‹ Le théatre à l'éxposition universelle de 1889; notes et descriptions, histoire et souvenirsChapitre 14 sur 21 · L' « HISTOIRE DU COSTUME · texte numérisé non relu

L' « HISTOIRE DU COSTUME

A côté du costume peint ou dessiné, des jolies aquarelles qu'elle contenait en si grand nombre et que j'ai fait connaître dans le précédent chapitre, la rotonde de l'exposition théâtrale nous offrait ce qu'on pourrait appeler le costume en nature. C'est-à-dire qu'on avait réuni là une vingtaine de figurines d'un demi-mètre environ de hauteur, de poupées habillées avec beaucoup de soin, et dont les costumes, reconstitués d'après les documents les plus authentiques, reproduisaient scrupuleusement ceux que portaient naguère, dans des personnages restés célèbres à la scène, quelques-uns de nos plus grands artistes tragiques, comiques ou lyriques. M, Nonnon et M""* Floret, costumier et costumière en chef de l'Opéra, s'étaient tout à fait distingués dans cette reconstitution, opérée par eux à l'aide des estampes ou des dessins conservés dans les archives de ce théâtre et de la Comédie-Française, en tenant compte exactement non seulement de la coupe et de la forme aussi bien que de l'ensemble et des détails de chaque vêtement, mais encore du choix des étofles et des matières employées. Toutefois, on me permettra de trouver un peu ambitieux, un peu excessif, le titre d' a histoire du costume », pompeusement employé par le catalogue pour caractériser celle partie de l'exposition. Qu'il y ait li, si l'on veut, un essai assez curieux, une tentative ingénieuse et non sans quelque intérêt, un jalon posé enfin, quoique tout arbitrairement et un peu trop à l'aventure, louchant l'histoire du costume au théâtre, j'en demeurerai d'accord ; mais de là à celte histoire envisagée dans un ens«!mble même rndimentaire, avec une apparence de plan rélléchi, do suite et de méthode, je suis obligé d'avouer qu'il y a diantrement loin. Dans cette trop diacrcle exhibition je n'ai vu, pour ma part, qu'une réunion d'élémcots singulièrement incomplets, dans laquelle, étant donoé le trop petit nombre des objets exposés, on no pouvait tenir compta ni de la succession des époques, ni de la marche si irrégulière ot de l'imporlancn si capricieuse des progrès accomplis, ni surtout de l'étonnante diversité de costumes do tous temps, de toutes conditions et de tous pays dont ronscinblo pourrait réellement constituer nn<; hisloirc du vêtofiicnt Ihé&lral. Quoi qu'il en soit, ce petit asHcmblago de figurines ainsi costumées n'est pas sans faim Délire et sans susciU'rquolquci remarques d'autant plus intéressantcH

que, je l'ai dit, le travail de reconstitution a é*ô exécuté avec beaucoup de soin, de talent, de conscience et d'oxaclitudo.

Constatons d'abord qu'il n'a guère fallu moins de deux siècles, en France tout au moins, pour arriver à une réforme radicale et à un emploi rationnel du costume scénique selon les exii^ences de l'histoire et de l'ellinoi^raphic. Que d'elforls, que de tentatives de la part de quelques-uns pour combattre une routine obstinée et déplorable, depuis l'époque oh l'on voyait les héros de Corneille et de Racine se présenter devant le public en beaux habits brodés et galonnés, avec l'immense perruque Louis XIV surmontée d'un casque effroyablement empanaché, où la farouche Atlialie. la tendre Chimène se montraient en robe de cour à longue queue, très convenablement décolletées, la tête surchargée de plumes et de diamants ! C'est alors qu'Addison, le célèbre poète anglais, à la suite d"un voyage par lui fait à Paris, écrivait dans son Spectateur, en parlant de l'Opéra : — a,.. J'ai vu deux Fleuves chaussés en bas rouges, et Alphéc, au lieu d'avoir la tî^te rouverte de joncs, conter fleurette avec une belle perruque blonde et un plumet sur l'oreille... »

Ce ne fut pourtant pas toujours de la faute de nos acteurs si la réforme fut si longue à s'opérer chez nous; quelques-uns s'y employèrent avec ardeur, firent en ce sens des efforts très soutenus et très intelligents, mais pendant longtemps se heurtèrent ;i la sottise, ii l'inertie ou au mauvais vouloir tout ensemble de leurs camarades, du public et surtout de la cour, qui, suprême arbitre alors en matière de théâtre, se montrait absolument réfraclaire à tout mouvement de ce genre, hostile à toute tentative basée sur le raisonnement. La première qui se signala sous ce rapport fut une danseuse de l'Opéra, M"* Salle, h qui tout son talent, toute son autorité ne permirent môme pas un essai timide, et qui, de guerre lasse, dut aller en Angleterre pour y réaliser ses idées de réforme et de progrès. Kn n.'^'i^ elle alla jouer à Londres, au théâtre Covent-Garden. un balletpantomime intitulé Py<jma/ion, dont elle était l'auteur et dans lequel elle résolut de se montrer autrement qu'en poudre et en paniers, comme on l'obligeait à le faire à l'Opéra, prétendant, dans un tel sujet, se conformer ;\ la Iradilioîi antique et prendre modèle sur les basreliefs et les statues de l'ancienne (îrèce. Une lettre adressée de Londres au Mercure de France rendait ainsi compte de sa tentative, qui eut d'ailleurs, auprès du public anglais, le succès le plus complet : — 0 .... Vous concevez. Monsieur, ce que peuvent devenir tous les passages de cette action exécutée et mise en danse avec les grâces fines et délicates de M"" Salle. Elle a osé paraître dans celte entrée sans panier, sans jupe, sans corps, échevelée, et sans aucun ornement sur la tôle. Elle n'était vêtue, avec son corset et un jupon, que d'une simple robe de mousseline tournée en draperie, ajustée

sur le modèle d'une statue grecque... » Malgré le succès obtenu par elle à Londres en celte circonstance, M"*^ Salle ne put faire prévaloir ses idées à l'Opéra, et, plutôt que d'y renoncer, elle préféra continuer d'aller les appliquer en Angleterre.

