ARCHITECTURE ET MACHINERIE THEATRALES
Nous n'en avons pas fiai avec la galerie supérieure du palais des Arts libéraux, et nous allons cette fois nous trouver en présence d'une des manifestations les plus neuves et les plus curieuses auxquelles ait donné lieu lexposition relative au théâtre. Je veux parler de la reconstitution exaclo, à l'aide de documents d'une aulhenticité incontestable, et sous la forme de maquettes établies avec une fidélité scrupuleuse, de quelques-unes des plus anciennes salles de spectacle qa'ait possédées Paris: celle de l'Hôtel de Bourgogne lors de sa seconde occupation par la Comédie-Italienne ; celle qui, édifiée au Palais-Royal par les soins du cardinal de Richelieu pour les représentations de sa tragédie de Mirame, servit ensuite à Molière et à sa troupe, puis devint celle de l'Opéra de LuUy; la fameuse salle dite des Machines, construite en Kît)! aux Tuileries par Vigarani pour les grands spectacles de la cour, et qui, longtemps abandonnée, abrita plus lard le Spectacle en décoration de Servandoni, servit un instant de refuge à l'Opéra ûiprès l'incendie de 1763), puis à la (^médie-Franraise (c'est là qu'eut lieu le couronnement do Voltaire), cl enfin fut occupée en \'HU par le Théâtre de Monsieur, jusqu'au jour oîi la Convention y tint ses mémorables séances; enfin, la salle que la Comédie-Française se fil construire en 108'.) au jeu do paume de l'Étoilp, rue Neuve-des-Fossés (aujourd'liui rue de l'Anciennc- (jjtnédi':), et oîi elle demeura jusjju'en 17"0.
Procédons par ordre, et rommonr-ons par rflùtel de Rourgognc, le plu» ancien théâtre régulier qu'ait connu Paris. Il va sans dire que nous ne le verrons pas ici tel qu'il était au temps où les Confrères de la PaMion l'avaient fait aménager ù leur usage, ni même ii l'époque oîi nos premiers grands comédiens français s'y faisaient les in- ' !cs t'omédies de Roisrobert et de Quinault. des tragédies
^' nie et 'le Hotrou. J'ai dit qn'il s'abaissait de la seconde ; ...; do la (>>méJie-ItalicnDo, celle qui sélcnd do HIO à 17S.'{, ot .1 <iiH touchonn même à la fin do cette période, c<'lle oîi, malgré son mrien litre, ce IbéAlre est devenu pres(|uc oxcluHivomout franeais, '•t olj il n'adonne surtout au genre de la « eomédio n arictleH, » ' ' ' '• de r ' iquc. Kn effet, la maquette qui nous
r« j. '' ■ ' !a rue Mauconseil a été établie d'après
uri '.'rvé au tMiiiiiel des eHlamjtes de la
Bibliothèque ualionalc, et qui est date de 17G~. Ce dessin, qui ddiine l'ensemble de hi salle et de la scène, a été pris pendant une représentation do Rose et Colas, le gentil petit chef-d'œuvre de Sedaine et Monsigny, dont il nous montre un épisode : Malliurin est assis, à droite, auprès du rouet, écoulant Rose et Colas, qui sont debout devant lui.
Il est évident que les anciens Comédiens-Italiens, en prenant possession de la salle de l'Hùlel de Bourgogne, avaient dû la modifier selon les coutumes de leur pays, et que ceux qui prirent en 1"IG leur succession avaient laissé les choses en l'étal. Aussi voit-on ici que, selon ces coutumes, l'avant-scène pénètre profondément dans la salle, presque jusqu'aux deux tiers, et que les acteurs, laissant bien loin derrière eux le manteau d'Arlequin, sont littéralement entourés, on pourrait dire enveloppés par le public; c'est ce (|uo nous voyons encore aujourd'hui en Italie, surtout dans les grands théiUres lyriques, comme la Scala de Milan, qui peut étrs considérée comme le type de ceux-ci. La scène est éclairée, par en haut, ;\ l'aide de deux lustres à bouirios, placés l'un à droite, l'autre à gauche. Quant à la salle, elle comporte trois rangs de loges, dont les balcons sont décorés avec goùl, le second rang étant orné d'une série de lyres peintes sans doute lors d'une réparation récente, ol depuis que le théAtre s'était surtout consacré à la représentation de pièces musicales. La maquette, très aimable et très vivante, nous montre ces loges garnies d'un nombreux public. L'effet d'ensemble est tout à fait charmant.
Avec la gouache très curieuse dont on verra plus loin la description el qui, en reproduisant l'éjjisode de l'expulsion des premiers Comédiens-Italiens en 160", nous donnait une vue extérieure de leur théâtre (1), avec 1(> dessin de "VVille fds et cette maquette qui a servi à l'établir, nous pouvons aujourd'hui nous faire une idée exacte, précise, non seulement de l'aspect archileclural de l'ancien Hôtel do Bourgogne, vu du dehors, mais de ce qu'était, intérieurement el extérieurement, cet aimable théâtre de la Comédie-Italienne dans la seconde moitié (in dix-huitième siècle, c'est-à-dire au temps de sa plus grande vogue et de sa plus complète splendeur.
