‹ Le théâtrè a Metz; notes et souvenirsChapitre 6 sur 7 · AUGUSTE MI CETTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE MI CETTE

Beaucoup de nos décors étaient fatigués et fanés. Après en avoir réparé quelques-uns, Migette exécuta gratuitement une décoration de salon qui fut très appréciée et qui détermina l'administration municipale à le nommer peintre-décorateur du théâtre avec les appointements très modiques de 300 francs par an pour l'entretien des décors existants. Une grande salle, située derrière la douane et attenante au théâtre, fort convenable comme atelier de décors, fut mise à sa disposition. Lorsqu'un directeur voulait monter une pièce, il avait sous la main un artiste capable d'exécuter de beaux décors ajoutant au prestige des représentations. Dans ces représentations, les faits historiques, qui se passaient au moyen-âge, demandaient naturellement des décors avec des monuments et des ameublements qui fussent en rapport avec les choses de cette époque; de là des recherches architecturales, qui rendirent Migette archéologue sans s'en douter. Artiste de goût et connaissant la perspective, il savait présenter les lieux sous leur point de vue le plus élégant, le plus avantageux pour les scènes qui devaient s'y dérouler.

De 1834 à mars 1879, époque à laquelle Migette renonça à ses fonctions de peintre de théâtre, que de décors gracieux ont été exécutés par notre artiste ! Citons-en quelques-uns : les décors de la Juive, d'Orphée aux enfers, des Huguenots, de Guillaume Tell, de l'Africaine, du Chalet, de Faust, de Robert le Diable, des Amours du Diable, du Naufrage de la Méduse, etc., etc.

Dans les quatre dernières années, Migette (1) se faisait aider par M. Borius, artiste messin, qu'il initia aux procédés des peintres de décors et qui le remplaça après sa retraite. De nos jours, l'entretien des décors est confié à l'artiste L. Micciarelli, mais la plus grande partie des décors neufs sont fournis par des fabriques spéciales.

La régénération du théâtre messin, due à l'habile direction de M. Jourdain, amena le Conseil municipal à s'occuper de la restauration de la salle des spectacles, laquelle était désirée depuis longtemps. Déjà, en 1823, plusieurs changements avaient été opérés par un M. Hanriette, architecte de Paris, lequel avait eu le talent, moyennant la bagatelle de 200.000 francs, de rendre la salle encore plus incommode qu'auparavant.

(1) M. Migette est décédé à Longeville-lès-Metz, le 30 octobre 1884. Il a légué à la ville de Metz ses riches collections qui portent le nom de « Galerie Migette • et sa maison de Longeville avec les objets qu'elle renfermait. En 1906, une rue des nouveaux quartiers de la ville a été nommée « rue Migette ».

Dans sa séance du 26 juillet 1851, le Conseil municipal donna son assentiment à un projet de restauration complète et vota une somme de 40.000 francs pour l'exécution de ces travaux, dont la direction fut confiée à M. Vandernoot, architecte de la ville. Il y avait beaucoup à faire et en peu de temps; l'architecte se trouvait, d'ailleurs, aux prises avec des difficultés très graves. On sait qu'en général il est beaucoup plus difficile d'améliorer, en la conservant, une chose faite, que d'imaginer une chose nouvelle; or, dans ce cas, la chose faite laissait tout ou presque tout à désirer.

La décoration de la salle était d'un style grec, tout au moins équivoque, son tracé raide; ses formes sans grâces. Encore si la salle n'eût été que laide ! mais elle était fort incommode. Les colonnes que l'architecte avait multipliées pour orner les loges, surtout les loges avancées, arrêtaient le son, masquaient la scène au tiers des spectateurs.

Le premier soin de M. Vandernoot (1) fut de les remplacer par des colonnettes de très faible diamètre, qui ne devaient plus gêner la vue; d'incliner les premières galeries, de façon à montrer la scène aux personnes placées en arrière ; de reculer les avant-scènes et de supprimer leurs massives colonnes, entreprise délicate, car la moindre imprévoyance pourrait compromettre la solidité de l'arc qu'elles soutenaient.

Quant à la partie de l'entablement qu'il regretta de ne pouvoir reculer davantage, l'architecte le fit poser sur des pilastres ornés, dans la partie supérieure, de cariatides. Ne pouvant non plus agrandir sans nuire à la solidité du mur et à la profondeur des coulisses, il se contenta de l'entourer de moulures, de telle sorte que la scène se détacha sur un cadre élégant. Pour obtenir plus de place, la devanture de la seconde galerie fut portée en avant.

Enfin, pour compléter ces améliorations, on garnit le lustre de cristaux et le nombre des becs de gaz fut doublé.

La salle ayant pris, grâce à tous ces changements, des formes plus élégantes, il restait à l'orner. Les devantures des premières furent enrichies d'élégantes sculptures avec des enfants musiciens, jolies statuettes mignardes composées spécialement pour notre théâtre.

" (1) M. G.-V. Vandernoot, ingénieur de la ville, chevalier de la Légion d'honneur, né à Metz, y est décédé le 1 1 avril 1866. La restauration du théâtre, la construction de la Halle de la place Saint-Jacques et celle de l'aqueduc destiné à amener les eaux de Gorze à Metz, ont été ses principales œuvres.

Page 1