Quelques années après, ce fut au tour d'une autre actrice séduisante, M"^ Favart, d'essayer une réforme du costume, cette fois à la Comédie-Italienne. Avant elle, les paysannes paraissaient à la scène en robes à falbalas et à paniers, avec la perruque de rigueur, les bas de soie à coins bien tirés, des diamants, des mouches, et les mains emprisonnées dans des gants qui montaient jusqu'aux coudes. Elle eut le courage de paraître, dans Bastien et Bastienne, avec une jupe de serge, les cheveux plats, une croix de métal, et les pieds nus dans des sabots ; et il fallut toute l'affection que lui portait le public pour forcer celui-ci à accepter une telle nouveauté. Dans les Chinois elle fit faire, avec des étoffes venues de Chine, des costumes authentiques, et lorsqu'on monta les Trois Sultanes elle fit venir expressément des étoffes et des costumes de Gonstantinople. — Pendant qu'elle agissait ainsi, Lekain et M"' Clairon s'efforçaient de faire de même à la Comédie-Française. De Lekain, un de ses contemporains disait : « Idolâtre de son art, Lekain y consacroit tout son tems, tous ses soins, toutes ses dépenses. Il est le premier qui ait eu de véritables habits de costumes ; il les dessinoit lui-môme, et se privoil de tout pour subvenir aux frais de sa garde-robe de théâtre, dans un tems ou ses appointemens étoient très médiocres. » Quant à M"' Clairon, elle disait elle-même dans ses Mémoires : — « Je demande, à toutes les femmes en général, l'attention la plus scrupuleuse à leurs vêtements : le costume ajoute beaucoup à l'illusion du spectateur, et le comédien en prend plus aisément le ton de son rôle... Je désire surtout qu'on évite avec soin tous les chiffons, toutes les modes du moment... La seule mode à suivre est le costume du rôle qu'on joue. On doit surtout arranger ses vêlements d'après les personnages ; l'âge, l'austérité, la douleur, rejettent tout ce que permettent la jeunesse, le désir de plaire, et le calme de l'âme. Hermionc avec des fleurs serait ridicule : la violence de son caractère, cl le chagrin qui la dévore, ne lui permettent ni reclierciic, ni coqactleric dans sa toilette; elle peut avoir un habit raagniliquc, mais il faut que l'air le plus négligé dans tout le reste prouve qu'elle ne •'occupe point d'clle-môrac. Le premier coup d'oeil que le public jelle sor i actrice doit le préparer au caractère qu'elle va développer. •

Pourtant, les idées de réformes o'avançaionl que bien lontonicnl, et l'opposilioD qu'elles do cessaient do rencontrer so montrait parfois inepte et farouche. M"* Sainl-liuborty nous en fournit une prouve écUlaDte, clic qui faisait en sorte aussi, à l'Opéra, d'introduire dans

— il) —

de suites et maladroites coutumes des modifications rationnelles et intelligentes. Elle l'essaya tout d'abord en 1782, dans un acte lyrique d'Edelmann, Ariane dans Vile de Naxos. qu'elle jouait avec Lainez, et voici comment un critique du temps, Levacher de Charuois, rendait compte du fâcheux résultat de sa tentative : — « On a vu celte actrice paroilre vêtue d'une longue tunicjue de lin altaclice sous le sein, les jambes nues et chaussées d'un brodetjuin antique. De sa tète libre descendoieut avec grâce plusieurs nattes faites de ses cheveux qui jouoient sur ses épaules. Ce costume neuf pour les spectateurs, et aussi vrai qu'élégant, fut applaudi avec une sorte d'ivresse; mais, malgré l'aveu du public, malgré le sull'rage des artistes, il vint des ordres qu'on appela niinislcriels, qui défendirent ù M""' S' Huberti de reparoîtresous ce beau costume, et à la seconde représentation de l'ouvrage, elle fut obligée de se remontrer avec l'attirail lourd et ridicule de nos coquettes et do nos prudes (1). »

Par la suite cependant, et à mesure (jue son iniluence s'établit, l'action de M'°'Sainl-IIuberly devint plus eHvcace, mais seulement relativement à ello-iuôme, ses camarades, ses comjiagnons et l'administralion ne faisant aucun elfort pour en prendre leur part et généraliser ses elTcts. Un seul parmi ceux-là, le chanteur Adrien, eut le courage et le bon goût de suivre son exemple; mais son effort aussi resta isolé et sans résultat appréciable. Bientôt pourtant Talma. dont la haute intelligence se portait sur toutes les parties de son art, allait introduire ti la Comédie-Franraise, non sans peine d'ailleurs, des idées nouvelles et salutaires en matière de costume, idées qui préparèrent en quelque sorte le grand mouvement révolutionnaire qu'on ne devait plus tarder beaucoup à voir se produire. Néanmoins il fallut, pour que ce mouvement éclatât ainsi et avec tant de vigueur, la venue de l'école romantique, qui, si soucieuse de lellet matériel, de la vérité plastique et de tout ce qui })ouvait concourir à l'illusion scénique la plus saisissante et la plus complète, détruisit violemment toutes les vieilles coutumes, tous les vieux préjugés, et par tous les moyens chercha la vérité, dans le costume comme dans le décor. A partir de ce moment, le progrès en ce sens marcha à pas de géant, et l'art de la mise en scène acquit successivement sur tous nos théâtres l'importance qui lui est due et que nous lui voyons aujourd'hui.

Pour en revenir à l'exposition de 1' « histoire du costume », les premières figures qu'elle nous offre, dans l'ordre chronologique, sont celles de quatre personnages d'un ballet de cour dans lequel dansait Louis XIV en personne, le « Ballet du roi des Fi'/e.s (h; lUicchus, 1) qui fut représenté au Palais-l^ardinal i Palais-Royal; le

(l) Recherches sur les cotlumet et les théâtres de toutes les nations.

