IOÔ LE THEATRE A LA MODE
culièrement aux dames, à Y ours, aux flèches, aux éclairs, aux tremblements de terre, etc. Il choisira pour son théâtre un protecteur avec lequel il ira recevoir les cantatrices arrivant du dehors, et dès qu'elles seront arrivées, il s'occupera de l'installation de leurs perroquets, chiens, oiseaux, père, mère, frères, sœurs, etc. Il recommandera au poète d'écrire des scènes de force; celle de Y ours, sera toujours à la fin d'un acte et l'opéra devra se terminer par un mariage, comme c'est l'usage, ou par la reconnaissance d'un fils que les oracles feront découvrir au moyen d'étoiles sur la poitrine, de bandelettes quelconques, de signes sur le genou, sur la langue, sur les oreilles, etc.
Quand le poète lui aura remis le livret de l'opéra, il ira d'abord, avant même d'en avoir pris lecture, le faire voir à la prima donna qu'il priera de vouloir bien l'entendre. Si elle y consent, devront aussi assister à la lecture le protecteur, l'avocat, le souffleur, le portier, un comparse, le tailleur, le copiste, Y ours, le domestique du protecteur, etc. Chacun d'eux émettra son opinion, désapprouvant ceci, cela, et le directeur répondra gracieusement qu'il fera remédier à
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tout. — Il remettra le poème au maître de chapelle le quatrième jour du mois, en lui disant qu'il faut absolument que l'opéra soit mis en scène le douzième, et que pour y parvenir; il ne doit pas se préoccuper des fautes de quintes, d'octaves, d'unissons, etc.
Avec les peintres, les tailleurs, les danseurs, il passera un traité par lequel il leur accordera une somme fixe par opéra, mais il n'aura aucun souci de savoir s'il est bien servi, car il a toute confiance dans la prima donna, l'intermède, Yours, les flèches et les tremblements de terre.
Le rôle de fils sera toujours confié à un acteur qui aura vingt ans de plus que sa mère.
Le directeur aura sans cesse devant les yeux, avec le manuscrit de l'opéra, une clepsydre, de la ficelle et un boisseau pour mesurer la longueur et la quantité des roulades de la cantatrice. Quand l'un des acteurs se plaindra de son rôle, il donnera l'ordre formel au poète et au compositeur de la musique de le changer; pourvu que le réclamant soit satisfait, il importera peu que le drame soit endommagé.
Chaque soir, il accordera l'entrée gratuite du théâtre au médecin, à l'avocat, à l'apothicaire,
au coiffeur, aux machinistes et à leurs familles, afin que la salle ne soit jamais vide; et pour que ce résultat soit obtenu plus sûrement, il priera les virtuoses, le maître de chapelle, les symphonistes, Y ours, les comparses, etc., de vouloir bien amener cinq ou six masques, dont l'un entrera sans payer.
Il choisira le second opéra dès que le premier aura été représenté, et supportera patiemment les indiscrétions des virtuoses en réfléchissant que ceux-ci, avec leurs dignités autoritaires de Princes, de Rois, d'Empereurs, pourraient bien satisfaire leurs rancunes envers lui et le mortifier gravement en passant leurs airs ou en chantant faux. Sa troupe sera composée de femmes en majeure partie, et si deux cantatrices venaient à se disputer la prééminence, il ferait écrire deux rôles égaux en airs^ en récitatifs et en vers, avec la recommandation que le rôle de l'une ait le même nombre de syllabes que celui de l'autre.
Devant payer les contrebasses et violoncelles sur la quantité des récitatifs, il ne leur tiendra pas compte des secondes parties des airs qu'ils n'auront pas accompagnés : il priera donc le compositeur de ne pas écrire de basse sous les
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secondes parties. Quant aux acteurs qui se seront enrhumés ou qui n'auront pas chanté juste, il choisira pour les payer des pièces de monnaie qui n'auront pas le poids. Voulant engager sa troupe à peu de frais, il choisira des actrices ayant peu de voix, mais qui seront jolies, afin que les protecteurs ne manquent pas de se présenter. Il louera les loges, les stalles, les galeries, etc., et s'en fera payer très-exactement le prix et se pourvoira de vins, de bois, de charbon, de farine, etc., pour toute l'année.
Le Directeur payera le voyage aux cantatrices étrangères, pour être assuré qu'elles viendront; il leur promettra un bel appartement voisin du théâtre, la nourriture, le blanchissage, etc; mais lorsqu'elles seront arrivées, il les logera dans quelque gargotte assez rapprochée du théâtre, et ira prôner leur talent par toute la ville, afin qu'un protecteur vienne se charger à sa place de leur entretien futur. Si on lui demande des renseignements sur ses acteurs, il dira que c'est une compagnie bien composée, qu'il n'y a pas d'emploi ennuyeux ; que l'on verra une actrice jouant les rôles masculins à faire tourner toutes les têtes, un nouvel ours, des flèches, des ton-