S-> LE THEATIŒ A MUS THE AL
voir se lamenter un homme, eneoic épris d'amour après dix ans d'éloignement.
En vérité, les « ehai's » peuvent attendre, il est à craindre qu'ils attendent longtemps, du moins jusfju'au voyage de noces de François. LauKnir devenu jilus puissant, la joie du revoir, la jalousie, la craiiilc <|U(' la jcuiii' Neuve ne se console de se> mélancolies avec de jeunes blancs-becs, au fond i\v> retraites enchantées, le clouent à son ])avillon. l)e là, il épiera ses mouvements, ses allées et venues, il saisira l'occasion ('due entre toutes, de s'emparer de façon complète et d('dinilive de la l)elle indé'pon- <lante.
Germaine est fort ainig(''e. In hasard malencontreux lui a révélé la liaison étroite de son mari avec Madame Orviédo. Elle pleure, rage, se désespère, confie ses chagrins à son amie fie couvent qui lui promet de lui i-amener son mari, docile comme un agneau, soumis à ses tyrannies de femme capiùcieusement exigeante. Germaine est ra surée et suivra le programme (pie lui trace Gisèle avec une rare connaissance du cœur masculin.
La maîtresse du manoir donne un grand bal où les invités affluent de toutes parts. Le soir se fait d'une douceur infinie, enveloppe les êtres et les choses d'une atmosphère énervante. Gisèle simule un mal de tête et demande à Jacques de la venir trouver un moment
L'EVEMAIL 83
;ifin de la distraire. Le vieux Garin-.Miclaiix, rajeuni j)ar cette beauté d'une nuit sans voiles, arrête saluer Madame de Vaudreuil. Il n'est plus lui-même et par ticipe à la griserie commune. Des mots savoureux lui coulent des lèvres. Il chante l'hosanna des étoile^, des bleus rayons de la lune, dc^ branches alternées où soupire le rossignol sublime. « Il n'y a pas un papillon, dit-il. si vieux qu'il soit, qui n'essaie d'ouvrir ses ailes. Ine volupté impérieuse est dans l'air. »
Le savant ne s'attarde pas plus que de raison au charme qui l'environne, il s'en va travailler, lui f{ui a désappris à dormir et qui ne veul plus dormir parce qu'il ne rêve plus. Jacques épanoui, croyant à un véritable rendez-vous, se présente souiiant, ne soupçonnant pas le piège qui lui est tendu. Gisèle parvient à lui dicter une lettre à Madame Orviédo où il fait sa voir à celle-ci que sa femme étant souffrante, il ne peut la quitter. Puis madame, à la grande colère de Jacques, se sauve, le laissant honteux « comme un renard qu'une f»oule aurait pris ». C'est le jeune baron <tcs Armoises qui maintenant fait des siennes. Il consent à envoyer une dépêche à l'Académie des Sports pour avertir de ne pas compter sur sa présence. Lui aussi veut du chocolat. Madame ne lui en donnera pas et, comme les choses tournent au tragique, elle sonne le domestique et fait quérir François Trévoux. Désolée d'avoir excité, à son insu, de la
haine citez la baron des Armoises contre Jacques, elle raconte le double incident à son ancien ami en le sup- • pliant d'empêcher le duel. On peut compter sur le «Icvouemcnt de Monsieur Trévoux.
.Jacques, Marc et François se rencontrent et causent en fumant des cigarettes. Le jeune homme en vient à traiter Gisèle de coquette. Trévoux. le somme de peser ses paroles. Marc écume. Il est abîmé d'injures, à ce point qu'il enverra deux témoins afin de venger son honneur outragé. Madame de A'audreuil est heureuse d'apprendi'c (|in' le mari de Germaine est hors de dangei. Elle ne sait pas encore à quel prix Mais François ne se possède plus. Avant de mourir, il laisse éclater en cris d'amour éperdu, en plainte> douloureuses, ses déceptions, ses colères, ses jalousies, tout ce qu'il a subi depuis dix ans. Il reproche à l'amante d'autrefois ses sourires, ses yeux, sa beauté, de n'avoir jamais su aimer les hommes qui couraient sur sa route, attirés par son charme ti-ompeur, et qu'elle laissait blessés de ses propos moqueurs et en fi elles.
L'heure de la revanche est venue et elle va payer la dette immense contractée envers lui. Gisèle sedébat. le frappe de son éventail et cherche à s'enfuir. Alors. il lui déclare qu'il se battra demain pour elle. « Je ne veux pas que vous vous battiez, s'écrie-t-elle. Ne lisquez pas votre vie pour si peu. » « Qu'est-ce que
LEVEXTAIL 8.^
«•ela me fait, ma vie? Personne ne m'aime? » Et dans un cri, Gisèle : « Je ne veux pas parce (pie je vous aime. » Tableau. Et si vous voulez savoir le reste, allez le demander au clair de lune, à rétan<^ jaseur qui coule entre les roseaux tremblants.