2 mai t6ol. Les quatre costumes reproduits ici nous prouvent qu'en ce qui concerne la fantaisie pure et la débauche de l'imagination, les costumiers d'il y a deux cent cinquante ans n'étaient pas moins bien doués que leurs confrères actuels, auxquels ils n'auraient rien eu à envier. Je ne dis pas cela pour celui du Devin, que personnifiait précisément le jeune souverain, alors âgé de douze ans seulement; mais celui du Jeu est très curieux comme arrangement et trouverait parfaitement sa place dans une de nos féeries modernes, avec son pourpoint figurant un damier, avec les dominos et les tarots qui garnissent la jupe, les cornets à dés qui forment le tonnelet et les mancherons, et la coiffure si drôlement agrémentée de pions d'échiquier. L'Homme de feu, très élégant dans son pourpoint noir et rouge à manches jaunes, avec des flammes garnissant la jupe et le bras, et l'Esprit follet, avec la singulière auréole empesée qui lui encadre le visage, ne sont pas moins étranges l'un et l'autre et ne figureraient pas avec moins de bonheur dans une des grandes pièces fantastiques dont notre public ne cesse de se montrer si friand. Mais nous n'en sommes ici qu'à la fantaisie scénique. Nous abordons le théâtre véritable et sérieux avec la figure qui nous représente Molière sous les traits d'Arnolphe de l'École des Femmes :

Agnès, pour m'écouler, laissez là votre ouvrage: Levez un peu la tète, et tournez le visage...

A.acuDe remarque particulière n'est à faire ici. Le costume est copié d'après le tableau fameux dit des Farceurs, (jui décore le foyer de la Comédie-Franraise, et c'est encore ainsi que le rôle se joue aujourd'hui. C'était ce qu'on appelait le costume « à manteau, h (jui, en donnant son nom à l'emploi qu'il caractérisait, — l'emploi des

• manteaux, - — s'est perpétué jusqu'à nos jours dans la comédie classique, sans modification appréciable. Ceci ne suffirait pas à nous faire juger du très grand souci que Molière avait de la vérité du costume ; mais nous en avons une preuve dans la petite algarade qu'il fit à sa femme le jour de la première représentation île Tartufe, où elle jouait Kimire tandis (jue lui faisait Orgou. On connait l'hintoire, que raconte ainsi Cirimarest dans sa Vie de MiAière : —

• Comme c<;tlc pièce promettoit beaucoup, elle voulut y briller par l'ajuslemcnl; elle se fit faire un habit magnifique, sans en rien dire à son mari, et du tem« à l'aTance elle étoit occupée du plaisir de !<; mettre. Molif'-ro alla dans sa loge une donii h*jurc avant ({u'on commensal la pièce. ' Comment donc, .Madcmùi.sollc, <. di(-il en la voyant •i parée, « que voulez-vous dire avec cet ajustcmcMjt? No suvez-vous t pas qa« vous Aies incommodé» dans la pièce? Et vous voil.S

• éveillée et ornée comme ni vous alliez à une fèto I Déshabillez-

u vous vile, et prenez uu habit convenable à la situation où vous a devez cire. »

On voit ce qu'il eu était de Molibre sous le rapport du costume, et quel était son sentiment sur ce sujet. II n'en était pas de même de son élève, le grand comédien Baron, si justement célèbre pour son admirable talent, mais qui ne considérait le vêtement théâtral que comme un objet destiné à faire ressortir ses tjualités physiques. On nous le montre ici dans un a costume tragique » indéfini, à la date de 1"20, par lequel nous pouvons juger de sa complète insouciance historique. Nous savons d'ailleurs que Baron jouait Cinna avec un superbe habit de velours noir garni de satin cramoisi, la longue perruque de répo(iue et un chapeau orné de plumes d'un rouge éclatant. Et quand il s'agit pour lui de représenter .Vchilledans J/)hi(/énic. toutes les prières et les objurgations de Racine furent impuissantes à lui faire abandonner cette immense perruque frisée à la Louis XIV, que l'ami de Palrocle n'avait certainement jamais entrevue dans ses rêves.

Mais pour avoir l'exacte notion du sans-gêne avec lequel, jusqu'au siècle présent, on traitait cette importante et intéressante question du costume au théâtre, il faut voir les trois figures qui nous offrent, à trois époques diflérentes, le personnage d'Armide dans VArmidc de Quinaull et Lully, jouée pour la première fois à l'Opéra en H)86. Pour les femmes surtout, l'histoire n'existait pas alors par rapport au costume ; il s'agissait avant tout pour elles, non seulement d'être 0 bien habillées, » mais de l'être de faron à être ou à paraître jolies, et pour cela elles ne voyaient rien de mieux que de se mettre à la mode du jour. C'est ainsi (jue le costume de M"= Le Rochois à la création à'Armidc, costume dessiné par Bérain, nous la montre en riche robe Louis XIV, mousse, corail et argent, surchargée de broderies, avec une couronne couverte d'immenses plumes (1).

(i) Cette coifTure (Hrange arracha un jour, à une fillette qui regardait cette figurine en même temj)s que moi, cette exclamation naïve: « Oh! elle a son plumet, la demoiselle!" J'ajoute (ju'il manquait quoique chose au costume qu'on nous a ainsi présenté : il y manquait la canne, l'indispensable et fameuse canne, attribut (''trange à celte époque des « reines » d'opéra, dont la Vicville de Preneuse nous a conservé le souvenir, précisément à l'occasion d'/l rmide et do M"* Le Hochois, en nous complétant ainsi son costume lors dune rentrée qu'elle fit à l'Opéra dans ccH ouvrage : — « Quand je me représente la Hochois, cette petitf; feniino qui n'étoit plus jeune, coftffée en cheveux noirs, et ornée d'une canne noire avec un ruban couleur de feu, s'agiter sur ce grand théâtre qu'elle remplissoit presque toute seule, et tirant de tems en lems do sa poitrine des éclats de voix merveilleux, je vous assure que je frissonne encore, et (jue je n'ai jamais été ému si vivement que je le fus alors... »

