distribution des prix donnés par le proviseur du collège, M. Jacques Malouin, prêtre, curé de Saint-Etienne-le-Vieux, docteur en théologie.

C'est une tragédie française en cinq actes. Jouée par douze acteurs et intitulée Alexandre et Aristobiile; comme intermède, l'Avare, comédie de M. Molière (onze acteurs); tout ce que nous savons, c'est que M. Philippe Guillot a rendu le personnage de l'Avare avec un plein succès.

En 1725, le 12 juillet, fut Jouée une tragédie portant le titre de Daniel et comprenant trois actes, le sujet est emprunté à l'Ancien Testament. La résistance de Daniel aux ordres de Darius, qui a ordonné de n'adorer que lui seul pendant quarante jours, sa condamnation, le miracle de la fosse aux lions, la Juste punition des ennemis du prophète, forment le fond de la pièce.

Le Grondeur, comédie, était donné à la même représentation.

Le 21 Juillet 1728, si le temps est beau, ce qui indique, soit dit en passant, que les écoliers du collège ne disposaient pas d'un local à l'abri des intempéries, représentation de la Mort de Xercès, tragédie française en cinq actes et l'Avare de M. Molière.

Le meurtre de Xercès, assassiné par Artaban, son oncle, qui veut lui succéder, tel est le sujet de la tragédie qui paraît avoir un médiocre intérêt.

On abordait aussi quelquefois une littérature plus gauloise, et vers la même époque, à peine l'émotion causée par la représentation au collège du Mont, d'' Antiquarius et du Solécisme^ étaitelle calmée, que le principal du collège du Bois voyait se déchaîner contre lui l'opinion publique, à juste titre, il faut l'avouer.

Oublieux de la gravité, au moins relative, des représentations scolaires, il avait autorisé la représentation du Légataire universel dQ Regnard, comédie peu propre à former les mœurs des jeunes gens. On en parla longtemps à Caen, et cet orage compta parmi ceux qui agitaient fréquemment le monde universitaire.

Quant aux ballets, peu de chose à en dire; ils ne se distinguent guère de ceux des autres collèges.

UEcole des Muses, représentée en 1728, est basée sur cette idée : que le plus sûr chemin pour arriver à la gloire est la science. Apollon le montre à la jeunesse.

fs entrée : Melpomène préside à la tragédie et Clio à l'histoire.

2^ — Calliope, Erato, Euterpe enseignent le poème épique, le poème amoureux, les pastorales.

3e — Uranie et Polymnie instruisent leurs élèves dans l'astronomie et la rhétorique.

4« entrée : Thalie et Terpsichore président à la danse.

Ballet général. — Les dignes élèves des Muses dansent devant Apollon, qui chasse ceux qui ont reçu une couronne des mains de l'Ignorance.

Un autre ballet, dont nous avons l'analyse, est intitulé '. les Fêtes fi'ancaises., par M. Hardouin ; c'est un tableau gracieux des fêtes de la cour, des fêtes bourgeoises, marines et rustiques (i).

Si nous nous sommes permis une timide appréciation des pièces citées, il n'entre pas dans notre plan de discuter leurs mérites, et de faire entre elles une comparaison qui serait très difficile. Pour beaucoup il est probable qu'il n'a jamais existé que les canevas-programmes retrouvés aujourd'hui.

Suivant en cela les errements qui se perpétuaient fréquemment au palinod, les élèves acteurs étaient laissés libres de développer à leur guise une matière plus ou moins étroitement donnée.

(i) Citons encore VEdiication de la Jeunesse, ballet en 4 parties, ressemblant quelque peu à YEdiicatioii d'un prince que nous avons analysé. Pour bien élever la jeunesse, il faut : i° lui former l'Esprit par les sciences, 2° le Cœur par les vertus, 3° le Corps par des exercices appropriés, 4° lui procurer des divertissements qui délassent l'Esprit et le Corps sans blesser l'innocence du Cœur.

De la valeur des interprètes dépendait donc la valeur de la pièce, plus encore peut-être que du sujet lui-même.

