LES DÉPENSES ET LA TROUPE
Il s'agit aussi d'établir, en nous basant sur des renseignements puisés à bonne source, le compte approximatif des dépenses que pourrait occasionner le troisième théâtre de musique, qui sera, nous l'avons dit, un théâtre bon marché, un théâtre populaire. Nous réduisons donc les chiffres au strict minimum.
Fr.
Loyer par an 100.000
Assurances 13. 000
Impôts et patente 7.500
Menues dépenses locatives, entretien, plomberie, etc 3.600
Entretien de la salle 1 .500
Chauffage 8.000
Eaux et vidanoo 600
166 IN TIIÉÂTHL I.YUIQUK
L'éclairage ne peut revenir à moins de iOO francs par représentation.
Passons aux dépenses du personnel.
Les chœurs pourraient se composer de 16 dames et 18 hommes.
Vr.
9 hommes à 10(1 francs 900
9 hommes à 90 francs 810
8 dames à 100 francs 80(1
8 dames à 90 francs 720
Un chef de chœurs 160
(n pianiste 150
Par mois 3.540
L'orchestre, à deux chefs, doit comprendre 9 premiers violons, 7 deuxièmes violons, 5 altos, 5 violoncelles, 6 contre-basses, 3 flûtes, 8 hautbois, 3 clarinettes, 3 bassons, () cors, 3 pistons, 4 trombones, 3 batteries, 1 harpe.
Soit en tout 01 artistes, ce qui permet, avec le roulement des congés, d'en avoir toujours 48 devant les pupitres.
La dépense totale que l'orchestre occa-
sionne peut s'élever, en comptant les frais d'instruments et d'entretien, à 8,075 francs par mois.
Le contrôle coûte 1,000 francs par mois. Il faut compter en outre 1,400 francs pour un certain nombre d'employés et 3,000 francs pour les appointements de l'administrateur, des régisseurs, etc.
Pour la figuration, oi) francs par jour sont un minimum.
La question la plus délicate sans contredit est celle des artistes. Étant donnés les prix excessifs qu'on leur octroie, voici quelle pourrait être la composition de la troupe et ce qu'elle coûterait par mois :
Fort ténor i.500
l^"" ténor léger i.OOO
2 autres l"""* ténors à 2,000 fr i.OOO
2 seconds ténors à 1 ,000 fr 2 .000
2 coryphées à 300 l'r GOO
Trial et laruette à 000 fr 1 . 200
2 1"' barytons à :î,000 fr 6.000
1 second baryton 1 . 500
A reporter 23.800
lus IN TllLAIlU: LVlUni E
Fr.
Ilcport -23.800
2 1"^^ basses : 1 ii 1,000 fr. et 1 à
1,000 fr -2.500
J seconde basse 500
-2 coryphées à -200 f r 400
Lue falcon 3.000
Chanteuse légère 3 . 500
Contralto -2.500
2° chanteuse légère 600
-2 dugazons à 1000 et 800 fr 1 .800
2 secondes dugazons : 1 à (iOO fr. et
1 à 400fr 1.000
-2 coryphées à 300 fr 600
Total par mois 10.200
Récapitulons :
Fr.
Troupe 40.200
.\dministration 3.000
Employés 1 . 400
Contrôle 1.000
Orchestre 8 . 075
Chœurs 3 . 540
Figurants (somme arrondie). 1.000
Frais locatifs Il .200 (sur 12 mois).
Par mois (i9.415
Donc, par jour, ou a:2,.SI;:{ fr. 80, auxquels il laut ajouter les trais d'éclairage, 100 francs,
ET UN THÉÂTRE FRANÇAIS l'Ol'ULAlRKS. 169
et les affiches, revenant à 53. francs, soit un total définitif de 2,466 fr. 80 de frais quotidiens.
Nous ne parlons ni des frais de publicité ni des droits d'auteur et des pauvres, qui viennent grever encore la somme indiquée.
RÉCA PITU LATION
Nous avons dit qu'il était utile de sacrilier une certaine somme en « frais d'établissement )). Cette somme sera plus ou moins grande, selon que dureront plus ou moins longtemps les études préparatoires des trois ouvrages qui, selon nous, doivent être prêts avant l'ouverture. Pour ces études il faut compter deux mois pour le loyer (assurances, faux frais, impôts), et pour les chœurs et le pianiste, un mois pour l'orchestre, les machinistes, les employés, un demi-mois pour les artistes et l'administration. Nous ne craignons pas de dire que la réussite de la tentative dépend du sacrifice complet de ces frais
no UN TlIÉÀTIIi: LVIIIQL'I-:
de premier établissement, qui, de cette façon, ne pèseront point sur l'entreprise.
On nous objectera que nous ne nous sommes peut-être pas montré très large pour les dépenses et que des déceptions attendraient celui qui aurait confiance dans ces chiffres. En admettant qu'ils doivent être un peu relevés, nous croyons que, tels qu'ils sont ou seraient, ils rendent possible l'installation du troisième théâtre de musique, popxlaire et â ho)i marché^ que nous réclamons.
Il suffit de le loger dans une salle sufiisamment ample , qui soit abondante en places, en petites places : une salle comme la Porte-Saint-Martin, comme l'Opéra-Comique actuel — qui déménagera dans un an — comme le Ghâtelet, comme la Gaîté remplirait les conditions voulues. Les recettes (juotidiennes, si le public prenait le nouveau théâtre en affection, suffiraient certainement k payer les frais, et même à donner des bénéfices.
A partir du second mois, du second mois
ET UN THÉÂTRE FHAMIAIS l'OI'ULAIRES. 171
seulement, la direction du troisième théfitre de musique pourrait donner une œuvre inédite, chose qui, si on le veut, pourrait être renouvelée tous les deux mois.
En dix-huit mois d'exploitation à la Gaîté, jadis, M. Albert Vizentini, qui semblait parti pour un voyage de longue durée, monta 29 ouvrages, dont 12 nouveaux, représentant un total de 04 actes.
Nous n'en demandons pas tant. Supposons seulement que 6 ouvrages nouveaux par an puissent être représentés : on peut mesurer par là ce que serait l'éclosion musicale due, au bout de dix ans, à un tel labeur. Ajoutez à cela la reconstitution du répertoire si varié, si intéressant dont nous avons donné une liste approximative et qui, lui aussi, fmira par être inédit pour les Parisiens. Vraiment, le théâtre populaire, le théâtre bon marché qui arriverait à de semblables résultats, n'est-il pas le théâtre désirable, le théâtre nécessaire? Comment se l'ait-il qu'il n'existe point encore?