Un siècle plus tard, en 1787, Gluck ayant refait la musique d'^?*iiiide, et Ihéroïne se trouvant alors personnifiée par M"*^ Maillard, nous voyons celle-ci en brillant costume Louis XVI, coifTée en poudre — et toujours avec des plumes. Et pour continuer cette tradition du costume se modelant absolument sur les modes contemporaines, cette même M^'* Maillard, reprenant lo même rôle dix-huit ans après, en 18()o, se montre cette fois en grand costume d'apparat des dames du premier Empire, longue robe de satin à taille courte sous les aisselles, grand manteau de cour traînant sur les épaules, la tète coiffée d'un turban ! Cela n'est-il pas caractérisque, et ici la comparaison n'est-elle pas vraiment instructive? Le costume se transformait, mais il restait aussi fantaisiste, aussi inexact, suivant servilement toutes les lluctuations de la mode ayant cours.

Ne pouvant apporter plus d'ordre dans la description de ces divers costumes qu'on n'en a mis à nous les présenter, je reviens au dix-sepliëme siècle pour en signaler deux, dont le premier est ainsi mentionné: « Prince d'opéra, d'après Bérain. 1G88. » Celui-ci est tout à fait étrange, car ce prince, qui porte une tunique romaine, mauve, blanc et or, est coiffé de la perruque Louis XIV avec le casque emplumé, ce qui ne l'empêche pas de compléter son attirail avec un glaive et un bouclier antiques. L'autre est un « Triton danHanl, » dont le vêtement, assez original, est orné sur toutes les coutures de co({Qillages de toutes sortes.

Nous voici décidément au dix-huitième siècle avec !e célt'bre chanteur Jélyotte, qu'on nous fait voir dans le rôle de Thésée (vers 17oi), en un costume absolument burlesque en dépit de sa richesse. Le fils d'Egée, le vainqueur du Minolaure. est vêtu h la grecque, tunique couleur vert d'eau, gris et argent, garnie de perles et de broderies; avec cela, manteau de cour oîi les perles ruissellent littéralement, longue perruque, et l'éternel casque à plumes. Il est inutile d'ajouter que, comme pour le prince de tout à l'heure, le casque est en carton et le glaive en bois. Ce n'est eu efl'iît qu'à partir des environs de lX.i«) et de la période romantiquo, oii la réforme du costume »•■ dessine enfin netlcment, que les armures commencent à être faites en fer; jusque-là, les casques des guerriers sont toujours en carton simulant le métal, elles cuirasses en drap de nioirt- d'acier, sur lequel des hrodericM figurent Uh pièces diverses de l'armure;.

liC» coHtumcs continuaient, on le voit, d'être aussi ridicules ù l'Opéra qu'iU r.ivaivut clé au siècle précédent. On n'était guère plus raiHonnahlo, d'ailleurs, à la (Joraédie-Frenr-aiso, oii nous voyons, on 177K, M"* Sainval jouer en poudre lo rôb? do Zénobio dans Ulmdamintn cl Xtfiobie, lalragéJio faizcuso de Crébillon. On peut regrftlcr, au point do tuo de l'excentricité, <{uo Ich organisateurs de 1' « lii.sloiro du costume » n'aient pas eu l'idée de nous ollrir celui dont, à la

même époque, ou avait affublé M"'" Raucourt dans le rôle de Galatée. I/imat^e s'en trouve daus uu recueil tliéûlral du temps : ii/r// de la mmiqiie du roi el des trois spectacles (^pour 1 /"G), et la description qu'en a faite Caslil-Blaze d'après cette estampe est trop curieuse et trop exacte pour que je me refuse à la reproduire ici : — « Kn MTÔ, Larive fit mettre en scèuc le l'i/çjmaUon de J.-J. Rousseau. Jeune, belle et d'une taille admirable. M"'" Haucourt avait demandé le rôle de Galalée afin de paraître avec tous ses avautaj^es sous la chlamyde infiniment dégagée d'une statue antique : point du tout. Galalée, la nymphe de la Comédie-Franruise, était vôlue d'une robe à la polonaise de damas, à grands paniers, pincée au-dessus do la jambe gauche, pour laisser voir des pieds chaussés de mules de satin, à talons minces et fort élevés. De longues engageantes llottaienl autour doses bras pudiquement voilés; un corset ficelé serrait sa taille de nymphe ou plutôt de guôpe; et, pour mettre tout à fait celte Galatéo à la mode du jour, on l'avait coiffée d'un pouf colossal, orné de bocages verts, et surmonté par trois grandes plumes d'autruche, panache gracieusement pompeux.... » Il n'y aurait pas assez de justes brocards, aujourd'hui, pour accueillir, en un tel personnage, une artiste aussi grolcsquement travestie.

Le costume de Lekain dans Gengis Khan, ([u'on nous montre à la date do ITo'), n'était guère plus raisonnable. On peut supposer que les dessinateurs d'alors n'avaient jamais eu en mains la photographie d'un chef lartare en ses plus beaux atours. Avec une sorte do tuniciue jaune et gros bleu, le héros de Voltaire porte sur les éjjaules une fausse peau de panthère, sur la tête un casque de faux mêlai en carton doié avec de vraies plumes, puis lîne chaîne encore de faux métal, épaisse el lourde, soutenant un faux glaive de bois, long cl eflilé comme une aiguille à tricoter.

Du costume d'une danseuse dans le ballet des Génies é/nnentaircs (176o), de celui de M"'' Laguerre dans le rôle de la Fortune (n"(j),je ne vois pas grand'chose à dire, non plus que de celui qui nous représente l'admirable danseuse Clotilde, l'épouse indigne de Jîoïeldieu, en nymphe de Diane dans /c lictour de Zc/ihf/re (1S02). Celui de Nourrit père dans le rôle d'(^ssian ilSO'n ne manque ni de sévérité ni de caractère (li, mais il faut arriver à Talma jouant Maiigny fils dans la fameuse tragédie de Raynouard, les Templiers (1805), pour avoir eulin une itlée du costume rationnel et vrai. Ce dernier, de même que celui de Lavigne dans Taiicrède de ht Jérusalem délivrée (1812), est mâle et d'une couleur héroïque.

