DÉCORS ET COSTUMES — MAOUETTES ET DESSINS
Voici l'un des triomphes de rexposilion théâtrale du palais des Arts libéraux, et l'un des sujets dont l'étude offre l'iulérêl artistique le plus vif et le plus intense. La décoration scéuique, le costume! quoi de plus charmaut. de plus enchanteur en efïet pour celui qui est véritablement possédé de l'amour du Ihéàlre eu toutes ses parties, sous tous ses aspecis? et aujourd'hui surtout, où la recherche de la vérité et de l'exactitude historique poussée jusqu'aux moindres détails fait vivre ou revivre à nos yeux, dans des tableaux saisissants et superbe?, des contrées inconnues et des temps disparus, où des artistes de premier ordre sont chargés de faire naître en nous, par la magie des formes et des couleurs, des illusions, des sensations qu'aucun autre art ne pourrait nous procurer avec cette impression de la réalité matérielle, agissante et vivante ! Précisément, c'est la collaboration personnelle de ces artistes eux-mêmes qui a donné à cette partie de l'exposition théâtrale toute sa puissance, toute sa valeur, tout son lustre et tout son éclat.
Mais il est bon de délimiter ici les deux arls, le décor et le costume, bien qu'ils s'eulrelaccnl à la scène et se confondent dans un effort et dans on effet uniques, s'aident l'un l'autre, s'appuyaat l'un sur l'autre, s'harmonisanl l'un par l'autre, travaillant de concert pour agir sur l'esprit et sur l'âme du spectateur, et s'unissant enfin dans une action féconde pour produire un ensemble tantôt poétique, tantôt pillores'|ue. tantôt puissant et magistral. — Commençons par le décor.
J'ai signalé déjh la petite salle, voisine de la rotonde, dans laquelle OD avait rassemblé, sous les glaces de plusieurs vitrines, des autographes, des publications musicales curieuses, des copias de rôles, etc. Ceit dans une sorte de retrait qui formait l'extrémité droite do celle salle qu'on avait figuré --- en pctif. bien entenilu — un atelier de décorateur. (J'esl-à-iJire (]u'un manne(iuin de grandeur naturelle, fa longue brosse à la main, sa toile Housses pieds, une cigarette flchér derrière roreille, représentait un peintre décorateur debout, daoH l'attitude du travail, eu train do parfaire ^ou ébauche. Le public coDsiUérail ce spectacle non sans quelque étonnemcnl, car le pulilic ne tait guère que les pcinlre<} de théâtre, étant données la nature des couleurs qu'ils emploient et l'étendue des surfaces qu'ils ont h couvrir, sont obligés de travailler ainsi, <ieb<>ut ou à demi penchés, en marchant sur leur toile.
L'art de la décoration théâtrale est un art non pas contemporain, mais moderne, et qui ne remonte pas à beaucoup plus de deux siècles et demi. Je ne parlerai pas ici des anciens; maison sait qu'au temps de Shakespeare, dans lés œuvres duquel l'action scénique change si fréquemment de lieu et do milieu, un simple écriteau faisait connaître chacun de ces changements, le public se contentant de cette indication et remplaçant par la pensée le décor absent. ainsi que nous sommes obligés de le faire, lorsque, par la lecture seule, nous prenons connaissance d'une œuvre théâtrale (1).
Ce n'est guère qu'à partir liu dix-septième siècle et des premières splendeurs de l'opéra italien, entouré dès son origine, à Florence, à Venise, à Rome, à Modène. d'un luxe et d'une richesse scénique incomparables, que le décor commença à prendre, chez nos voisins d'abord, chez nous ensuite, l'importance qu'il comporte i^n beaucoup de cas, et que, en France, notre Opéra particulièrement n'a jamais cessé de lui accorder. Pour nous, spectateurs exigeants et rafTinés, habitués comme nous le sommes aujourd'hui aux vastes et jjuissants déploiements de mise en scène que nos grands théâtres ne cessent de nous prodiguer à i'envi. les yeux accoutumés ;\ ces beaux tableaux que nous rappelaient d'une façon charmante les adorables maquettes exposées au Champ de Mars et dont j'ai à m'occuper ici, il nous serait assurément dillicile et douloureux d'en revenir au procédé sommaire employé par Shakespeare et les acteurs de son temps (2).
