‹ Le théatre à l'éxposition universelle de 1889; notes et descriptions, histoire et souvenirsChapitre 4 sur 21 · LES AUTOGRAPHES · texte numérisé non relu

LES AUTOGRAPHES

Les autographes sont assez nombreux au Champ de Mars; mais, chose assez singulière! on n'en trouve que de musiciens, et aucuns de comédiens ou auteurs dramatiques. La Comédie-Française, pourtant si riche sous ce rapport, n'a pas jugé à propos d'ouvrir ses archives, tandis que l'Opéra, sans faire de folies, a fait cependant passer sous nos yeux un certain r. ombre de choses intéressantes, particulièrement des fragments de musique de grands compositeurs. Puis, la maison Pleyel a exposé quelques lettres de musiciens, dont je serai à même de donner certains échantillons. Ces lettres ont trouvé place, non dans la rotonde de l'exposition théâtrale, mais dans une salie du rez-de-chaussée du palais des Arts libéraux, où l'on avait étalé, pêle-mêle et sans aucun ordre, une foule d'objets relatifs à la musique et au théâtre. Au milieu de cette salle, une grande vitrine contenait surtout de véritables richesses, dont je vais dresser l'inventaire à peu près complet. Le voici :

Copie de deux rcMes, l'un du Sicilien, de Molière, l'autre de Judith, tragélie de l'abbé Boyer représentée en Hido, faite au dix-septième siècle par Lapierre, souffleur de la Comédie-Française, pour Guérin, second mari de la veuve de Molière ; — Manuscrit du souflleur de la Femme dCintrifjues. comédie de Dancourt représentée en 1G92 ; — Partition autographe de Don liruschino, farsa de Rossini représentée à Venise en 1813 (appartenant à M°"" la princesse Poniatowska); — Couplels de .ï/r/rco .S';^«rf«, aulographc d'Auber; — Leltr.' autographe d'Halévy; — Psaumes de Marcello, impression musicale de Fortiuicano Rosali (Venise, 1720) ; — Partition d'Atys, opéra do Lully, repré- «enlc en lO'C, impression musicale de Ballard (lOSU); — Fragment autographe de la partition de Zampa, d'Horold; — // Porno d'oro, • festa teatrale di Francesco Sbarra » (poème avec gravures, Venise 16fi8); — enfin, une collection unique cl singulièrement j)récieuso de poifjçons de musique <lu dix-septii'ine sièclr, ayant servi à frapper les matrices d«;.s caractères de typographii- musicale; ces poinçons. qui appartiennent aujourd'hui à U Société des imprimerieH réunies, et dont mon vieil ami Wekerlin a tracé naguère l'Iiistorique dans un des comptes rendns de la Sociélc des compositeurs de musicjue, proviennent di- l'ancienne imprimerie musicale des Ballard, si célèbre de père ou (ils pt-pdanl plus d'un siècle et demi.

Voici le l«-xte de la lettre d'Halévy mcnticmnéi' ci-do9flU8 ; elle me parait MdrcHséc au critique et vaudevilliste Kdouard Mounuis, qui

fut son ami et celui de sou frère et qui, à la mort de l'auteur lic la Juive, publia sur lui une étude intéressante (F. llalévij, souvenirs d'un ami, pour joindra à ceux d'un frère) :

Mon cher Kdouard,

Je voudrais bien venir vous voir et vous entendre, et je t'assure bien que ce n'est pas le di^sir qui m'en man(jue ; mais je me suis mis aux arrêts forcés. Je fais infiniment de notes, ])laise au ciel que ce soient de bonnes notes ! Je ne sors que le moins que je peux, et puis en ce moment les n^pétitions de Strndrlla, qu'on va tbmner la semaine prochaine, m'occupent beaucoup. Je ne crois pas pouvoir venir dimanche, nous aurons très probablement rt^prtition ponérale ; j'en suis même contrarie^ jiour toi. car dans Slrudella nous employons les enfants. Mais je tâcherai de trouver moyen de concilier mon devoir avec l'amitii^. Il est avec le ciel «les accommodements, ce serait bien le iliable s'il n'y en avait pas aussi avec les compositeurs de musique. — Mes s(eurs, victimes de mes travaux. rof;retteut bien sinctTiMiienl de n'avoir pas jiroiitt'- davautajîe de tes bonnes intentions. — Au lovoii-, mon cher Edouard, embrasse ]iour moi M""-' Edouard, si idlc y consent, et dis-lui combien je l'aime. .Xmitii^s à toute la famille.

i". llvi.KVV (1).

Dans une autre vitrine do la môme salla, ou a plucé deux Icltres auloii^raphos de Beethoven et de Haydn, en yjoii;nant leur Iraduction, et dans une autre encore on a groupé cinq lettres autographes de Boccherini, Berlioz, Dussek, Meyerbeer et Hunnncl, avec un petit billet d'Herold enfant. Je reproduis celui-ci avec ses incoriections, tout ce qui sort d'une pareille plume étant historiquement inléressaat; Herold était alors élève à la pension Hix, fameuse à cette époque, et âgé sans doute de dix à douze ans :

l'aris, ce jeudi 4 (ierminal.

Mon cher ami,

Je ne suis point fâché contre toi : ne le soit pas contre moi de ce que je ne t'ai pas écrit ])lulnt. J'espère pouvoir t'écriro plus souvent à la venire. On va fêter les dimanches à la pension.

Présentes mes respects à tes parents.

Duberpier conte t'écrire bientôt.

Je suis ton ami,

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