(I) .le ne sais si Ion a commis une oiriMir dans ratiribiilion du rnk', mais je ^ reman|ue que c'est I^ainez, et non juin! Nourrit, qui m'-a celui d'Ossian dans le chof-d'œuvre de Lesueur, Ossian ou les Bardes, roprosenlé le 10 juillet 1W4.

Celle singulière « histoire du costume » en prend à son aise avec l'époque romantique, qu'elle passe enlièrement sous silence, alors que c'est précisément à elle qu'est due la réforme profonde et complète à cet égard de nos mœurs et de nos coutumes théâtrales. On peut s'étonnera bon droit, tout en la mentionnant, de cette négligence aussi inconcevable qu'inexplicable. Comment a-t-on pu oublier tout justement ainsi la période caractéristique, celle qui, sous tous les rapports, est une date flamboyante dans l'histoire de notre théâtre, celle ou le costume scéuique a commencé à prendre toute son ampleur, toute son exactitude, ou les comédiens, aidés des auteurs, ont recherché avec tant de soin, tant de conscience, tant de passion, la vérité dans l'ensemble comme dans le détail, la beauté plastique et l'effet pittoresque? Pourquoi ne pas nous rappeler que pour jouer les chefs-d'œuvre de Victor Hueu. d'Alexandre Dumas, d'Alfred de Vigny, de Félicien Mallefille, les drames de Frédéric Soulié, de Casimir Delavigne, de Maillan. de Rougemont, de Fontau, de M. Lockroy ; de grands artistes tels que Frederick Lemaître, Bocage. Geffroy, Ligier. Joanny, Jemma, Lockroy, Mélinguo, Rouvière, M"' Georges. M"^ Dorval. doublaient leur talent par le soin qu'ils apportaient à vêtir, à habiller leurs personnages, et s'efToroaient de frapper tout d'abord l'œil et l'imagination du spectateur, avant môme de parler à sa raison, à son cœur, et d'évoquer en lui les sentiments les plus puissants et les plus divers? Toujours est-il que, franchissant délibérément un espace de trois quarts de siècle, de 181:2 et de la Jérusalem délivnk' de Persuis, nous sautons d'un seulboudà I880 et au Sifjurd dr M. Rryer. ou l'on nous offre le costume sombre et superbe porté par M. G. esse dans le rôle de Hageu. Puis, pour clore la série cl nous laisser sans doute sur une impri.'ssion souriante, on offre a nos yeux le costume d'" une danseuse en 1889, » le costume classique aujourd'hti, si l'on peut dire, et sans caractère parliculirr: corsage vigoureusement décolleté (on pourrait dire dédossé), ^upo de mousseline très courte sur des jupons bouffants avec le lulu invisible cl traditioDDcl, maillot chair et souliers blancs ù cordons de satin.

On voit combien esl incomplète cette hi8tf»iro du costume telle que lu Champ de Mars nous l'a ofTerle, et quelles lacunes elle présente. En dépil de ces lacunes pourtant, do vidcscsscnticllcnient regrettables. elle ne laissa pas que d'exciter un vif inl/rôt; et si, jiar suite piiutêtre du rf " ' "• df temps, l'elfort des organisateurs esl resté à la foit capn f. insufllsani, on n'en doit pas moins leur savoir gré

de s'être misa l'œuvre et d'avoir entrepris la lùche. Vienne une occasion nouvelle, uuocirconsl;inc4' propice, et ce proniier essai, servant de point irl, anW'nera certainement un résultai fdus sérieux et

plat salisiuM'iiil.

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1^M)USTRIES TIIÉATliALKS

ACCESSOlUliS SCÉMUL'ES : C.VllTONNAGES, DIJOUTEUIE ET JOAILLEUU;, KLEUUS ET l'LL'MES, AUMUllEUIE, CUAUSSL'KES, ETC.

Voici, pour le public, un des côtés les plus mystérieux, les plus iuconuus, de la civilisaliou et de la vie liicàlrales. Ou ue saurait guère se rendre compte, eu dehors de ce milieu spécial, de l'iml)ortauce ([u'acquièreut certaines industries particulières dont quelques-uuts vivent presque exclusivement de la scène, dont d'autres lui doivent une ))onne part de leur activité, de leur succès et de leur prospérité. Telle maison de cartonnages, par exemple, qui aura tourné ses eil'orls du côté du théâtre, y aura trouvé un élément d'action considérable et qui sullit presque seul ù l'emploi et à l'entrclien de son nombreux personnel. Vovez, pour n'en citer qu'une, la maison Halle, liout nous aurons à parler plus loin, qui se vante d'exister depuis ITûO, et qui est en France la première de ce genre ! C'est qu'on ne se figure pas ce que c'est, pour une entreprise semblable, que la mise à la scène d'un grand ouvrage pour l'Opéra, d'une riche féerie pour le Chàlelet ou d'un drame à spectacle pour la Porte-Saitit-Marlin, et de (juclle importance sont alors ses travaux et ses fournilures ; outre qu'il entre souvent beaucoup de cartonnage dans certains costumes, surtout quand la fantaisie s'en môle et lorsqu'il s'agit de la figuration, le nombre d'accessoires scéniques indispensables dans des ouvrages de ce genre el se rattachant à une telle industrie est incalculable. Les costumiers, eux aussi, on le comprend, sont de gros seigneurs en ce qui louche le théâtre; la maison Babiii, (jui était déjà florissante et en quelque sorte célèbre aux environs de 1820, et ([ui aujourd'hui est aux mains de M. Chalain, pourrait nous en donner des nouvelles. Cellelà ne travaille pas uniquement jjour Paris; la province lui paie un large tribut, et elle a un matériel immense de location qui roule incessamment sur les chemins de fer. Quant aux cordonniers qui travaillent spécialeiiienl pour nos théâtres, ceux-là non plus, ou peut le croire, ne restent pas dans l'inaction. En veut-on un exemple? Il est facile à trouver, si l'on s'adresse à l'Opéra el en ce qui 80 rapporte seulement à la danse. Pour se faire une idée de la gloutonnerie de ce théâtre en matière de chaussons de danse, il

suffira de savoir que les étoiles du ballet leçoivent de l'administralion une paire de chaussons par acte, les premiers sujets une paire par soirée, les seconds sujets une paire par trois soirées, les coryphées une paire par six soirées, enfin les danseuses des quadrilles une paire par douze soirées! Voit-on d'ici à quel besoin de consommation doit répondre l'activité de la maison Grais, fournisseur de l'Opéra ?