(i) On a pu remarquer un procédé du même genre employé parles acteur» duThi'àlro Annamite de l'Exposition. Si ces acteurs révélaient des costumes fort riches et très brillants, en revanche ils ne possédaient aucun décor, et leur scène était simplement garnie de tapisseries et de tentures. Si le théâtre devait représenter un intérieur, deux manœuvres l'indiquaient d'une façon muette en venant placer sur le plancher un siège ou un tapis; si les acteurs devaient monter à cheval, ils so bornaient à lever une jambe et à faire le simulacre d'enfourcher en effet une monture. Cela sulfisait évidemment à leur ])uldic ordinaire, dont la pensée suppléait tout naturellement à ce (jui manquait sous ce rapport.
(2)Constatons cependant (|ue,contemporainement à ce qui se passait en Angleterre pour les jtièces de Shakespeare, le décnr. tnutau contraire. présentnit chez nous dos complications d'un genre tout particulier, comiilicaliuns qu'il tenait évidemment des mystères, dont les représentations, encore récentes, étaient aussi célèbres sous ce rapport que sous bien d'autres. C'est ainsi que dans une tragi-comiMie d'Aloxamlre Hardy, la Fol if de CU'Imnant, qui parut dans 1rs premières années du dix-septième siècle, le théâtre était divisé en plusieur.<« parties, ainsi que nous l'apprend, par la description que voici, un manuscrit de la Bibliothèque nationale : « Il faut au milieu du Théâtre un beau palais, et à un des costés une mer ou paroist un vais-
Cet art du décor a été. comme tous les autres, importé en France par les Italiens, qui furent nos initiateurs et longtemps nos maîtres sous ce rapport, mais que nous avons, depuis longtemps aussi, singulièrement distancés. Les décorateurs français qui travaillaient au dix-septiéme siècle pour l'hôlel de Bourgogne sont traités par leurs contemporains de simples barbouilleurs, alors qu'en Italie les artistes de ce genre étaient d'une remarquable habileté. Aussi, plus d'un de ces derniers fut-il appelé chez nous pour y exercer un art dans lequel tous déployaient une supériorité incontestable. Tandis que les deux Bibbiena, sollicités de tous côtés et courant de ville en ville, poursuivaient dans leur patrie une carrière glorieuse, Torelli venait se mettre au service de Louis XIV et des fêtes somptueuses de la cour de France, et Vigarani s'associait avec Lully pour la direction de l'Opéra, dont il devenait à la fois le décurateur et le machiniste, faisant admirer, entre autres, les superbes toiles qu'il peignait pour Atys et pour Psyché, et dont les dessins originaux existent encore aux Archives nationales et au Mobilier national. Soixante ans plus tard, un autre Italien, Servandoni, artiste de génie, à la fois peintre et architect<\ venait à son tour à Paris, renouvelait chez nous les formes mêmes de la décoration théâtrale en révolutionnant jusqu'il la « plantation » du décor, et. tout en travaillant pourTOpéra, faisait admirer les merveilles de son fameux « Spectacle en décoration, » qui attirait à la salle des Tuileries une foule curieuse et enchaûléc. C'est lui qui, pour une reprise du Tlu'sée de Lully, ayant ;i peindre un nouveau décor, celui du temple de Mercure, augmenta, par un procédé nouveau, les proportions de l'édifice qu'il avait à montrer, et compléta l'illusion que celui-ci devait produire. Les frères Parfait, dans leur histoire (manuscrite) de l'Académie royale de musique, le rappellent en ces termes : « La perspective sembloil avoir donné réellement à ce temple une élévation extraordinaire, puisque malgré la petitesse du lieu, et san.s avoir dérangé aucune machine, les décoralioris étoient beaucoup plus hautes sur
seau LT/rni de màtM, ou paroist une femme qui se jette dauH la mer, ol à l'a'. '•• une belle chambre qui s'ouvre et ferme ou il y ayl un lit bien
pare avec det draps. • Cette complication excessive avait prf^cisémenl pour ' ■ ■• • • • » ^if^ ,jf. 1,1 (It'-foration. Celle-ci une fois
- I fois IcM lieux les pi u;* divers, l'actittii
ijcbo sur un vaiSKouu, tanU'il à droito dans une
chambre a coucher, tantôt encore dans un autre endroit. Il xullisnit pour
' " |inrli« du lln-àtr»! «k-lor-
, . , , ;icore, avec ou procédé,
un p<;tit efTort d'. i de la part du Hpcctiileur, qui devait suppri-
mer par la pens^'v lella ou telle partit; du décor selon (|uo («j1 ou tel <^pifode de l'action se déroulait d*;vant lui.