La seconde maquette est ainsi désignée: « Salle du Palais-Royal, construite pour le cardinal de Hichelieu, transformée et occupée par Molière. 1000-1073, puis par l'Opéra, 1673-1703. » Cette salle en effet fut celle que le cardinal, qui, on le sait, aimait beaucoup le théâtre et prétendait en faire lui-même, fit élever dans son palais par les soins de Le Mercier, pour sa fameuse tragédie de Mirmne, écrite avec Boisrobert, et dont la représentation date de 1639. Le succès
(1) loi/. Ch. IX : Estampes, dessins et jwrlraits.
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assez fâcheux de celte pièce le découragea au point de laisser sans destination un théâtre qui était considéré comme le plus beau qu'il y eût alors en France. La maquette nous offre la coupe longitudinale de la scène et de la salle après les modifications que Molière leur eut fait subir non seulement lorsqu'il vint s'y établir le 20 janvier 1661, mais après le remaniement auquel il les soumit dix ans après. Ce modèle nous présente la scène complètemeute nue, sans aucun décor, et meublée seulement des portants destinés à recevoir et à supporter les faux-châssis des coulisses, de sorte qu'on voit les quatre fenêtres qui percent les murs en haut, sur le côté situé à droite de l'acteur, et les deux qui donnent sur le corridor du cintre. On a seulement fait figurer sur la scène deux personnages, deux danseurs, pour donner une idée exacte des proportions. En décrivant ce théâtre, Sauvai dit, dans ses Antiquités de Paris: « La manière de ce théâtre est moderne, et occupe, ainsi que je l'ai dit, une longue salle couverte, et quarrée longue. La scène est élevée à un des bouts, et le reste occupé par vingt-sept degrés de pierre, qui montent mollement et insensiblement, et qui sont terminés par une espèce de portique, ou trois grandes arcades; mais cette salle est un peu défigurée par deux balcons dorés, posés l'un sur l'autre de chaque côté, et qui, commenr-ant au portique, viennent finir assez près du théâtre. « La Bibliothètiue nationale possède un dessin (jui représente la s.ille du Palais-Royal à la suite des transformations dont elle fui l'ubjct d'abord de la part de Molière pour sa troupe, ensuite de la part de Lully pour l'Opéra. C'est d'après ce dessin, document absolument authentique, qu'a été établie la maquette dont il est ici question. On y voit, en premier lieu, que les deux balcons dorés qui la défiguraient, au dire de Sauvai, ont été remplacés par trois rangs de loges qui contournent la salle, et, en second lien, que le plancher de celle-ci a été considérablement exhaussé, puisque, sous les bancs de l'amphithcâtrc, on peut aperc<'Toir les degrés de pierre dont parle l'écrivain et sur lesquels on plaçait des sièges destinée aux nobles invités que le cardinal qugageait à venir voir ch<-z lui la comédie.
La salle du Palais-Royal, rendue publique eu 1661, fut détruite, le 6 avril l'O-'J, par un iucendic qui coûta la vie à deux capucins. Elle avait donc eu une existence active d'un peu plus d'un siècle, et l'Opéra y avait séjourné pendant quatre-vingt-dix ans. Durant les premières années de son occopalion par ce théàln", elh; avait ret«!nli des f: ■» ' - ?ccentH de Lully. et les dernière» lui firent connaître tous les < 'puvre de I{jrnf:.ju Cl). VAU'. vil dooc deux des i)ério(lcH
(l> lUiuviu mourut hs 12 •«•(ittruibre 176i.
— Gales plus brillantes et les plus mémorables de l'histoire de la musique dramatique franraise. Et si l'on songe qu'elle vil représenter auparavant la plupart des œuvres maîtresses de Molière et quelquesunes de Corneille et de Racine, on ])cut dire qu'elle tient une place à part, et singulièrement importante, dans les annales de notre théâtre.
Après celle-ci nous trouvons une reproduction très remarquable de la fameuse Salle des Machines, construite aux Tuileries en l(j(JI. pour les grandes fêles de la cour. Celte maquette, comme la précédente, nous donne, non l'ensemble complet, mais la coupe longitu diiiale de ce théâtre immense et somptueux, qui émerveilla si fort les contemporains et qui ne fut rendu itublic qu'après quatre-vingts ans écoulés. C'est le célèbre architecte-peintrc-mécanicieu italien Yigarani, ([ui, sur l'ordre de Louis XIV, l'édifia pour les représentations des riches ballets dont ce prince était si friand el dans lesquels on sait qu'il ne dédaignait pas de danser en personne. On lui donna le nom de « Salle des Machines, » parce ({u'il avait été aménagé de façon à produire les eil'els matériels les plus fompliqués et les plus surprenants, el à déployer au point de vue scénique une magnificence inconnue jusqu'alors. Il fut inauguré le 7 février 10()2 par la représentation d'un opéra ilalicn de t^avalli, Erco/e avuniti' (Ueirulc amoureux), dont la splendeur stupéfia littéralement les nobles assistants. L'abbé de Pure dans son livre : fdée des sjxflaclea anciens cl nouceaux, publié en 16GS, a donné de ce théâtre une description qu'on chercherait vainement ailleurs; il nous fait couuaitrc SCS vastes proportions, el nous met au courant dos prodiges opérés par le jeu des machines :
lie corjis de la sale est j»arlagé en doux jiarties inégales. La |iicmiore comprend le thc^àlrc et ses accompagneniens. La seconde cunlicnt le it;ir- Icne, les coridors et logps, (jni font face au (héàlre. et (|iii ofcupcnl Ir resle du salon de trois côlez, l'un qui regarde la ctiur. raiilrc \r j.iniiii, et le troisième le corps du palais des Thuileries,
La première jiartie. ou Ir llK-àlrc. qui s'ouvrr jiar une façadi^ t'galcmenl riche el artiste, depuis son ouverlure jusiju'i'i la nuiraille qui fs( du coslé du pavillon, vers les vieilles escuries, a de profondeur vingl-ileux toises. Son ouverture est de Irenle-deux pieds sur la largi.'ur, ou entre les coridors el châssis (|ui régnent des deux costez. La hauteur ou celle des châssis est de 24 i>ifds jus(|ues aux nuages. Par dessus les nuages. jns(|u'aji tiran du comble, pour la retraitt^ ou iioiir le mouvement des machines, il y a 157 jdeds. Sous le plancher ou panjuet du théâtre, pour les enfers, ou pour les changemens des mers, il y a quinze pieds de profond.
