SÉRAPHIN
AUX LEGTKUHS.
Des changements, des décorations fraîches, d'un joli goût, umbellissent mes Ombrer CUinoites , le répertoire de ce spectacle est enrichi de pièces nouvelles, très divertissantes.
J'ai des Marionnettes, mais des Mnrionnellrs qu'on prendrnit aisément pour de charmants petits enfants, tant pour l'élégance et la richesse de leurs costumes que pour la grâce et le naturelle (nie) de leur jeu ; elles font l'admiration des connoisseurs; il faut les voir, ainsi que la scène comi(|ue de Gohe-Monrhf.
V«rnez vous récréer de la vue de mt;« nouveaux Feux ArabeitiucH ; vous serez étonné do l«jur éclat, de leur variation (variété?) et du lion goût do leur dessin.
Lk Lef.TKi h. — Mais où o»t donc la salle de vos Omhreit Chinoises, Séraphin? T - ' <)•■'- ' l'arin se ilinanl Omlrres de Séraphin, (\\i'(>n nous
disoit -i . -'canl chez let Otiibreu?
(I) Almanach du Palais- h/jynl pour I7M(. — Un autre clironir|ueur faisait connaîtra de e«tt« façon fanlnisistu lo prix ol la nature des diirércntes pla !.<:• \i\Aff'.% «ont do 21 sous, \t sous et (i soua. Los places do t\
' . / . . . ,, ^ , 1^ Hiiiit d«*H rhaisi*!4 à d(in,
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Je n'ai, MM., pas encore été tenté de faire ce voyage. Je suis toujours le seul Séraphin. Pour me voir, n'allez ni à Tivoli ni à Idalie; n'allez ni aux Capucins ni aux boulevard?, encore moins à la Veillée; mais venez au l'alais-Égalité (1), galerie de pierre, N" 127, du côté de la rue des Bons- Enfants, où je suis lixé invariablement depuis dix-sej)t ans. Voulez-vous vous délasser "un moment? Venez à mes Ombres Chinoises; toujours jaloux do mériter vos approbations, chaque jour nous varions, nous changeons de pièces et de décorations; nous donnons tous les jours, à sept heures, une représentation ; les jours de décades nous en donnons deux, la ]ireraière à cinq, et la deuxième à sept heures.
f)e l'Imprimerie Expédiliiv, Grande rue Taranne, \° US.
N'avais-je pas raison, el Séraphin, homme de génie en avance sur son temps, n'avait-il pas celui de la réclame, dont nos administrations théâtrales savent si bien aujourd'hui user et abuser? Ce petit colloque, débonnaire et familier, entre Séraphin et son lecteur, est une vraie Irouvaille, et nos directeurs actuels doivent recouuallrc en lui un précurseur et un maître.
Il nous apprend loulefois, dans le petit document ci-dossus, qu'il était, en tant que chef d'entreprise, en bulle à de nombreuses rivalités, et à des rivalités déshonnétes, puistjue ses concurrents ne craignaicnl pas, pour entamer son succès et sa clientèle, pour les délouincr ù leur profit, do se faire imi)udemmcnl jjasser pour lui en prenant son enseigne. Mais la renommée de Séraphin était déjà faite, il était, comme il le disait glorieusement lui-môme, o le seul, » l'unique Séra])hin, et il sut bien le faire voir en enterrant successivement tous SCS rivaux.
On a pu lire plus haut les tilres de quelques-unes des pièces de son répertoire, lequel était très élendu et très varié. J'y ajouterai les suivantes, parmi celles qui oblinrent le plus de succès : les Embarras de Paris, le Lendemain des noces de la place Mauhert, les Bossus et les Lutins, Gaudiclie et riùnpcif/ne. VolùMnelle et tu Sorcière, la Mort tragique de Ma/'di-Gras (en vers, s'il vous plaît!), Madelnn Friquet et Colin-Tampon, la Belle aux chereujc d'or, le Maijuien Boiliomayo. l'Enchanteur Parafarat/aramu.s, etc. Séraphin payait gi-néralemeut — et généreusement — ces pièces à raison de douze francs l'une, el, dans un temps où les droits d'auteur n'étaient pas réglés comme ils le sont aujourd'hui, il trouvait, pour l'en fournir, nombre d'écrivains qui parfois se faisaient applaudir sur des scènes plus relevées, h l'aide d'acleurs qui n'étaient point de bois : Dorvigny, naguère illustré par Monselcl, Guillemain, Landrin, Maillé de Marancoiir, Jacquelin, Gabiot de Salins, qu'on voyait tantôt aux \ ariélés-Amusantes, tantôt chez Nicolet, tantôt au Vaudeville, voire môme à la Comédie-Ita-
(1) C'est le nom que portait le Palais-Royal pendant la Révolution.
lienne... Guillemain est sans contredit celui qui obtint chez lui les plus grands succès, et les plus prolongés, puisque ses deux petits chefsHi'œuvre enfantins, la Chasse aux cana?'ds et le Pont cassé, se sont joués pendant plus de soixante ans et ont excité les rires de milliers et de milliers d'enfants.