le fond du théùlre que sur le devant, chose qu'où u'avoil point encore vue à l'Opéra et qui lil un effet adniirabie, car, outre le dôme, on voyait dans le fond deux ordres d'arclulecUire, le tout ayant Ireniedeux pieds de haut réels, qui paraissoienl à la vue en avoir plus de soixante ; au lieu (jue jusqu'alors aucune dccoralion n'avoit eu au plus que dix-huit pieds de haut dans le fond. » Servandoni agit de môme en Une autre circoiislance. lorsqu'il eut à peindre le péristyle du palais de Ninus. pour Pirauic et Tifshc, el excila la nu'me admiration. Ijifiu. un autre de ses compatriotes, Pietro Alyieri, se lil aussi remarquer à l'Opéra, parliculièrementà propos des beaux décors qu'il peignit pour deux des plus importants ouvrages de Rameau, Dardanus et Zoroastre.
Mais nos artistes surent bientôt profiler des leçons qu'ils recevaient ainsi. Sans parler de Jean Bérain et de Jar([uos Rousseau, qui, dès le dix-scplième siècle, se lUslinguèrent à leur tour àrOjjéra, de Watteau el de Boucher, (jui, plus tard, ne crurent pas au-dessous d'euk de peindre (luelques toiles pour ce théâtre et pour celui de rOpéra-Comicjue, le dix-huitième siècle nous montre toute une suite de décorateurs (jui se produisirent sur nos diverses scènes de la façon la plus avanlagousc; il faut surtout citer parmi eux Bocquet, Lemaire, Trembliu, Baudou, Piètre, Cîuillet jjère et tils, Deleuse, Moulin, Tardif, Dubois, Lesueur, Machy, Olivier, Louis Debray, Dussaulx, Degotli, Morcau. Mais c'est surtout depuis une soixantaine d'années el à parlir des premiers efforts du romantisme, si soucieux de l'exactitude historifiue en môme temps (jue si amoureux du pittoresque, ([u'on a vu toute une légion d'artistes fW, premier ordre renouveler et porter chez nous à son i)!us haut point de splendeur un art dans leciuel nous sommes aujourd'hui passés maîtres el ne connaissons point de rivaux. Après J.-B. Isabey, qui, entre autres, avail peint à l'Opéra les beaux décors de l'Enfant prodigue cl des Bai/mlèrcs, vint son gendre Cicéri, artiste hors ligne, producteur infatigable, (jni se tu une immense et légitime renommée en dotant non seulement ce thei'itrc, mais la Comédie-Franraise, la Porte Saint-Martin et le Panorama-l)ramali(jue d'une foule de véritables chefs-d'œuvre (I). Entre
(1) En matière d'administration, même lors(ju'il s'agit d'art, il y a toujours [daco chez nous jxmr quelque excentricité. Veut-on connaître la coniposilion oHlcielle de l'atelier île peinture de r(Jpi'ra, tel qu'il •'•lait organisé en 180!l? La voici dans son absolue exactitude :
Protain fils, dessinateur;
Pnilain père, jieintre d'architecture;
Barra fils aine;
Bocquet, peintre des nuages;
Lebe-Gigun, adjoint;
Cicéri, peintre des paysages;
autres décors que Cicéri peignit pour l'Opéra, il faut citer ceux de Cendrillon, du Siège de Corinthe, de Moise, de la Muette, de Guillaume Tell, de la Somnartûiule, de la Belle au bois dormant, de Giselle, de Robert le Diable, etc., sans compter la part qu'il prit à ceux de Don Juan, de Charles VI. de la Jolie Fille de Gand... Après lui il faut nommer Daguerre, qui se distingua tant à TAmbigu; Gué, qui brilla à rOpéra-Comique et surtout à la Gaité, où firent fureur ses décors d'Ondine et du Pied de mouton ; puis, dans le même temps, Bouton, Desroches, Matis, Fontaine, Lebe-Gigun, Lefèvre, Justin Leys, Dumay, Bartin. Dreux, Joannis, Desfontaines, Barbier, Pillot, Voisel, Kerwick, Juty fils. Gosse, Carnavalis, Langlois, Prévost. Rascalon, Blanchard. Et depuis quarante ans, quel superbe bataillon de peintres-décorateurs pouvons-nous mettre en ligne! Leurs noms sont dans toutes les mémoires; ce sont d'abord les élèves de Cicéri : Séchan, Diélerle, Despléchin, Léon Feuchères et Cambon; puis Philastre, Thierry, Wagner, Devoir, Rivière, Xolau, Robecchi, Zara, Cappelli. Lavastre aine et J.-B. Lavastre, Chéret, Poisson, Chaperon, Nézel, Rubé, Carpezat, Jambon, Daran, Fromont, Cornil, Gabiu, Devred, Duvignaud, et encore Amable. Gardy, Lemeunier, Brard, Mareschal... (2).