C'est sur ces espaces que le sieur Cîliarles Vigarany, outre jdusieurs autres surprenantes machines, en a fait mareher une de (KJ pieds de profondeur sur 45 de largeur, et a eu l;i hardiesse d'y iiorter toute la maison
royalle, et pour le moins 60 autres personnes tout à la fois, avec autant d'estonnement de la facilité de ceux qui le permirent (juc d'admiration de l'assurance de l'entrepreneur et de la beauté de l'ouvrage (1.)
La seconde partie, ou celle du parterre, (jui est du costé do l'apartement des Tuilleries, a de largeur entre les deux murs 63 pieds, entre les coridors 49. Sa profondeur depuis le théâtre jusqu'au susdit apartement est de 93 pieds: chaque coridor est de six pieds, et la hauteur du parterre jusqu'au platfonds est de 49 pieds. Ce platfonds a doux boautez aussi riches que surprenantes, par sa dorure et sa dureté. GoUo-cy est toutefois la plus considérable, quoy que la matière en soit commune et lie peu de prix, car ce n'est que du carton, mais composé et pétry d'une manière si particulière, qu'il est rendu aussi dur que la pierre et quo les plus solides matières. Le reste de la hauteur jusqu'au comble, où sont les rouages et les mouvemens, est de 62 pieds.
Voilà pour les proportions et l'ensemble de l'édifice, et l'on voit que la salle proprement dite était immense. La vue que nous en ofTre la superbe maquetle exposée au Champ de Mars nous la présente en effet comme i^randiose. La scène, de son côté, n'était pas moins vaste, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par les mesures qui précéderai. Six plans seulement s'en trouvent indiqués sur cette maquetle ; mais on sait, à n'en pas douter, qu'elle en comportait bien davantage. Il sufïira d'ailleurs, pour donner une idée de son étendue, de faire connaître la transformation dont elle fut l'objet plus tard, c'est-à-dire lorsqu'après l'incendie qui détruisit l'Opéra en 1703, ce Ihéùtre vint provisoirement, la cour habitant alors Versailles, s'installer aux Toileries en altendaut la reconstruclion de sa salle du Palais-Royal. Sur le seul emplacement de la scène, SouHlot et Gabriel furent alors charités d'élever un noaveaa théâtre qui comprendrait la salle et la scène, et celui-ci était encore assez vasle pour que les deux architectes, se conformanl aux ordres qui leur étaient donnés, pussent reproduire la forme et la distribution du théâtre incendié, « afin, disait lo Alert-ure de Franor, que les locataires des loges s'y retrouvassent dans les mêmes positions sans qu'il fût besoin de passer de nouveaux baux {i). • De la salle Hpécialemeut on fit alors un vaste magasin qui servait à nr-rror et à remiser les décors et le maléricl. C'est ce ihé.'i'rc, ainsi refait, qui, dJ-s que l'Opéra l'eut (juitlé poui' aller s'clablir de U'iuveau au l'alais-l<(jya! (1770), fut occupé j)crulaut dix ans par la Coroédic-Franraise, dont la salle commençait à mc-
fl) On •■•lire en ofr«tqu«', dsn« une Huporho npothc^ote, LouIh XIV no craignit pas d»t ■« fairu enlever ainsi sur unn < gloire • iMitoun^o do nuag)-*.
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nacer ruine; c'est lui qui. en f/SU, servit durant quelque temps à l'exploilalion du nouveau Théùlrc de Monsieur; c/est lui enfin qui, de nouveau transformé pour un nouvel usaiic, devint le sièi^o de la (JonvenlîoQ lorsque cette assonibléo quitta la salle du Manège, oîi venaient de se dérouler les épisodes émouvants du procès de Louis XVI.
Mais nous n'en avons pas tini avec la description de l'abljé de Pure, qui va nous donner que](iues derniers renseit^nenients sur les dégagements et les dépendancps de l'immense salle des Machines :
Les portos praiidfs cl riimnioilfs jxiur les cntrt'i's cl ])0ur les issues, des escaliers pour aller au.t coridors. des (galeries secrètes par où le Hoy, après avoir dancè, peut se retirer dans sa loge praticiuOe au fonds de la sale et au ]»oint de veue du théâtre, toutes ces sortes de commoditez, dis-je, n'y ont pas estt^ oubiicV's. Mais la plus niifinonnc cl la plus aparanle est une jtorto pratiquée du costé de l'aparleuieiit dos Tuilleries, et qui rend dans une petite gallerie et ensuite dans une espèce de loge pour la Reine, où est son haut dais.
