‹ Le théatre à l'éxposition universelle de 1889; notes et descriptions, histoire et souvenirsChapitre 5 sur 21 · V. llEUoi.It · texte numérisé non relu

V. llEUoi.It

Le i Germinal.

(Il Slradella, opéra de Niedcrmc^cr, ayant clé représenté le 3 mars 1837, nous fiTC 5ur la dalo approximative de cette lettre. Ilalôvy travaillait sans doute à la partition de (iuUio et Gineira, qui parut à l'Opéra le 'J mars \H'M.

Voici, d'autre part, la traduction de la lettre de Beethoven, adressée par lai à son éditeur et ami l'excellent compositeur Camille Pleyel, qui a rendu son nom si fameux dans la facture française de pianos :

Vienne, 26 avril 1807.

Mon cher et honoré Pleyel,

Que devenez-vous, vous et votre famille.' J"ai déjà eu souvent le désir d'aller vous voir, mais jusqu'ici cela ne m'a pas été possible; la guerre en a été la cause en partie. S'il faut que cela continue à être un obstacle, ou si cela doit durer longtemps, on pourra ne jamais voir Paris. Mon cher Caraillus, c'était le nom, si je ne me trompe, de ce jeune Romain qui a chassé de Home les Gaulois barbares. A ce prix, je voudrais bien m'appeler ainsi, pour, les chasser de partout où ils ne sont pas à leur place. Que faites-vous de votre talent, cher Camille? J'espère que vous ne le gardez pas pour vous seul, je pense que vous en faites quelque chose de plus. Je vous embrassç tous les deux de cœur, le père et le lils, et j'espère qu'en plus des choses commerciales que vous avez à m'écrire, vous me direz beaucoup de choses sur vous et votre famille.

Adieu, et n'oubliez pas votre véritable ami,

Peethoven (l).

Les autogfiiphcs de musique élalés dans doux des vitrines de la rotonde présentent un doublf et considérable intérêt ; d'abord parce qu'ils émanent d'artistes illustres, ensuite parce qu'ils se composent de morceaux ou fraj^monts de inorce;iux complètement inconnus, c'est-à-dire coupés par les auteurs pour obéir à certaines considérations scéniques, avant môme la représentation dv leurs ouvrages. Los archives de l'Opéra sont très riches et très curieuses sous ce rapport, car on y a conservé ainsi nombre de pages musicales qui faisaient partie de c<'rt;iins cho[H-d'(Puvre, qui n ont jiimais été entendues à la sci'ne, ayant dû être sacrifiées à l'ellet d'i'nsemblc. ft dont la valeur particulière eut peut-être très grande néanmoins.

Voici la li.ste des autograpb<'8 que nous trouvons ici. Fragment inédit d'X/i-/ya/;«, dernier ouvragr dramatique de Chcrubiui; ouv(m-

(I) Voici enlin un pistil bilb-t (^niKmati(|iii: du fameu.x pianiste Dussok, écrit en francaiH et que j<i rciiroduix à cause <le sa Hin^ulnriti* :

" .Mon cher ami,

• Jq vous fiovoie ci-inclus quinzu louii ; c'est tout ce que je possède dans CQ mooienl. Tâchez d'envoyer cela tout de suite, car cotte ftunmo uNt une di«bl<'s«e incarnée.

i> Votre ami,

lure inédite de Méluil; fragment inédit de Zerline ou la Corbeille d'ofonges, d'Auber, dont le rôle principal fut la seule création française de M"" Alboni; deux fragments inédits de Guillaume Tell, de Rossiui; fragment inédit de la Juive, d'Halévy ; deux fragments inédits de Robert le Diable, de Meyerbeer; fragment inédit des Hufjuenots, de MeyorbeiM'; fragment inédit de la /•"a?'or/7<', de Douizctti ; deux fragments de Cinq-Mars, opéra inédit de Meyerbeer.