Les plus belles choses ont leur lendemain. Madame Orviédo a conçu le projet de se venger de .Jacques. Ses domestiques ont trouvé un éventail près du pavillon de François. Elle court le porter au manoir des Cheneviettes. Germaine est soupçonnée. Gisèle (pii arrive, rayonnante, avoue finalement (pie c'est elle qui s'est servie de l'éventail fie Gernuiine. Garin- Miclaux est là, remuant d'esprit, artiste toujours, raccommodant les blessures. François Trévoux (pie les allures d'indépendance de madame de Vaudreuil, éloignent désormais, vient faire ses adieux, (jiséle partira avec lui. Elle le décrète séance tenante, et Fi-ançois ne demande pas mieux. Elle rend son éventail qu'elle brise en morceaux à son futur mari. Et voilà. Tout est bien (pii Huit bien.
Il y a dans cette pièce, deux types parfaitement dessinés. François Tr(''voux est un misanthrope à la moderne. Il grogne éternellement, il est au moins guérissable. C'est un personnage fort amusant. Le bonhomme de l'Institut, au protil hébraïque, qui s'est réfugié dans l'économie politi(iue avec ses amours blessés, nous paraît saisi d'après nature. Il est tel (jue se
peuvent l'imaginer, ceux (|ue la rage des livres a touchés. 11 ressemble à ne pas s'y tromper, à son vénérable et illustre confrère Sylvestre Bonnard (jui penche vers la tombe, qui doit y être mainteiiaut tout à fait. Moins casanier, il consent, à certaines heures, y promener dans le monde ses chagrins désuets. Il y fait bonne figure. Sans lui, le salon de Germaine, serait déj)Ourvu de cette grâce d'un autre âge (jui émane des cœurs longtemps endoloris, relève et solennise les dîners et les causei-ies. Il r(''pand sur tout la verve intarissable de son esprit. Oui connaît mieux (pie lui. l'art de tirer d'un rapprochement une fusée d'étincelles ? La philosophie ne l'a pas à ce point cuirassique tout soit sec et moit dans ce cceur. On entend geindre à travers ses phrases (''h'gantes un g('Muissi'ment <''t()ufT('' de la pliii(\
" Hien ne t'efface amour, l(ti (pii nous cliarmes,
« .leune houime, on te ni.-uidit, ou t'adore, \ ieillard. »
Oui ('crira jamais la psychologie des vieux savants ! On a celle des saints et des grands hommes. Celle-ii serait aussi intéressante et très neuve.
La Retraite
M. Franz-Adam Beyerlein
.1 Muddiiir Lin ni a
(les « sales » Allcinands sont lourds jus(|ii(' daris leui'S pièces de théâtre. Hieu de facile, de h'ger, de vernal ne s'envole de cette pièce : La lielrailt'; ce (pii ne veut pas dlif (in'el e ne soit intéressante, par ailleurs. C'est une illustration de la mentalité allemande. On dirait un train rempli de soldats, de munitions de guerre, qui défde. Cela marche lentement, c'est une pièce-tortue. Le style en est traînant, dépouillé de poésie.
Décidément, les gens d'Outre-Hhin ne sont |)as hommes de théâtre. Ce qu'ils ont encore fait de mirux et de pire, ce fut de fausser des billet'^ diplomatiques, de déchaîner une guerre effroyable et, en fin de compte, voler l'Alsace à la France, mais leur bière
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rude et graveleuse leur incl peu d'iniagination en la cervelle. Ah ! quelshonunes graves. Ils n'ont jamais ri.
Il faut se garder de commettre pourtant une hérésie littéraire. Gcethe et Schiller ont su créer et surtout Goetlie, dans tous les genres. Mais, c'est précisément, parce (|u'ils avaient l'esprit mfùns allemand que les autres. Goethe était universel. Sa patrie intellectuelle est aussi bien la France (|ue l'Allemagne. De son merveilleux Fausl, um^ philosophie très haute se rh'gage. C'est le flrame de l'humanité en raccoui'ci, drape'- rians la pourjjre (''datante de ce génie. Mais il ne faut pas gi'attcr longtemp>, pour \ trouver rallcmaiid avec sa jiliihtsdphir nuageuse, son mysticisme ralliné.