Justement, M. Maury a exhibé, au Champ de Mars, tout le matériel du fameux Pont cassé. Silhouettes de personnages, de décors, d'accessoires, rien n'y manque. On y voit le gamin gouailleur qui est le héros de la pièce, et l'ouvrier armé de sa pioche qui détruit le pont, et les ruines de celui-ci, et les canards qui m l'ont bien passé, » et le voyageur qui ne peut plus le franchir... La vue de tout ce petit matériel nous reporte bien loin et nous ramène, comme en un rêve, aux joies sincères et folles de nos jeunes années ! A côté de ces débris jadis glorieux, dans la même vitrine, on voit d'autres silhouettes destinées à la représentation d'autres « ouvrages : » un âne, un bateau, un diable, un procureur, un ramoneur, et des sauvages, la tète chargée de plumes ; puis quatre belles marionnettes, bien articulées, d'environ un demi-mètre de haut, dont les costumes fanés nous représentent un arlequin, deux démons et un prince indien ; puis, les manuscrits authentiques (je n'ose dire autographes) de deux pièces de Guillemain : PE ni repreneur de spectacles et la Mort tragique de Mardi-dniJi ; puis un billet d'entn'e pour deux personnes au « Théâtre de Séraphin, » — car Séraphin donnait aussi des billets de faveur; et enfin un petit portrait de Séraphin lui-même, fort gentil, ma foi ! qui nous le montre avec son grand habit Louis XVI et sa perruque à marteaux. Tout cela est vraiment très, très curieux, et fait revivre à nos yeux ce petit théâtre fantoche dont un de ses premiers contemporains vantait, de celte fagon plaisante, l'exaclitude et la séréoilé : — « Il est plus d'un directeur à Paris qui devrait prendre celui des Ombre.H Chinoises pour modèle; il n'entreprend point au-dessus de se» forces, et ses acteurs sont exactement payés au bout du mois. 11 est vrai qu'il n'en a point à trente-six mille livres d'appoiuteineus et qni. non contcn» d'un traitement aussi considérable, aillent encore, p(>ndant un quart de l'année, mettre à contribution la curiosité deii provinciaux, jaloux de jouir d<- leur talent. Jamais le théâtre des Ombtos Chinoises n'est dans le cas de fermer, soit par l'humeur, •oil par le caprice d'un acteur; il tient toujours co que promet r.) c'est enfin le spectacle le [dus régulier ifuil soit possible
d I II].: " ' i ). K
Il t. si réguli'-' i.<Tidanl quatre-vingt-six ans, aprè» on avoir
passé, je l'ai dit, s (|ualor7.e dans la même domeuro. Séraphin
étaDl mort en \Htiti, eut pour successeurs son neveu, puis le (gendre
(t^ Meli-fmwnt et Thalv tmtrjrt^, an Vif, p. 13îi.
Je co'.ui-ci, et eiifia la veuve de ce dernier. L'.e n'est quen 1858 que le petit théâtre émii;ra. j'ignore pour quelle raison, du Palais-Royal :iu boulevard Moulniarlre, et alla s'installer dans la inaisou du Bazar Européen, et c'est en 1870 que les premiers échos du canon vinrent terminer brusquement son oxislcnce devenue diflicile. C'est alors ([uc M. Arthur Maury, les sauvant d'une destruction certaine, put en recueillir les épaves, que les visiteurs de l'Exposition contemplèrent avec une curiosité si étonnée et qui m'ont donné l'idée de rappeler ce petit théiUrc cher à l'enfance, où tant de bouches mignonnes ont ri à belles dents, où tant de mains blanchettes ont applaadi avec enthousiasme.
Mais hélas! Séraphin n'est plus, et nos enfants n'entendront plus la jK'lite chanson devenue populaire :
Les ca nar(Ts I (Mil bien pas-sé,fi-r»' li-re
Il - re, li Vf li - v*" Il
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