Dès sa naissance, d'ailleurs, TOpéra donna un essor immense à toutes les industries qui pouvaient relever de lui, et celles-ci acquirent aussitôt une importance exceptionnelle. On en trouve la preuve dans ce fait qu'elles sont mentionnées avec détails, dès 1692, dans un petit livre très curieux d'Abraham du Pradel, le Livre commode des adresses de Paris, qui est le premier ancêtre de notre Boltin actuel. Dans ce livret, au chapitre, ou plutôt à la rubrique Menus-Plaisirs, on peut relever les adresses suivantes, touchaut les diverses industries théâtrales :

Messieurs Baraillon père, fameux tailleur pour les habits de théâtre, el M. son 61s pour les masques et autres choses nécessaires pour les ballets et comédies, demeurent rue saint Nicaise,

Les sieurs du Creux, au bout du pont Notre Dame, et Boille, rue du Colombier saint Germain, vendent aussi des masques de théâtre et de carnaval.

Mademoiselle Poitiers, vis à vis les Quinze-Vinpts, rue saint Ilonoré, fait des ' - en cheveux pour les balets et r)pera.

Les sieo. ^ . ingeon et la Croix, brodeurs des habits pour les balets du Roy, demeurent le premier rue saint Estienno, à la Ville neuve, et l'autre, rue neuve saint Denis, proche la porte.

Le sieur Houssard, plumassier du Hoy, tient un grand magasin de pliifr,,.. ,.,.., r i... I. .letâ el »..'... i;.. s, rue saint Honoré.

'•'. ■ ; et Gi. vendent toutes sortes d'étoffes or et

argent pour les balets, opéra et mascarades, ils demeurent rué saint Denis, prés le grand (^hatflvt.

Autant en fait M. Ilarlier, rue de la Coutellerie, qui fait et vend des éUitlcn brod»''eH or et argent.

Le »ieur Carême, qui fait les feux d'artifices de l'IIôlel de ville et do rOpera, «! • rue FVementeau.

Le sieui M. m. 1, mAme talent, demeure rue do Tourncm.

On était pourtant encore h cette époque dan* l'enfance do l'art, cl, (le plu», il faut remarquer que trois théâtres seulement existaient alors il l'aris : l'Opéra, la (Joruédic- Française et la (;oiné(li(;-HatieDne. Ud sii-de plan tard, les choses avaient déjh bien marché, cl en 1787 le petit slmanach Um SfteriarlcM ih: Paris publiait une liste aujourd'hui devenue bien curieuse, colle de tous les fournisseurs do l'Op/rra, liste qui comprenait, il est vrai, non seub-mïMit b^s fabrieaott, les industriels, mais ausni les commerçants, les marchands

— oi —

do loules sortes, doul les produits ne s'appliquaient pas sculomcul à la scène, mais à la salle et à toutes les dépendances du théâtre. Ce petit document est vraiment typique, et me semble mériter d'être reproduit ii cent ans de dislance. Le voici :

FOURNISSEURS DE EACADÉMIE

Dhoiidan do Villeneuve, poëlicr-fumisfe ot clincaillor, grande rue du F.-S.-M. (faubourg Saint-Martin).

M"" Faugé, marchandes mercières, rue Montmartre, vis à vis S. J()se])h.

Perreau de Villeneuve, marchand d'étoffes de soie, rue dos Mauvaises Paroles, N 19.

IlalkS successeur du sieur IJignnn, fnhrii|ii,ini (\l' masques cl cabochons, rue de l'Arbre-Sec (i).

Renault, ferblantier et entrepreneur du luminaire, rue de la Monnoie.

Noquet, ini])rimeur sur rlolVes. rue do la Tisseranderie.

Gollard, graveur, quai de la Mégisserie.

liigor, fourbisseur, rue Coquillèro, prés celle des vieu.v Augustins.

Dumas, serrurier, rue ol jtorle S. Uonoré.

Blelorie, aréquier (fabricant d'arcs). Porte saint Michel.

Lauriau lils, cordior. rue saint Denis.

Laubry (veuve), chapelière, rue S. Nicaise.

Guerrier, vitrier, rue de l'Arhre-sec.

Lucas, plombier-fonlainicr, rue S. IL (Saint-IInnoro).

Chevreau, marchand papetier, rue S. Denis, au coin de l'ancien grand Cerf.

Renaudin, luthier, rue saint ILmoré, près l'Opéra.

Tessier, fourreur, rue de la vieille Draperie.

Renard, artilicier du Roi, rue S. Maure.

Farin, nallicr, près l'Égout Monlmarlre.

Loguay, vannier, place do la Raslille.

Lenoble, tourneur, rue saint Renoit, à coLi^ de celle des deux Anges.

Nallicr (v"), nouristo. ruo du grand Hurleur.

Bruno, dit Nnlrelle, ])orru(iuier, rue des Remparts.

Rome, cordonnier, rue des Boucheries S. II.

Sauvât, tapissier, au magasin, F. du T. (faubourg du Temple), au coin i\c la rue Fontaine au Itoi.

Leurain, brodeur, rue Rourg-labbé, vis-à-vis celle du grand Hurleur.

Rollanger (V"), boisselière, rue des Petits-Carreaux, au coin de celle de S. Sauveur.

Bigurm, jnarcband de musi(|ue. Place du Palais, vieux Louvre.