On sait que Meyerbeer écrivait toujours beaucoup plus de musique qu'il n'en fallait pour ses ouvrages, sachant d'avance qu'au cours des études il sérail obligé à dos sacrifices impoitants; c'est ainsi que pour l'Africaine, par exemple, on put, après la publication de la partition princeps, en publier une seconde, uniquement formée des morceaux, au nombic d'une vingtaine, (\n'\ navaienl pu trouver place a la reprcsentation. Pour avoir été moin s abon lant en ce qui concerne liohert et les Huguenots, il en fit assez cependant pour se voir dans la nécessité de retrancher certaines pages très importantes, mais dont l'exécution aurait nui à l'équilibre et à l'harmonie générale de ces ouvrages. Pour Robert, les fragments supprimés comprennent : un air de Bertram. un entr'acte, divers épisodes de la scène des Nonnes, un chu>ur dit du « Tournoi ». des chœurs, des airs de danse, etc. Pour les Huguenots, il y a davantage encore : au premier acte, une entrée pour Marcel, un air de Valentine, une scène d'orgie avec récitatifs; au second, un grand air de Saint- Bris; au troisième, un monologue, un choral et un air de Valentine; au quatrième, un récitatif de Valentine et de Saint-Bris; enfin, un pas de six qui. pas plus (jue le reste, n'a jamais été exécuté. C'est parmi ces fragments qu'ont été choisis ceux qui figurent dans les vitrines du Champ de Mars. Mais les plus curieux, sans contredit, sont ceux de l'opéra intitulé Cinq-Mars, dont le public aura vu le nom pour la première fois. Qu'(^st-ce que ce Cinq-Mars? Par qui le livret en a-t-il été écrit? .\ quelle époque Meyerbeer s'en occupa-t-il? La partition en fut-elle achevée ? A quel théâtre cet ouvrage était-il destiné? TeMes sont les questions que je me posais au sujet de cet opéra, dont, pour ma part, je dois dire que jusqu'à ce jour je n'avais jamais entendu parler, et dont j'ignorais jusqu'au titre. Blaze de Bury, l'aïui intime et le collaborateur du maître po"r un autre ouvrage, la Jeunesse de Gœllie, qui, quoique fait, celui-là, terminé, j)arachevé, n'a jamais vu la lumière de la rampe, Blaze de Bury semble n'avoir pas eu lui-même connaissance de ce Cinq-Mars, car il n'en a jamais, que je sache, soufflé mot dans aucun des articles si nombreux qu'il a consacrés à Meyerbeer, non plus que dans le livre important qu'il a publié sur lui. Il y avait là un petit mystère qui valait la peine d'être éclairci, étant donné qu'il se rattache à l'existence et à la carrière d'un artiste aussi illustre que l'auteur des

Huguenots et du Prophète, et dont je désirais avoir la clef. J'ai fini par y réussir. Cinq-Mars est un opéra dont, vers 1837, Meyerbeer avait commencé à écrire la musique sur un livret qu'il tenait de Planard. Mais cet ouvrage, entrepris par lui sans enthousiasme, au lieu de l'exciter semblait refroidir son inspiration; soit que le sujet, quoique éminemment émouvant, soit que la façon dont il était traité ne convînt pas à la nature de son tempérament musical, il n'y trouvait pas les éléments d'un poème dramatique tel qu'il le comprenait, tel qu'il le désirait pour l'Opéra, et finalement il renonça à l'achever, sans doute au grand déplaisir de son collaborateur. A sa mort, les morceaux qu'il en avait composés furent trouves dans ses papiers, et il y a quelques années un libraire fort important de Berlin, M. Liepmannssohn, les annonçait en vente dans un de ses catalogues. M. Nuitter, quoique informé du fait, quoique toujours à l'affût des choses qui peuvent intéresser les archives de l'Opéra, dont il est le gardien si vigilant et si avisé, ne jugea pas à propos de faire aucune déœarche à ce sujet, pensant qu'un tel objet mis en vente à Berlin, patrie de l'illustre compositeur, devait avoir trouvé sur-lechamp dix acquéreurs pour un. Cependant, ayant eu, peu de temps après, l'occasion d'écrire à M. Liepmannssohn pour une autre affaire, il le pria de lui apprendre en quelles mains étaient tombés les manuscrits de Cinq-Mars, et il fut fort étonné de se voir répondre qu'ils n'étaient point vendus. Il entra alors en pourparlers pour cet objet avec M. Liepmannssohn, qui se montra disposé à modérer ses prétentions en faveur de rOj)éra, et comme l'administration des Beaux-Arts avait en ce moment quelques fonds en réserve, M. Nuitler fut assez heureux pour acquérir, au prix de quinze cents francs, ces iotéressants manuscrits. Telle est, dans ce qu'on en peut connaître aujourd'hui, l'histoire du Cinq-Mars inachevé de Meyerbeer. Et voilà pourtant à quoi servent les autographes : à nous mettre sur la trace d'œuvres importantes et ignorées de certains grands hommes, dont sans eux nous n'aurions pas eu connaissance ! Et quand on pense qu'il y a à peine un demi-siècle que les biographes et les historiens font état d'une source d'informations si précieuse et si précise ! Je n'en ai que plus do regrets, en ce qui me concerne, que la Comédie-Française n'ait pas eu l'idée d'ouvrir ses archives et d'en tirer, pour les exposer au (Jhamp de Mars, ne fût-ce que quelques-unes des lellrcs si intéressa oies qu'elle possède certainement en si grand nombre.

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