La coininodilé ne s'en peut exprimer. Car outre (|ue l'entrée en est iiailiculière. la dis]iosition en est telle (ju'une jjrincesso est. toujours et sans besoin de ses gardes, séparée de la foule par la construction des grilles de fer bien dorées et a])ropriées avec tous les soins, toute rintcUigence cl toute la magnificence possible.
Les ornenicns n'en peuvent point estre lidcllemenl desnrils, car ceux du Ihcàtre sont cliangeans et ne durent iju'autanl (|ue les représentations qui s'y font. Les autres y sont épars avec tant darl et tant (ragreiiicnl. qu'il n'y a (jue les yeux qui puissent satisfaire sur celte curictsité. Je ne puis toutefois passer sous silence les accompagnements extérieurs pratiqués dans le pavillon (jui joint la salle, lanl jtour la commodité du prince, quand il fait (luclriiie balet, (juo pour celle de ses danceurs. Car il y a de grandes salles, de belles chambres, avec les escaliers dégagez, où le Hov, les i>rinces, les dames peuvent s'habiller, et se coëlïer sépan-ment. Les (lanceurs communs ont diverses chambres où ils ]ieuvent placer seurement leurs mannes et leurs habits, <mi ils peuvent changer selon les diverses entrées qu'ils peuvent dancer, sans crainte el sans embarras, et sans souffrir de froid. Les ouvriers ont de grands et s])acieiix celicrs. où ils jieuvent tout le long de l'anm-e travailler ou à des machines nouvelles, ou à la conservation des vieilles. Les brodeurs, tailleurs, ])lumaciers, peintres, faiseurs de mas<|ues et autres ouvriers nécessaires ont des gallas el tout l'air, le jour ellespace (|u'ils |)euveiit désirer ])Our dorer, poindre el sf'cher tous les ouvrages lio leur faeim.
La maiiuctle du ('hanip de Mars nous montre précisément la porte dont labiic de Pure fait un si grand éloge, et qui servait d'entrée particulière à la reine. Celte porte était surmontée de l'écusson royal. Elle s'ouvrait sur un très large espace vide qui s'étendait entre la salle el la scène, et que la reine parcourait évidemment « séparée de la foule, » comme le dit l'écrivain, pour aller joindre
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sa loge. Deux grandes galeries entouraient la salle dans toute son étendue, supportées par une rangée de colonnes et situées à une assez grande hauteur pour que, au-dessous de ia première de ces galeries, et en reirait, pour ainsi dire, on vit sur chacun des côtés ainsi qu'au fond, une sorte de petit balcon divisé en trois parties, qui semblait fiché dans la muraille et qui formait comme trois espèces de petites loges. Tout le reste de la salle était occupé par des banquettes et des gradins qui, au fond, s'étageaient en amphithéâtre et s'élevaient jusqu'à celui de ces balcons qui faisait face à la scène.
Cette salle, d'un caractère vraiment grandiose, ne servit pourtant que pendant peu d'années, et fut assez promptement abandonnée. Il y avait fort longtemps déjà qu'elle restait inutile, lorsqu'on 1738 le fameux architecte et peintre Senandoni, dont le talent tout particulier révolutionna l'art de la décoration scénique, obtint l'autorisation d'y ouvrir son « Spectacle en décoration, » qui attira tout Paris et qui a laissé une trace dans les annales du théâtre eu France. Il représentait là des pantomimes accompagnées de musique, dont l'action n'était guère qu'un prétexte, et dans lesquelles on venait surtout admirer la splendeur des décors et les merveilles de la machinerie. Vers 1742, Servandoni renonça à cette entreprise, puis la reprit, toujours aux Tuileries, depuis 1751 jusqu'en 17-J7. A partir de cette dernii'rc date, il ne fut plus question de la salle de» Machines jusqu'au jour oîi elle fut transformée, comme je l'ai dit pins haut, pour donner asile à la Comédie-Française. Ou a vu ce qu'elle devint par la suite, et que la Convention finit par y tenir ses séances. Ce n'est pas tout. Abandonnée de nouveau ôprès sa courte existence politique, elle fut l'objet d'une dernière ti'iLisforraation. Sur son emplacement, Napoléon I "^ lit construire la chapelle et le Ihéàtrtî particulier des Tuileries, théùlrc oîi, sous son regDR el sous celui de Louis-Philippe, comme sous le second empire, les artistes dos scènes subventionnées étaient appt-lés assez fréquemment à donner de» n-présentations d(;vant le souverain et 8c« invité». (Je théâtre subit le sort du palais lui-ménje et disparut dan» l'incendie de 1«71. Les gros murs, que le feu avait épargnés, ne furent abattus qu'eu iHlli.