Très difficile, très compliqué, l'art du décor scénique est encore d'une nature particulière, et, avec l'emploi d'une technique toute spéciale, il exige de celui qui s'y livre des connaissances très vasies et très diverses, auxquelles l'artiste doit joindre encore une imagination fertile, beaucoup d'ingéniosité et, selon les cas, une dose remarquable de fantaisie. On pourrait presque dire que le décorateur ne procède que par des sortes de trompe-l'œil, tellement l'optique du théâtre nécessite de sa part l'emploi de moyens singuliers, en raison du peu de perspective dont il dispose, du petit
Barra, traceur peintre ;
Barra fils, élève.
Passe pour le « traceur peintre; » passe même pour le « dessinateur, o \n<;n '}ii'; 00» fondions dt-licate» puissent donner à croire (juc les dticora- It ir- 1 .iImt;*, à wjmmencer par Cicéri, ne savaient pas dessiner... .Mais un « peintre de nuages! » et, comme si celui-là ne suffisait pas, un << adjoint » au peintre Je« nuages!... Cette spéciaiit<^ n'cst-elle pas une merveille? K» fallait-il qu'à cette époque l'Opéra fit une ("'Irange consommation de " riuaget *, pour pouvoir utiliser l'emploi de doux artistes en ce genre — qui devait d'ailleurs leur sembler un peu monotone.
(2) Dans nos grandes villes et sur nos grands ihé&trus de province, l'art du décor est aussi poussé fort loin et cxf'rcé par des artintes fort distin-
t":''' r--' t:- -• •' ■ f - *' — illc, ù I' ■ ' IX, a Poitiers et ailleurs
uii II, des p' reniarquulilt.'H, tels que
Bailly, Hal>:«i)ies et M.M. BetU^n, Artus, Gunxalùs, Lauriol, Tbéaot, etc.
esj)ace à l'aide duiiuel il doit produire de grands effets, enliu du jeu très compliqué el tout artiliciel do la lumière scénique. Nou seulement il lui faut tenir compte de la nature du tableau qu'il doit représenter, de la régularité ou du caprice de ses lii^nes, du nombre des pcrsonnai!,es qui doivent y trouver place et de la façon dont ils doivent s'y mouvoir, mais encore d'obstacles sans nombre qui se dressent iucessamment devant lui et qu'il ne peut surmonter ou tourner qu'à force d'adresse, de subtilité et d'une sorte do ruse avec lui-même et le sens commun ; en effet, l'insuffisance de la perspective, qu'il faut soumettre à certaines nécessités de position, biise continuellement ses lignes en exagérant ses raccourcis, et d'autre part l'agencement des couleurs, l'harmonie des tons, d'un cU'et souvent si suave et si exquis à la scène, sont obtenus par des procédés dont le résultat semblerait barbare si la peinture était vue de près et sous un jour naturel. En dehors des difficultés pratiques et techniques relatives à la couleur aussi bien qu'à l'aspect général des diverses parties d'un décor, la grande difficulté est donc, en ce (jui concerne la composition, de donner parfois, dans un espace aussi restreint que celui dans lequel doit s'enfermer le décorateur, la sensation de la grandeur et surtout de l'éloignemeut, sans que rien vienne choquer l'oeil et la raison du spectateur. « La perspective théâtrale — a dit un homme spécial dans un livre très curieux (Il — est soumise à de certaines lois spéciales; la scène étant animée par des personnages vivants, ceux-ci ne peuvent, comme les figures d'un tableau, diminuer de dimension à mesure qu'ils s'éloignent vers le fond. Le décorateur prend les précautions nécessaires pour empocher les acteurs d'approcher des parties loinlaines et fuyantes de sa composition. Il est obligé d'inventer des obstacles pour qu'on ne choque pas la vraisemblance. Dans les décorations architecturales, il doit tenir toute la parlie inférieure audessous de la ligne d'horizon dans les dimensions réelles, les parties fuyantes ne commençant qu'à l'endroit où la décoration cesse d'ôtre praticable », c'est-à-dire à l'endroit oîi il devient impossible de s'y mouvoir. On voit à quels subterfuges le peintre est obligé de recourir, ot quelles difficultés matérielles il rencontre à chaque pas. Celles-ci d'ailleurs sont de plus d'un genre; le môme écrivain l'a dit encore : — « Tout ce qu'il faut d'entente de la perspective, d'études spéciales, de recherches patientes pour reproduire dans leurs proportions. naturelles et avec leurs moindres détails les paysages les plus divers, l'archiloclure de tous les temps et de tous les pays, ou le comprend sans peine. La nécessité de faire se raccorder toutes les parties d'un tableau formé de morceaux séparés et des-
(1) J. Moynet : L' Envers du théâtre.