Pays de philosophes (pii ont accumuh'' lh(''ories suithéories, systèmes sur systèmes. id(''ologies sui' idéologies, où le fait, depuis 1870. scndile prendre, grâcià rinlluence du génie praticpu' de Hismark. une importance (pi'il n'avait jamais connue aupara\anl et s'érige en souverain. Ne cherchez pas en Allemagn-' un poète qui vous fass(» vibrer comme un Musset. un Lamartine, un I-!ostand. vous n'en tiouverez jtas. Ces poètes sont moins poètes cpie ceux de n'importe ({uel autre pays, j)oètes par i''chap(t(''es et comme à regret !
Au premier acte, nous sommes chez le maréchal <le logis chef, \'olkhardt. Banneritz, cajiitaine cc»m-
LA RETJIAITE 91
mandant, cause des choses <le rarniée avec le maréclial. Il rend hommage aux états de service de ce brave et fait miroiter devant ses yeux l'avancement prochain. Leur causerie amicale (|ui prend des tournures grognonnes et dtMurées à ce point que l'on se demande si ces honunes ne vont pas se désentripailler, est interrompue par l'arrivée brusque de (llaire \'olkhardt, la tille du maréchal. Papa est mécontent, il gronde sa lille de l'avoir dérang(''. il lui a l'ait défense tant de fois d'entrer ainsi lorscjuil c-t avec fpKMqu'un. Mais Claire s'ennuyait d'être seule. \'()lkhardt annonce à sa tille le retoui- dllelbig, maréchal de logis, fds adoptif de \'oll\liardt. (pii a grandi aux côtés de Claire et a conservt' d'elle, durant ces deux années d'absence, le plusdélicieux souvenir.
Mais les sentiments de Claire, à son égard, sont bien changés. Elle n'est plus la même fillette d'aiitiefois et deux longues aum'^es sulliseut à avoir- laisdii des ])lus foi'tes amitiés. Et avec une jeune lille de seize ans, on ne sait jamais. L'éternit»' t\v> amours est chose qui s'en va de plus en plus. On ne sait plus être fidèle et <|uand on l'est, c'est à demi.
Claire est amoureuse du lieutenant des uhlans. de LaufTen, et cela explitjue son attitude présente. Elle ne veut pas embrasser son frère d'autrefois. Il s'en indigne, il ne comprend pas ces airs de froideur hostile et cette poignée de main si correcte, si inditïé-
V! LE THE AT HE A MONT lŒ AL
rente lui glace le cœur. On a changé sa Claire. Il rappelle les jours passées en commun, les tendresses ■et câlineries d'hier. C'est en vain. Claire reste de marbre et se montre d'une maussaderie détestable. I^iuvre maréchal de logis qui pleurait déjà de félicité en revenant de là-bas et se forgeait un retour rempli lie doutes pri'vcnances et de chaleureuse tendresse (|urllc peine il ('-prouve ! Helbig pressent cpi'il existe un Mi\ stère là-dessous et il se promet, coûte que coûte, d'en (i(''couvrir la clef. Il surveillera sa petite amie, ses allées et venues, il saura, il saura tout. Rien ne rlemcure caché à l'œil vif de l'amant. Et son amour d('(,;u, et ses hévres, et ses doutes l'aideront à arracher aux choses, au destin, ce (|u'il recèle de douloureux et d'amer.
De LaufTen élail à causci- avec Mademoiselle Claire quand Helbig arri\a che/ son ])ère. Entre deux baisers, il a obtenu de la jeune fille la promesse qu'elle irait chez lui, le soir même, à la faveur de la nuit t oinbaide.