L'une des pluM intéresbant^-s parmi ces maquettes, et l'on va voir pourquoi, fat celle qui reproduit la c salle de la ComédioFrançajso, rue Neave-des-FoHsés, aujourd'hui do l'Ancienno-Coniédie, H;«!»-|770. »> Grâce k un deHHin 1res ex;icl de \'Arrhllt:clurr frnnravie de lilondel,
or; " " • ''ier c<î Ihéi^n* iivcc une précision rigoureuse, non
«' '^iii concerne renM«Miibl«' «-t la forme génémlr ainsi
que loM pluH politit déUiilit, maiit ausni relativement aux proporliouH, qui, pour ctiiUi maquetto comme pour les préccdenti-ri, ont été étu-
blics à l'échelle de trois ceulimètres par mètre. Il y a plus : ce ilessiu de Bloudel — et c'est ce qui est particulièrement iutéressaut — ce dessin, auquel il semble que personne jusqu'ici n'eût fait attention sous ce rapport, a permis, ce qu'on n'avait encore jamais essayé, de reproduire avec une précision absolue l'aménaiicment. des banquettes où l'on sait que, sur la scène mômi-, l'crtains spectateurs venaient prendre place, au grand ennui du public de la salle et au grand détriment encore du jeu des acteurs, interrom|)us à chaque instant par l'entrée bruyante d'un j>eutilhomme désireux de se taire remarquer, et gènes dans leurs mouvements par l'excessive exiguïté de l'espace qu'un usage absurde laissait à leur disposition.
On sait en ell'et ({u'au dix-septième siècle et pendant une bonne partie du dix-huitième, le public était admis sur la scène de la Comédie-Française, embarrassée ainsi par une foule de gens de condition : courtisans, petits-maîtres, grands seigneurs, financiers, qui venaient là non pour jouir personnellement du spectacle, mais pour se donner en spectacle eux-mêmes et se montrer à cette place, d'autant plus recherchée par eux qu'elle coûtait plus cher que les autres. Molière, qui ne laissait échapper sans le fouailler aucun ridicule, a daubé celui-ci dans les Fâcheux, avec sa verve ordinaire, en présence de ceux mômes qui s'en rendaient coupables; on se rappelle ces plaintes ironiques d'Ergasle :
J'étois sur le thôàlre en humeur d'écouter La j)ièce, qu'à plusieurs j'avais ouï vanter; Les acteurs commençoient, chacun prèloit silence, Lorsque d'un air bruyant et plein d'extravagance, Un homme à grands canons est entré bruscpicment En criant: Ilolàl lu) ! un siège prom])tement! El, de son grand fracas surprenant l'assemblée, Dans le jdus bel endroit a la jnèce troublée.
Tandis (juo là-dessus ju baussois les épaules, Les acteurs ont voulu continuer leurs rôles : Mais rhommc pour s'asfeeoir a fait nouveau fracas, I",t, Iravi^rsant oncor lo tli(''à(ro à grands pas. Bien (juo dans les côtés il put être à son aise, Au milieu du devant il a planté sa chaise, El, de son large dos narguant les spectateurs, Aux trois quart» du partorro a caché les acteurs.
Cola se passait ainsi du temps de Molière. Plus tard sans doute les chaises furent interdites, et les /loseurs d'alors durent se contenter des banquettes qui leur étaient réservées. Mais si notre bis-
toire théâtrale a enregistré cet étrange et ridicule usage des banquettes sur le théâtre, on ne savait pas au juste, jusqu'ici, comment elles étaient disposées et quel aspect elles offraient sur la scène. C'est justement là ce que le dessin de Blondel a permis d'établir et de reproduire avec précision, et ce qui nous vaut une vue exacte de la scène de la Comédie-Française telle qu'elle était occupée à la fois par les acteurs et les spectateurs. L'avant-scène se prolongeait dans la salle fort en avant du manteau d'arlequm, et les banquettes, dont on trouvait cinq rangs de chaque côté, disposés eu longueur, commençaient à la rampe, très serrées les uues contre les autres, pour s'enfoncer jusqu'au second plan de la scène, mais en s'espaçant alors considérablement, de façon que l'espace laissé libre aux acteurs prenait la forme d'une sorte de grand, entonnoir dont l'orifice était précisément devant la rampe. L'effet produit était exactement celui-ci :
AvaiU-Kène et rampe.
Sans parler du bruit qui les importunait, do la distraction ({ui leur étiiil cauHÔc, on devine, malgré la balustrade qui s'étendait devant cette double rangée de biiiiqui;lleH, combien une telle diHpuuition devait être gènaulc pour b*H acteurs, dont tontes les entrées et sorliefi devaient s<- faire forcement pur le fond, et dont les mouv<;nieut.s étaient Hingulièretnent entravés par le rétrécisHeniciit de la sci'iio. Il faut remarquer au^isi qu'on ne pouvait point baisser le rideau, la présenc* de c*-a Hottes banr|iiell«H en rendant la dt-sccnle iinpos- •iblc D'autre part, <'l dans ces «-ondilioDH, coninicnt .s'opéraient les chiingementa de décur7 c'et^t ce que je nu saurais dire. Il csl pro-
hable qu'alors on faisait momenlanéraent évacuer la scèue par ces speclalours importants autant qu'importuns (1).
La salle avait trois rangs de loges. Au premier rang, les deux loges du roi et de la reine, faisant saillie et formant balcon, ornées des armes de France, se faisaient vis-à-vis (2). Elles touchaient la ramjjc de chaque côté de la salle, précédées de deux loges (jui terminaient la rangée en «'avançant jusqu'au manteau d'arlequin. Deux lustres, placés précisément en dehors de ce manteau d'arlequin, éclairaient le devant de la scène, comme à la Comédic-Ilalicnne. L'aspect général était du reste flatteur à l'œil, à la fois noble, gracieux et élégant, -et le tout était couronné par un beau plafond, œuvre du peintre Bon Boulogne, que les connaisseurs tenaient en très haute estime.
