PLUS QUE REINE
espèce de hantise, ils jouent avec les vases de l'autel qu'ils n'auraient pas su décemment porter. Volontiers, ils s'occupent des choses éducationnelles — surtout les défrotiués — ils ratiocinent, brouillent les cartes, mêlent tout, agitent le bonnet rouge et se donnent une importance de démolisseurs et de démagogues.
C'est une pièce de belle venue c{ue le drame napoléonien de M. Emile Bergerat. L'auteur qui est un poète distingué a mis dans la bouche de ses personnages un langage digne, correct, très littéraire. Tous ses personnages sont croqués sur le vif et dressés dans la pleine lumière de la réalité. Les traits caractéristi(|ues qui les distinguent s'accusent avec relief. Et. le talent poéticjue de M. Bergerat a jeté sur ce drame passionnant le manteau coloré d'un style plein de verdeur et de joliesse, secondant l'éloquence nerveuse des faits et des épisodes sensationnels qui remaillent et constituent à la scène, une résurrection historique de quinze années du bonapartisme.
Le jardin du Palais Royal est propice aux promeneurs. Quels rêveurs de lune, quels amoureux ne sont allés, au gré du songe, bercés par la chanson cristalline des bassins, confier au silence frais et mouillé quand le soir tombe dans la nuit mélancolique et violette, leurs troubles énamourés, leurs désirs de «gloire ou d'amoui- !
Cl LE THE AT HE A MONTREAL
Joséphine de Beauharnais avec Mademoiselle Avrillon erre dans les allées du Palais Royal. Riche autrefois, sans avoir goûté pleinement le bonheur avec son premier époux, dépossédée de ses biens par la Révolution, elle est devenue marchande de café. Elle cause avec Talle\ rand qui éparpille ses bons mots et écoute d'une oreille benoite l'iiistoire de Joséphine. Nous la retrouvons, un instant après, offrant un grain de café à un soldat rêveur (jui n'est autre que le vain({ueur de Toulon. De suite, il s'intéresse à elle, la fait parler, car sa merveilleuse beauté de créole l'a séduit.
Elle lui raconte, (|u'un jour, une sorcière, aux Antilles, lui avait prédit qu'elle serait plus que reine. Napoléon tressaille ; tout ce qui touche au merveilleux, à l'extraordinaire, les prédictions des cartomanciennes, les diseuses de bonne aventure exercent sur son esprit superstitieux une fascination dont il a toujours subi le joug. Car, il croit au destin, à son étoile, à sa puissance de conduire les hommes ; il rêve déjà de mener la France sur tous les champs de bataille de l'Europe et de la couvrir de gloire. La grâce élégante de Joséphine unie à cette bonté souveraine qui se dégage de son être et de ses paroles ont fini de conquérir son cœur. Bonaparte la console, la prie de croire aux illusions de l'avenir. Ce Napoléon est bien lui, lorsqu'il donne de tels conseils. On aime à voir