Rarasiol, marchand de Imis de menuiserie, grande rue du V. S. A. (faubourg Sainl-Antnine

(t) En 17î>i, Ilallé, dont la maison n'a cessé jusqu'à ce jour d'être au service de l'Opéra, était ainsi mentionné, d'une façon plus com])lèlo, au nombre des fournisseurs delà Comédie-I'rancaiso: « fabririuant do masques, casques, cabochons et tout ce qui œnorne le carton. »

— où

Thieri fiis, fabriquant de gaze, rue S. Denis, vis à vis celle du Ponceau. Leprince père et fils, fabriquant de bougies du Mans, rue de Grenelle, au coin de celle des deux Écus.

RoUet, marchand fabriquant de lacets, rue aux Fers. Verdier, fournisseur de gants, hôtel Soissons, rue Mercière. Maillot, bonnetier, rue saint Honoré, près saint Roch. Briard, parfumeur, rue saint Victor.

Renard, marchand de couleurs, rue des Arcis. Potier, marchand de bois à brûler. Donnebecq, plumassier, rue de Grenelle saint Honoré. Vatinelle, marchand de fer, carrefour de la Croix rouge. Pautonnier, marchand de bois de bateaux, Isle des Cygnes.

Tout ce qui concerne les accessoires scéniques, je l'ai dit, acquiert une grande importance. L'industrie du costume, qui ne saurait se borner au vêtement proprement dit, à elle seule entraîne à ^a suite les perruquiers (dont le métier devient presque uu art, si on le considère d'uoe part au point de vue de l'élégance et de la précision du travail, de l'autre au point de vue de la recherche et de l'exactitode historiques), les bonnetiers (surtout pour les maillots), les fleuristes, les plumassicrs, les joailliers et bijoutiers. Viennftit en- -çuite les armuriers, puis les tapissiers, puis les cartonniers, puis les parfumeurs spéciaux, fabricants de blanc et de rouge pour la peau. etc.. etc. Et je n'aurais garde d'oublier encore les artificiers, néceîsaires dans les pièces oîi. comme le Prophète. Mignon, la Madone de» rotes, on simule un incendie sur la scène, non plus que les faiseurs de trucs, dont le rô\e est si important dans tous les ouvrages où l'clf^ment fantastique est mis enjeu (\).

Si nous faisons, ii l'extérieur, le tour de la rotonde de l'exposition théiitrale, nous la voyons garnie de toutes parts d'objets curieux et inlércs.saDt?. Sous le nom de la maison Rabin (Chalain, successeur), toujours si renommée, ce sont d'abord trois mannequins de grandeur naturelle, velus de costumes riches et pleins d'élégance. Deux sont de l'époque d<' la Renaissance et représentent deux genlils-

(I) Il fil' '■• induKtrie toute 8|n''cialu •'•lait In;» florissante.

'"''•'^•-'"" "' H trouver des Inics nouvrs-iiix, curioiix, in-

iion oxln-m**, ils en construisaient le» maqueU«s, et t'en allaiimt chez, un auteur en renom pour lui Houmcttrn Inirs l»«-' vrecllc!* faire foii ' r devant lui. (Fou Clairviili' et

M. ■. I. ■■ •'■•- '' •' • .1 c«(i ouvrier», dont ^ll.-LlMlcl(^

•'■tait I' < 't non choix dan» co ({u'oii lui

proposait, achetait la propriété de cen petito* m&chinoa vraiment curieuses, <'• ' dan» I )1 introduirait les trucs sus-

rtii .' Il .11' -ilpj n'a.ii! j,,,m qu'à construire en grand

hommes du temps de Henri II. L'un a le pourpoint cl les canons de satin blanc, le maillot blanc, toque et manteau do velours ; le costume de l'autre est entièrement violet, pourpoint, canons et maillot de soie, toque et manteau de velours. Le troisième mannequin nous montre un seigneur Louis XV en costume de ''our; habit de velours bleu brodé or, à parements blancs, culotte velours bleu, veste blanche. Ces trois figures sont d'un très heureux ellet.

La maison Leblanc-Granger (Richard Gutperle, successeur) a obtenu très justement une médaille d'or pour sa belle exposition d'armures de théâtre. 11 y a là deux armures sévères de fer du quinzième siècle, deux armures brillantes de cuivre du seizième, qui sont vraiment d'un beau caractère. Il est impossible d'obtenir un meilleur résultat et de pousser plus loin la perfection. Avec cela des boucliers et des casques de style, des trophées d'armes superbement disposés et d'un aspect tout à fait remarquable.

La maison Gaston Thomas expose aussi deux belles armures, qui nécessitent des éloges. Je rappelle à ce propos ([ue cette maison s'est signalée, dans la rotonde même, par une exhibition d'un autre genre, ^ toute une grande vitrine, remplie de très jolis objets de bijouterie et de joaillerie Ihéàlralcs: bagues, bracelets, rivières, colliers, couronnes, diadèmes, chaînes de col, boucles de jarretières et de cbaussures, ordres de chevalerie, éperons, stylets, poignards, etc. Tout cela est plein de richesse et d'élégance, d'un effet charmant et d'un goût parfait.

Une exposition très curieuse, lies intéressante et vraiment originale est celle de la maison Bor, qui. en deux groupes, sur deux fûts de colonnes, a disposé toute une abondante série de chaussures hislori(|ues d'un véritable caractère et d'une scrupuleuse exactitude. Sandales, brodequins antiques et modernes, souliers à la poulaine, bottes à entonnoir, mules, chaussons de danse, bottes à revers, bottes à l'écuyère, bottines diverses, galoches, sabots, escarpins, il y en a là de tous les temps, de toutes les formes et pour tous goûts, sans compter les chaussures de fantaisie, le tout en modèles exécutés avec un soin et une conscience rares et qu'on ne saurait trop louer. Il esl à regretter seulement que, l'espace ayant sans doute manqué, ou n'ait pas pu, au lieu de les grouper ainsi, de les masser en quelque sorte, disposer toute cette série de chaussures de façon qu'elles se présentent dans un ordre chronologiciuc et qu'elles offrent comme un raccourci de l'histoire de la chaussure.