Comme il arrivait alors pour tous les théâtres, celui-ci avait été élevé sur un ancien jeu de paume, dit jeu de paume de l'Ëtoile, dont le terrain avait été donné par Henri IV à Louis Audran, fameux maître paumier avec qui ce prince jouait souvent. C'est l'architecte Françoi's Dorbay qui avait été chargé de sa construction, et le total des dépenses s'était élevé à l!tS,233 livres, iO sols, G deniers, dont G(),()UO livres pour le seul achat du terrain. La salle avait été inaugurée le 18 avril 1080 par un spectacle composé de Phèdre et du Médecin malgré lui, et la recelte avait été de 1,870 livres. Klle tombait presque en ruines lorsque l'Opéra ([uitla les Tuileries pour retourner au Palais-lioyal, dans le nouveau théâtre que Moreau lui avait construit presque sur l'eniplacement de celui récemment détruit par le feu. En attendant qu'on lui construisit à son tour une nouvelle demeure, la Comédie-Franraise vint alors remplacer l'Opéra aux Tuileries, oii elle donna son premier spectacle le 23 avril 1770. Peu
(1) Voici ce que Blondel iui-raème dit à ce sujet, en reproduisant les
plans et les dessins do colle salle de la ConiL'die-Françaisi' : — >■ Ces
places tiennent le i)remier rang dans ce speclacle, et dans celui de la Coniédie-Ilalienne ; il n'y en a point à rOjiéra à cause des changumens continuels et des machines, qui font un des principaux mérites de ce ypeclacle. Sans doute que le goùl que la nation française a pris jtour le théâtre dont nous faisons la descrijdion, tant jiour l'excellence de nos pièces dramatiques que pour la supériorité des acteurs, est la cause que les comédiens françois ont supprimé leurs machines, cette salle étant devenue beaucoup trop j)elile pour le nombre des spectateurs, ce qui les aura déterminés dans la suite à multiplier les places j)ar ces bancs placés sur le théâtre; de manière (jue ce théâtre esl réduit à If) jiieds sur le devant et à M dans son extrémité opposée. » — (Archilcclure fratv^aise, 175'2, t. H.)
(2) La loge du roi était à droite du spectateur, celle do la reine à gauche.
— code jours auparavant, elle avait clôturé ses représentations à la rue Neuve-des-Fossés en jouant Beverleij et le Sicilien, avec une recette de 2,3o0 livres. Cette salle de la rue Xeuve-des-Fossés avait donc vécu quatre-vingt-un ans, presque jour pour jour (1).
De l'architecture théâtrale nous allons, avec une cinquième maquette, passer à la machinerie. Dans un autre ordre d'idées, celle-ci n'offre pas un moindre intérêt , et cet intérêt se double du caractère en quelque sorte mystérieux qu'elle revêt à l'égard de ceux — et le nombre en est grand — qui n'ont pas eu l'occasion de se familiariser avec le plancher scénique et qui du théâtre ne connaissent que la partie située en dehors de la rampe, autrement dit la salle. Cette nouvelle maquette nous présente donc, non plus la reproduction réduite d'un de nos anciens théâtres, mais un modèle, extrêmement curieux et d'une fidélité scrupuleuse, de machinerie théâtrale telle qu'on la comprenait jadis. Il portait l'indication que voici: 0 Machinerie théâtrale ixvii'' — xviii* siècle). Modèle construit par M. C. Philippon, sous-chef machiniste à l'Opéra. » Ce petit chef-d'œuvre de mot n'a rien d'excessif) a été établi d'après un dessin inspiré lui-même par les gravures de VEncjjclopcdie, dont on connaît la précision et l'exactitude. Il n'est plus ici question de salle ni de public r en nous plaçant devant cette maquette, nous formons en réalité nous-même le public, nous sommes comme le
(1; Le jour do la clôture, et suivant un iisagu qui subsista jusqu'à la Révolution, l'un des comédiens, d'Allainval, adressa au public un compliment dont voici le texte :
«f Messieurs, NiThéàtre François touche enfin à l'époque la plus flatteuse qu'il pouvoit espérer. Le gouvernement daigne fixer un moment son attention sur lui, et s'occuper des moyens de faire élever un monument digne des chef-<-d 'œuvre des hommes de génie qui vous ont fait l'iionimago de leur» veilles. La scène lyrique vient d'offrir à vos yeux les ressources de l'ai 'ire. Vous avez rendu justice au travail de l'artiste célèbre
(M. M.v.-:...i qui '• ■■• '• courage de s'écarter des routes d'une imitation itervile, et qui a 'Z heun-ux pour vous plaire en osant innover. Il
est t«inps que le théâtre national jouisse des mêmes avantages ; il est temps que les mânes do Cortieillu, de Racine et de .Molière viennent
corr' ' - ' ^' — - — : ■ -• dont ce théâtre est susceptible et nous dire :
• \ , aimons à être honorés; » il est temps enfin de
faire cesser les reproches très fondés des autres nations, jalouses de la gloire de la ' imés depuis longtemps à votre bienveillance,
n' ■ -- - ' I ,|(,H preuves de notre eni|ireHS0-
ni' . ^ ' de vos suifrages. C'est dan» ces
•€. < que nous quittons un théâtre où volis avez tant de fois secondé
nos clforU. I' de la plut vivo reconnoissance pour In bonté dont
vou< ' '-n demander la continuation
«iir 1.1 r. *
spectateur assis dans sa stalle, et nous avons devant les yeux, le rideau étant levé et le décor t''quipé (ce qui veut dire en place), la scène d'un grand théâtre machiné, dont on a découvert à notre intention, pour nous les montrer en même temps, les dessus et les dessous. C'est-à-dire qu'avoc le théâtre proprement dit, nous voyons en haut, le cintre, et en bas, le premier et le second dessous, soit les deux étages qui s'enfoncent sous la scène, avec tous les engins qu'ils renferment et qui servent à la manœuvre des ilécors : treuils, chariots, faux-châssis, cordages et le reste, chacun à sa place et prêt à remplir son ofiice.