tiné à être vu de différents points d'une salle ; d'obtenir l'unité de ton en peignant côte à côte des surfaces et des reliefs qui doivent 86 confondre pour le spectateur ; enfin, de régler pour chaque partie de la décoration l'intensité de l'éclairage, tout cela constitue autant de difficultés dont les peintres de nos grands théâtres savent triompher à force de travail et de talent. »
Pour ce qui concerne le travail purement matériel du décorateur, on se fera une idée de son importance en songeant que dans un grand théàlre une seule décoration développe, en moyenne, de mille à quinze cents mètres de surfaces peintes. C'est qu'en effet, outre le fond, il faut comprendre dans la décoration les châssis obliques /"coulisses), les plafonds (frises ou plafonds réels), les appliques et enfin les fermes, souvent si nombreuses et si importantes, qui entrent dans la composition et l'aménagement d'un décor. Quant à la nature elle-même de la peinture, celle-ci, en France, se fait presque exclusivement à la détrempe, et chacun sait si l'habileté de nos artistes en obtient des résultats remarquables ; ce n'est que lorsqu'on veut obtenir certains effets de transparence qu'on a recours à la peinture à l'huile ou à l'essence; on peint alors non plus sur toile, mais sur calicot, après avoir soumis celui-ci à une certaine préparation, et en l'éclairant par derrière, comme un store, on obtient un effet semblable.
Si je me sois étendu un peu longuement sur cette question de la décoration théùtralo. c'est pour montrer tout l'inlércl qu'elle présente et qui s y attache, en même temps que pour mettre en relief la grande valeur de nos artistes en ce genre et le talent qu'ils déploient chaque jour. Les visiteurs du Champ de Mars ont pu d'ailleurs s'en rendre compte à la vue de la superbe série de maquettes qui faisaient partie de l'exposition théâtrale, et dont le succès auprès d'eux a été si considérable. Mais tous ne comprenaient pourtant pas l'utilité de ces petites réductions décoratives, et (|uelqu(;s-uns, ne voyant là-dedans qu'une sorte de joujou, se demandaient quel en pouvait èlrc l'objet. Il est facile de les satisfaire. On comprend que dans les théâtres où la décoration joue un rôle important, on ac saurait se contenter d'un simple «iessin pour l'établissement d'un décor dont Iouh les détails, toutes les parties offrent tant de complications. .Vvaiit d'entrt'prendre son travail dans les proportions qu'il d'iil avoir, le peintre construit donc un petit modèle absolument exact de co décor, avec ses plans successifs, ol les châssis, formes, rideaux, plafondH et pralicablcs qu'il comporte, tels (ju'ils doivent étro sur la scène ; c'est ce petit modèle, en carton découpé, dont toutes les pièces sont peintes avec Noin comme devra l'être le vrai décor, qui pr<-Dd le nom <lc « rnaqii<-ttc, » et c'est quand chacun : aaleors, (lircct«;ar, réi^isseur, machiniste, etc.. <i fait non observations
à son sujet, c'est quand toutes les modifications et corrections indiquées ont été opérées, qu'elle est établie d'une façon définitive et que le peintre est autorisé à commencer, d'après elle, sou travail en grand.
Les trente-six maquettes exposées au Champ de Mars provenaient de l'importante collection que possèdent en ce genre les archives de l'Opéra, collection qui, pour la salle actuelle seulement, c'est-àdire depuis 1875, ne comprend pas moins de 180 décors. Toutes sont construites à l'échelle uniforme de trois centimètres par mètre. On n'a ea qu'à choisir les plus intéressantes parmi celles qui n'avaient pas figuré à l'Exposition de 1878, et on les a disposées, avec un éclairage spécial (fort dillicile h régler, par parenthèse), tout autour de la rotonde consacrée à l'exposition théâtrale.
Voici la liste exacte des décors ainsi exposés, avec les noms de leurs auteurs :
i. Saplio (^1"' actej. — Rubé et Chaperon ;