L'exposition de la maison Crais, uniquement et nniforniément composée de chaussons de danse, n'appelle aucune remarque parliculi(«re. On ne peut, en la signalant, que louer la légèreté, la grâce et la parfaite élégance qui distinguent ces produits de ses ateliers.

Je ne saurais guère faire davantage en ce qui concerne la maison Marlineau, qui a exposé de nombreuses et fort jolies guirlandes de fleurs et de feuillages fantastiques .1 k

J'arrive aux cartonnages de la maison Halle, qui lui ODt fort justement valu une médaille d'argent, et qui montrent à quel point on peut en ce sens pousser l'illusion scéoique. Les deux vases égyptiens, les quatre vases pompéiens et les deux vases grecs qui figurent là, remarquables par le fini et la perfection du travail, sont d'une exécution irréprochable. J'en dirai autant de divers trophées el faisceaux romain?, d'un élégant trophée d'instruments de musique, de deux belles corbeilles de fruits et d'un trophée égyptien qui complètent celte exposition, avec deux vases gigantesques qui sont placés de chaque côté, au sommet de la rampe de l'escalier qui conduit au premier étage. Mais ce n'est pas tout pourtant, et j'ai découvert par hasard dans une autre section, celle du mobilier, où je ne l'eusse certes pas cherchée, une autre exposition, très originale et très curieuse, faite par la même maison. Il s'agit, cette fois, de la représentation exacte et complète d'une cuisine, — avec sa cuisinière, qui penchée sur sa marmite, semble en surveiller et en vouloir presser l'ébullition. A part ce mannequin, fort bien arrangé d'ailleurs, tous les objets reproduits ici sont des fruits de cette industrie du cartonnage, devenue si prodigieusement habile à Paris ; la grande cheminée de campagne, aux angles de laquelle deux personnes pourraient aisément s'asseoir, la marmite susperdne à la crémaillère et sous laquelle il semble qu'on entende crépiter le bois qui brûle, le dressoir avec sa vaisselle bien rangée et soijçneusement alignée, les tables chargées de poissons, de volailles, de fruits, de légumes, de fromages, les plats, les assiettes, les pots, les couteaux, enfin les ustensiles de tout genre et de tout usage qu'on a coutume de trouver en pareil lieu. Comme forme, comme ton. comme couleur, tout cela est d'une imitation parfaite, merveilleusement arrangé, exécuté avec un rare talent, et tron)perait l'œil le plus exerce. Juste au-dessus et comme pour faire contraste, dans un egpace resté vide, la môme maison, toujours, a imaginé rie produire on tableau d'un tout autre genre et de représenter comme une sorte dt- sci-ne de fécrir, vivante et «iiiméo. Sous un ciel bleu, éclairé d'une lueur vive, on voit une nymphe des eaux, une naïade quelconque, entourée <lf' deux tritons ((ui lui font rscorU», glisier lentement el gracieusement sur l'onde oîi elle semble se jouer avec sei compagnons. Ceci est tout à fait charmant, cl

(1) Toiifl les objdt* fahriqu<iii nxpoii)''H «innii In rotonde ou «o» (ii-pi^ndiincoH porlaiffit celle menliun : « Kx(ioiiition (li<'Mt(rale. l'ourniNHouri (Ii-h

tb«'-alr«ti •ubvenlJonn<-<i. Mai'un... •

l'on ne saurait, sans l'avoir vu, se faire une idée des résullats vraiment surprenants obtenus par une telle industrie.

J'en ai dil assez, je pense, en ces quelques pages, pour faire ressortir toute l'importance de cette partie l l'exposition théâtrale. Sans qu'il soit besoin d'insister plus longuement sur ce sujet, le lecteur comprendra facilement tout lintérôt qui s'attache, en dehors ou à côlé du décor et du costume proprement dits, à tous les ol)jets de second ordre, mais si nécessaires, qui, complétant avec eux le matériel scénique, concourent pour leur part, d'uue fa^^on puissante, à procurer au spectateur la plus grande sotume d'illusion possi])Ie et à présenter à ses yeux la liclion théâtrale avec toute l'apparence de la réalité (1).

(1) Eu Italie, les industries siu'-ciales au tIi(Hitrc sont aussi très vivaces et très florissantes, et dans toutes les grandes villes d'imiiorlantos maisons s'y attachent particulièrement. J'ai pu relever à ce sujet, entre autres, les noms suivants : à Milan, Hrunelli-Chiapi)a, costumes; Dira^lii et lils, bijouterie et joaillerie Iht'àtrales ; Napoleone Corhella, i costumes, diadèmes, décorations, armures, quincaillerie, etc. ; » Herloletti, Caz/.ola, cordonnerie théâtrale ; Ercole Sermani, « fournisseur de décors >' ; Krneslo Pozzolo, maillots, bonneterie théâtrale, cottes de maille, etc. ; Knrico Ueati. 0 tissus de mailles en soie, laine et coton, » maison qui se dil la seule chargée des fournitures du théâtre de la Scala ; ivioardo Uancali, accessoires, armures, joaillerie de théâtre ; Verregoni, perruquier, « fournisseur (in théâtre de la Scala et des principaux théâtres do ritalie « ; à Naplos : Carlo (iuillaumc. costumes; à Turin : Harbagclato, rostunies: à I-'lormco : Luigi Tani, accessoires et fournitures diverses de Ibi-àtrc ; jiuis, Robba pour les fleurs et plumes, Panni et Fratalocchi pour la bonneterie théâtrale et les maillots, Nobili pour les coiiïures et perruques, etc., etc. — A Paris, il faudrait encore citer, parmi les fournisseurs et fal)ricants d'accessoires de Ibi-iitre, les maisons Lerat, Ilouget, Armand, la parfumerie Molhiron, spéciale pour le théâtre, et d'autres dont les noms m'échappent.

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