IIO LE THEATRE A LA MODE
nerres, des tempêtes, une autre actrice pour les rôles comiques, de l'esprit le plus charmant, et un bouffe qui lui coûte les yeux de la tête, mais qui est le meilleur chanteur de la troupe.
La première répétition de l'opéra se fera chez la prima donna ou chez l'avocat du théâtre; et si quelques acteurs veulent le flatter, il leur répondra de ménager leurs gracieusetés pour le public.
Quand une représentation n'aura fait qu'une recette médiocre, le directeur moderne permettra aux virtuoses de chanter leurs airs à demi-voix, de passer les récitatifs, de rire avec les masques des loges, etc. ; aux instrumentistes il accordera le droit de ne pas donner tout le développement à leur archet; à l'ours, de ne pas jouer sa scène, aux comparses, de fumer une pipe avec le roi, la reine, etc.
S'il se trouvait gêné pour payer ses chanteurs, le directeur tâchera de s'arranger avec eux; il leur permettra de détonner, de jouer négligemment, d'avoir des rhumes, des refroidissements, etc; il ira faire de fréquentes visites aux cantatrices, et les suppliera de ne pas se fatiguer à chanter leurs airs, il leur affirmera que toute la
AU XVIIIe SIÈCLE III
ville est enchantée de leurs costumes, de leurs mouches, de leurs éventails, de leur fard, etc.; que très-prochainement on doit leur adresser des sonnets dans des coupes d'argent; qu'il lui est fort égal qu'elles chantent faux ou qu'elles ne prononcent pas distinctement, car ces airs ne se rattachent pas aux parties du rôle qui demandent de l'action.
Il recommandera au maître de chapelle d'écrire des airs bnryants et gais, surtout après les scènes pathétiques. Il ne se fera aucun scrupule d'engager une cantatrice mariée et dans un état intéressant, particulièrement si dans l'opéra doit paraître une reine en cet état, etc., etc.