Des listes que nous avons consultées, il résulte que le collège du Mont recevait, surtout comme pensionnaires, les jeunes gens appartenant à la noblesse de Gaen, tandis qu'au collège des Arts s'instruisaient les fils de magistrats et de bourgeois de la ville. Le collège du Bois avait un peu le même genre d'élèves, mais en plus on y trouve une colonie de jeunes gens, probablement fils d'armateurs, venant des ports normands et bretons^ du Havre, de Saint-Malo et aussi des îles anglaises, de Jersey, voire même du cap Français, en Amérique.

Cette différence dans le personnel fait naturellement supposer que les deux derniers collèges donnaient moins de temps aux divertissements mondains, tandis que le collège .du Mont réservait une grande place à l'étude de la déclamation et des belles manières. Aussi est-on plus séduit par les comédies jouées dans ce dernier établissement. Leur simplicité, leur netteté, jointes aux situations vraiment dramatiques qu'elles renfermaient, les faisaient très apprécier du public, à part même toute idée de leçon morale.

Quant au collège des Arts, ses pièces d'auteurs connus, mais toujours défigurées, nous semblent

inférieures. Il en est de même du collège du Bois, qui, d'ailleurs, disposait d'un personnel moins nombreux.

La même observation pourrait s'appliquer aux ballets dont les effets scéniques et le sens allégorique nous paraissent mieux compris au collège du Mont.

Il est une autre remarque qui s'impose. En voyant le nombre d'acteurs en scène pour certaines comédies et surtout pour certains ballets, acteurs qui n'étaient presque jamais que les élèves internes des hautes classes à l'exclusion des externes, on est frappé de la prospérité étonnante de ces établissements; et l'on peut affirmer que l'éducation secondaire était donnée alors à une moyenne d'étudiants supérieure à celle qui existe aujourd'hui.

La ville de Caen avait bien, il est vrai, un renom de sapience; mais il n'en résultait pas du tout que cette ville absorbât les étudiants des petites cités voisines et eût en quelque sorte le monopole de cette éducation; nous voyons, en effet, pour ne parler que des localités les plus rapprochées, des collèges fort prospères à Bayeux, Saint-Lô (i),

(i) A Saint-Lô, 28 septembre 1717, on représente Candide, vierge et martyre, tragédie en cinq actes ; comme intermèdes, les Ruses des femmes pour parvenir

Vire, Condé, où des représentations semblables se donnaient chaque année avec un grand succès.

On peut mentionner entre autres :

Le collège de Condé fondé, dit-on, par Blanche de Navarre et qui, malgré un établissement rival dirigé par les protestants, était fort prospère; et aussi le collège de Vire qui, datant de 1682, posséda dès le début toutes les classes, réunit jusqu'à huit cents élèves et avait, encore en 1789, cent trente élèves pour la philosophie seule.

Quoi qu'il en soit, pour revenir aux représentations qui se donnaient dans nos collèges caennais, on peut affirmer leur grand et réel succès. Il suffit pour le prouver de lire les mentions portées sur les programmes et indiquant soit que les portes ne seraient ouvertes que trois heures avant le lever du rideau, soit que telle pièce serait donnée une seconde fois pour satisfaire les spectateurs qui n'auraient pu trouver une place.

Comme maintenant, la foule était, il est vrai, heureuse d'applaudir ses enfants, mais elle ressentait surtout un vrai plaisir aux émotions du théâtre. Revivre les héroïsmes admirés, bafouer tout haut

à leurs fins. En 1712, on donnait une pièce patriotique intitulée : Suite de l'histoire des temps, ou la paix d'Utreclit. Les représentations avaient lieu place du Château ou place de la Croix-Servier.

les travers et les vices, que trop souvent l'on a dû se contenter de critiquer tout bas, n'est-ce pas là, en effet, une des plus vives jouissances que puisse éprouver l'homme, cet être qui vit surtout par le cœur et par le souvenir.

Et, en effet, rien n'est plus naturel, n'est plus noble en soi, que l'aspiration, le besoin de satisfaire dans la fiction, quand on ne peut le faire dans la re'alité, cet idéal de justice que chacun porte inné au fond de l'âme.

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