Beaucoup moins compliqué que celui qui est en usage aujourd'hui, le système de décoration employé aux ileux derniers siècles était non seulement simple, mais uniforme. Los procédés ne variaient guère, par conséquent, en ce qui concernait la machinerie, et le changement des décors s'opérait toujours de la môme façon. Si les machinistes alors faisaient preuve en certains cas d'initiative et d'invention, — et il n'y a pas à en douter, — c'était uniquement en ce qui concerne les autres elTcts scéniques, tels que vols, gloires, transformations, apothéoses, (rues de toutt> sorte, dans l'organisation (lesquels ils trouviiient le moyen d'exercer leurs talents et leurs facultés particulières et d'exciter l'étonnemenl èl l'enthousiasme du public. '.)uant à la manœuvre des décors, elle n'exigeait de leur part aucuns frais d'imagination, étant toujours, je l'ai dit, semblable à elle-même, et ne laissant aucune place à la nouveauté, à linédit, à l'imprévu ( Ti. M. Cli. Nuittcr, l'excellent archiviste de l'Opéra, qui
(1; Les chefs macliinislcs do rOjx^ra, alors ilt\j;i comme aujourd'hui, étaient tenus pour de vérital)les artistes en leur gonro, et jouissaient d'une véritable considération. Je n'en voudrais pour preuve que ce petit document relatif à l'un d'eux, qui occupait ce poste en 1749 ; c'est un n brevet de compositeur des machines dos théâtres pour les spectacles et festos royales on favour du siour Arnoull. - dont voici le toxlo :
Aujourd'liuy l'J mars 1749 le Roy étant à Versailles, mettant en considération les lalcns du S' Biaise Henry Arnoull et son application suivie aux méchaniques et particuliëremcnl pour loultes les différentes machines qui s'emploient, qu'il a non-seulement perfectionnées, mais dont il a invente la plus grande partie de celles acluellcmenl en usage, et qui ont principallenicnl contribué à l'embollissement des festes et spectacles qui ont été données par Sa Majesté et exécutées en sa présence, ainsi que des spectacles publics, et voulant récompenser le S' Arnoult de ses travaux et du zélé qu'il fait paroîlre dans toutes les occasions où il est employé pour le service de Sa Majesté, la retenu et retient pour et en qualité de compositour et conducteur des machinos des théâtres et fcsles royales qui seront ordonnées et représcnléos en j)ré8encc de Sa Majesté, veut et ordonne qu'on la dille qualité il jouira à commencer du 1" janvier de la présente année, do :<,<K>f( livres dappoinlements et qu'il en soit payé par chacun an sa vie durant sur 8C8 simples quittances par les gardes du trésor royal prosens cl à venir sui-
a été l'un des agents d'organisation les plus actifs de l'exposition théâtrale du Champ de Mars, l'a rappelé brièvement en un article publié à ce sujet dans le Journal officiel et auquel j'emprunte ces quelques renseignements :
. . . Les décors en eux-mêmes étaient peu compliqués et d'une plantation toujours uniforme. La perspective en était régulièrement établie d'après un point central placé au fond du théâtre. Les châssis (de coulisses) diminuaient progressivement de grandeur, au point d'avoir à peine deux mètres de haut aux derniers plans. Que l'on représentât un paysage ou un palais, c'était la même symétrie, et au fond, rétréci et abaissé, ce n'était même pas un rideau, c'est un simple châssis qui fermait la décoration.
Avec ces décors dont le poids était peu considérable, le système de machinerie pour opérer les changements à vue était ingénieux et d'une extrême simplicité. Il a été reproduit très exactement par M. Philippon, «ous-chef machiniste de l'Opéra, d'après un dessin conservé aux Archives nationales. Ce modèle en menuiserie, muni de ses cordages et de ses machines, nous montre, à une échelle de quatre centimètres pour mètre, ce qu'était au dix-huitième siècle la machinerie de l'Académie royale de musique. A chaque plan et de chaque côté sont installés deux faux-châssis destinés à porter les décorations; un treuil placé dans le dessous fait avancer l'un de ces faux-châssis en même temps qu'il fait reculer l'autre.
Celui qui a reculé est revêtu dans la coulisse d'une nouvelle décoration et tout prêt à reparaître au signal, par un mouvement contraire, quand un nouveau tour de treuil fera reculer à son tour celui qui a avancé. Ce mouvement de va-el-vient, se reproduisant dans les dessus, faisait alternativemeat descendre et monter les plafonds et suiTisait pour produire des changements à vue complets. C'est ainsi qu'à l'Académie de musique les opéras ont pu se jouer, depuis l'origine jus^qu'à hi Restauration, sans que l'on baissât bs rid»fau. Il n'y avait de véritable entr"actc qu'entre l'opéra et le ballet. La Muette de Porlici, représentée en 1828, fut le dernier ouvrage auquel on appliqua ce système.
