MENS. XI. DIES XXIII
Venise, de son côté, voulut honorer un de ses enfants les plus célèbres et les plus regrettés, en lui faisant des obsèques splendides dans
1 A la mémoire de Benedetto Marcello, patricien de Venise, homme très pieux, philologue, poète, prince de la musique, trésorier de Brescia, décédé le 24 juillet iySq, âgé de 52 ans, 11 mois et a3 jours.
l'église de Sainte-Sophie : le cardinal Ottoboni en fit célébrer de semblables à Rome. Les plus grands écrivains de l'Italie, Apostolo Zeno, Algarotti, Gasp. Gozzi, Maffei, Ricatti, etc., composèrent des poèmes à sa louange et des éloges funèbres. Sur un portique voisin du palais Marcello alla Maddalena, on fit graver cette inscription latine : Hanc prope semitam Eu-
TERPE CULTOR EXIMIUS BeNEDICTUS MARCELLO
P. V. lucem primo conspexit l. Enfin, on plaça son buste dans une des niches qui décorent les murs extérieurs du palais ducal de Venise. La France et l'Angleterre firent des éditions de luxe de ses œuvres, et l'Italie ne demeura pas en reste.
Vraiment, on demeure stupéfait quand on pense qu'un homme dont la vie ne fut pas longue, dont les dernières années ont été tourmentées par les douleurs d'une affection mortelle, qui occupa des emplois publics dont il s'acquitta toujours avec zèle, ait pu, indépendamment de nombreux écrits en prose et en
1 C'est dans la maison voisine de ce portique que l'admirable disciple d'Euterpe, Benedetto Marcello, P. V. ouvrit les yeux à la lumière.
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vers, composer dans tous les styles tant d'œuvres musicales qui se distinguent par une inspiration et une science étonnantes !
On jugera mieux de la puissance du génie de Marcello si l'on se reporte à l'état où se trouvait la science musicale lorsqu'il commença à se livrer à la composition. L'école belge, fondée à Venise par Adrien Willaert, et continuée par Cyprien Rore, avait à peine cessé de dominer, et Zarlino venait de formuler ses Istituzioni armonici, soutenues par de savantes théories mathématiques. On trouvait bien des modèles pour former de bons écrivains corrects, mais pour la philosophie de l'art, l'expression des sentiments, la variété des idées, la conduite naturelle du chant, la simplicité et l'unité de l'ensemble, rien de tout cela n'existait. Monteverde, par ses hardiesses harmoniques, avait commencé, il est vrai, à donner le premier coup de sape à l'école flamande; les premiers linéaments du style théâtral étaient tracés depuis assez peu de temps par Cavalli, et l'on commençait à peine à connaître les belles œuvres de Lotti, lorsque naquit Marcello. Son maître Gasparini ne fut jamais un classique; le récitatif était encore dans l'enfance,
et la théorie attendait une application pratique qui développât dignement les principes établis par son auteur. Il est donc incontestable que Marcello tira tout de son propre fonds: fils de son seul génie, son talent prit dès sa naissance le vol de l'aigle et d'un coup d'aile atteignit les régions harmoniques les plus hautes, où n'abordent que les intelligences d'élite et inspirées.
Le lecteur connaît maintenant la grande figure de Marcello, ce musicien incomparable, ce lettré de grande race, cet aristocratique artiste, ce spirituel homme du monde qui ne dédaigna d'aborder aucun sujet, qui a marqué du sceau de son génie tout ce qu'il a touché, et qui, en véritable Italien, savait passer le plus facilement du monde du plaisant au sévère, et vice versa. Avec la traduction d'une de ses satires les plus mordantes, mais aussi des plus amusantes, nous allons pouvoir juger des côtés railleurs, incisifs, et j'oserai presque dire philosophiques de son redoutable esprit.
Empêché par la nature de ses fonctions, par sa haute naissance et par ses relations sociales de
traiter le genre bouffe, qui ne peut trouver son développement réel qu'au théâtre, il voulut du moins prouver par ses écrits que s'il avait voulu s'y adonner, il n'aurait été inférieur à personne ; et Ton sait si jamais nation a conçu en ce genre des chefs-d'œuvre comparables à ceux qui fourmillèrent en Italie au 18e siècle. L'opéra bouffe, nul ne l'ignore, est né sur la terre italienne et y a reçu son perfectionnement le plus complet. L'opérette qui, au détriment du bon goût et par malheur pour l'art, règne en despote chez nous depuis trop longtemps, et qui n'est le plus souvent qu'un tissu d'inepties et d'insanités musicales ou sceptiques, ne peut donner la moindre idée de ce que furent les admirables productions bouffonnes des Galuppi, des Piccini, des Cimarosa et de tant d'autres. La ravissante partition du Don Pasquale de Donizetti même n'en est qu'un faible reflet. C'était le propre du génie italien, si souple, si varié, de passer sans qu'il lui en coûtât, du grave au comique, du terrible au désopilant, mais jamais au trivial. Pergolèse n'a-t-il pas écrit son Stabat Mater et la Serva Padrona ? Combien n'en pourrais-je pas citer encore ? Il ne faut pas oublier que le pays qui
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a produit le sublime Palestrina a aussi donné naissance au plus grand railleur moderne, au non moins sublime Rossini qui est la preuve palpable de ce que je viens d'annoncer. N'est-ce pas une raillerie que le titre de sa cantate pour l'Exposition de 1867, dans laquelle il introduit des canons, lui le plus mortel ennemi du tapage et du bruit, lui qui se moque de lui-même en terminant son frontispice par ces mots : Excusez du peu! Ne raillait-il pas, lorsqu'il disait à ses admirateurs, tout en composant sa superbe «petite Messe solennelle», que bouffe il était venu au monde, et que bouffe il mourrait ? Cet accouplement de ces deux mots « petite » et «solennelle,» qui hurlent de se trouver ensemble, ne fut-il pas un besoin de l'esprit gouailleur de l'immortel auteur du Barbier et de Guillaume Tell? Chaque manuscrit de cette grandiose «petite Messe» ne porte-t-il pas les inscriptions les plus drolatiques et les moins orthodoxes? Et pourtant cette œuvre célèbre, écrite en l'honneur de la famille Pillet-Will, devait être, hélas ! le dernier chant du cygne de Pesaro. Si Marcello se complut dans les œuvres absolument sérieuses au point de vue musical, on
peut se rendre aisément compte des raisons qui le faisaient agir. Mais ne se sentant pas lié par les mêmes obligations pour ses écrits (qu'au surplus il ne signa pas ou qu'il couvrit d'un pseudonyme), il y donna libre cours à sa verve satirique. Le lecteur va juger de l'habileté avec laquelle il sut manier l'arme dangereuse de la critique. Le titre seul et la dédicace motivée de son Théâtre à la Mode sont deux pièces du bouffe le plus relevé.
Les voici, et nous allons maintenant suivre l'auteur pas à pas, avec le regret déjà exprimé de ne pouvoir traduire que bien imparfaitement toutes les finesses du langage italien.
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ou
MÉTHODE CERTAINE ET FACILE POUR BIEN COMPOSER ET BIEN EXÉCUTER LES OPÉRAS ITALIENS EN MU- SIQUE, A l'usage MODERNE,
Dans laquelle méthode
On donne des avis utiles et nécessaires aux poètes, compositeurs de musique, chanteurs de l'un et de l'autre sexe, directeurs , instrumentistes, machinistes, peintres, bouffes, costumiers, pages, comparses, souffleurs, copistes, protecteurs et mères if actrices et autres personnes attachées au théâtre.