Il y a loin de là aux « plantations » irrégulières cl étonnamment compliquées que l'on voit aujourd'hui , doublées de praticables de toutes sortes, comme celles, par exemple, que nous oflrent le (juatrième acte de Faïut, le premier aclo de l'nlrie, et particulièrement le lroisiJ;me acte du Trilml de Zamora. Ce n'est pas, cependant, que certains essais n'aient été tentés eu ce sens, et avec un grand succès. Il 7 n plus de cent cinquanlo ans, Servandoni, dans son Spectacle en décoration ni joslemenl célèbre cl que je signalais tout h l'heure, voire même à l'Opéra, avait fait preuve sous co rapport d'uno
Tant lc« é(«U on ordoniuncofl qui en Mroat eip6diéi,0D vertu du prénonl tirevot q 7- fie Ha main i-l fait conlro-
■I», - 'iiii.infUTnciiH cl linancc.
Mtui êtffiu : Ujl :
i'HRI.II>l>AUS.
grande initiative, et. \h)ut varier les effets, s'était efforcé de combattre la régularité dont on ne se départait guère alors. Pour cela, il imagina de présenter des perspectives obliques, en même temps qu'il donnait" plus d'clcvalion aux seconds plans^ de façon à faire deviner au spectateur les parties de la construction qu'il ne voyait pas, et à produire, sur un espace restreint, une impression de grandeur impossible a obtenir avec les décors tels qu'on les comprenait en France à cette époque. Mais l'exemple de Servandoni ne fut pas suivi, du moins chez nous, et les mêmes errements se perpétuôrent. Pour le décor, comme pour le costume, il faut arriver à la période (lu romantisme pour voir l'effort do tous briser les anciennes coutumes ol rechercher le naturel et la vérité par tous les moyens possibles.
Revenons-en ;\ la maquette charmante de M, Philippon, qui nous montre la scène de l'Opéra dans l'état oh elle était il y a cent cinquante ou deux cents ans, avec ses sept plans réguliers, et tout son matériel de machinerie, fonctionnanl là comme sur un vrai Ihéàtro. Ce modi'le est exécuté avec tant de soin, de délicatesse et de précision, qu'en le visitant de nouveau aux Archives de l'Opéra, où il est aujourd'hui déposé, j'ai pu, en faisant avec un doigt tourner le treuil placé dans le premier dessous, faire manœuvrer le système et opérer le changement de décor. On ne saurait adresser trop d'éloges à l'auteur de co petit tiavail, qui y a fait preuve d'autant de goût et de savoir que de i)atience et d'exactitude (1).
(1) Les cinq maquettes dont je viens de donner la description ont pris place aujourd'hui aux archives de l'Opi^ra, ainsi que les trente-six ma(|UPlte8 de dc'cors qui entouraient la rotonde de l'exposition thtîàtrale et qui à cette heure ont fait retour dans leurs tiroirs. En effet, les maquettes, au nombre de prés de deux cents, qui représentent en ce moment la collection complète des dt^cors faits à l'Opt-ra depuis l'inauguration de la nouvelle salle du boulevard des Capucines, peuvent se re])lier sur elles-mêmes et, sans crainti-- de détérioration, être emmagasinées dans dos tiroirs; on en distrait seulement quelques-unes, une douzaine environ, qui sont journellement exposées au musée attenant à la bibliothèque publique. Quant aux mnquoftf^s do tliéàtres, qui sont do véritables petites conslniclions en miniature, elles doivent forcément rester dans leur état naturel. Mais pourquoi ne les introduirait-on pas au musée, au lieu de les laisser dans les combles du monument, où la poussière et le manque de soins les mettront vite en un piteux étal? Lour transport du Champ <lo Mnrs à l'Opéra, fait sans doute dans des conditions peu favorables de troji grande rapidité, n'a pas été sans causer à une ou deux d'entre elles quelques avaries ; lo mal n'est pas grand toutefois, et serait facilement réparable- Mais puisqu'on s'est donné tant de peine pour faire une l)csogne si intéressnnlo, puis(|u'on a dépensé tant d'intelligence pour reconstituer avec un rare bonheur des documents matériels dignes d'un si vif intérêt et
Pour terminer ce qui concerne cette partie si neuve et si intéressante de l'exposition théâtrale, je n'ai plus à signaler qu'une dernière maquette, et celle-ci n'est que celle, d'un décor, semblable à toutes celles dont j'ai eu l'occasion de parler précédemment. Mais ce décor est absolument adorable, et il nous reporte à plus de deux cents ans. car celte maquette était ainsi signalée : « Décor de Psyché, tragi-comédie de Molière, Corneille et Quinault (1671), exécuté pour la reprise de 1684 à l'hôtel de Guénégaud, par Joachim Pizzochi. ù Ce Pizzochi, qui était assurément un artiste de talent, avait construit ce décor d'après les données précédemment établies par son célèbre compatriote Vigarani ; au point de vue de l'agencement et de l'efTet, c'est un vrai chef-d'œuvre, plein de grâce et de poésie, et d'une couleur charmante. La maquette qui le reproduit appartient à la Comédie-Française, et a pris place aujourd'hui dans ses archives.
dont l'utilité historique n"a pas besoin d'être démontrée, je demande encore qu'on leur donne place au musée, qui ne saurait rien contenir de plus précieux et de plus véritablement curieux. Il est certain qu'en aucun autre pays on ne saurait trouver quelque chose d'analogue. C'est une raison pour en faire montre et ne le point cacher.