De Lauiïen fiévreux, agacé par la présence du lieutenant Kowen, se promène d'un pas saccadé et fait montre d'une telle indilTérence à la causerie, que >on ami n'm;ii(|U(' l'agitation et le trouble qui se sont emparés de lui. 11 le lui dit. De LaufTen sourit, esquisse une vague (h-négation et retondre dans sa rêverie. 11 n'y est plus du tout. L'esprit, l'âme avec S3i
puissances d'ainuT et de croire est ailleurs, aux pieds de la femme adorée. Cet homme ne s'en ira-t-il jamais? Son bavardajze ridicule, ses plans de campagne le rasent à souhait. EnOn. il csl seul 1 De Laufïen revêt son plus bel uniforme et va se pencher à la fenêtre, en envoyant à la nuit sereine, propice à l'amour, l'hommage ému de son âme, débordande de sève. Un bruit, la porte s'ouvre. C'est elle. Effusion de caresses et de paroles enllammées. Ils échangent da^ serments d'affection ('■ternelie. Et ils sont sincères, en ce moment, j'en prends à témoin le frémissement f[ui les agite et leurs regards où vibrent la sinc('rit('' profonde de leui's troublants aveux. Cependant, Claire, manifeste une certain*' in(|ui(''tudr. elle a des frissons subits, des tressaillements de peur. Elle se sent en faute et cela gâte beaucoup leur bonheur d'être ensemble. Soudain, un coup sec retentit à la porte. Ils sont saisis de terreur, perdent un moment la tête. .Mais le lieutenant ordonne le silence et conduit Claire dans sa chambre. On s'impatiente à la porte et un coup plus violent que celui de tout à l'heure, ébranle l'air. De LaufTen e.xcédé, tire le verrou et se trouve face à face avec Helbig. Les mots s'entrechoipient dans la gorge du pauvre maréchal de logis. Il sait tout, il a suivi Claire et supplie le lieutenant exaspéré, de vouloir bien l'enlendre. .\u condjle de la rage, de Lauffen lui somme
LE THEATnE A MON TUE AL
(le sortir par trois fois et sur l'insistance d'Helbig il lui (h'clare qu'il usera de violence, s'il ne s'en va pas de bon fjré. Déjà les deux hommes ont di'-passé toute mesure. Vous avez maintenant devant vous deux rivaux (|ui se disputent et veulent se donner raison de (]uel(|ue manière (pie ce soit. La rage concentrée, |a colère, l'orgueil triomphant, l'amour déçu dominent ce débat où s'étreignent deux êtres gontlés de jalousie. L'un, insultant dans son triomphe, veut garder en sa main l'oiseau rare qu'il a conijuis im soir ; l'autre, celui (pii soutïre, n'-clame un butin (pi'on lui a volé.
Helbig, tête baissée se précipite vers la chambre, ce pendant que de LaufTen saisissant son épée suspendue à la muraille, balafre la figure du malheureux. Et i)uis, il a|)pelle l'homme de garde et lui enjoint de conduire à la prisou Helbig (pii, dit-il, s'est livré sur lui à des voies de faits.
Et nous sommes en troisième acte.
Le conseil de guerre siège avec toute la majesté raide et la pompe étincelante ((ue les hommes d'Outre- Rhin savent mettre en ces cérémonies judiciaires. Paschke, major d'artillerie, se permet de temps à autre, d'égayer par des propos qui s'efforcent d'être drôles, ces assises qui dégagent un ennui puissant. Tour à tour, on interroge Helbig, de Lauffen, Oueiss, le maréchal des logis, Volkhardt. Helbig n'a pas
flévoilt' la v«Tit('. Il s'est tu par amour pour la jeune lille et afin de sauver son honneur en danger et pour épargner les cheveux blancs de Volkhardt, cju'il aime comniesuu{)r(»prei)ère. De LaufTen. fioid, rigide a suivi Fenquéte judiciaire, sans qu'un muscle de sa figure ne vînt trahir son secret et le bouleversement intérirui- (|ui le secoue. Lui aussi, il n'a pas dit la \(''ritt'' et à la fin ilc son interrogatoire, il a réclamé pour le ])n''tendu insulteur. les circonstances atténuantes, l'ivresse dans laquelle était Helbig au moment de l'agression. Le maréchal des logis chef, est questionné. 11 n'a pas remarqué que son fils avait bu plus ((ue d<' coutume et la violence n'est pas le défaut dominant d'ilclhig.
C/est la fin. De Lauffen va prêter serment qu'il a «lit toute la M'iité lorsque, soudain, l'un des avocats se lève et diiiiande que la fille de Volkhardt qui. par le maréchal a t'ait savoir à la cour qu'elle avait cpiel que chose à dire, soit amenée devant le conseil de guerre. D'abord tremblante, timide, cherchant ses mots qui viennent mal, (Uaire se ravise ensuite et dévoile à la cour tout ce qui s'est passé. Le désespoir du maréchal de logis est grand, il allait fou de colère s'élancer sur de Laufïen, quand heureusement, Oueiss le retint. Claire \'o!khardt a sauvé tout à la fois son frère adoptif et son amant, car le faux serment qu'allait commettre de Lauiïen, le jour où la
vérité eût été connue, lui aurait mérité des années de travaux forcés.
Brisé au inoial, rendu de fatigue physiciue, de Lauffen sommeille lourdement sur son canapé. Mais il ne peut fermer que difficilement l'oeil. Les regrets, sous forme de remords, l'assiègent. Il se sent tenu de réparer et la seule manière cjui s'ofïre à lui est d'épouser la fille de Volkhardt. Comm-ent se résoudra-t-il, lui. un lieutenanl d<»s ulilans, à nietlre sa main dans celle des oncles, des parents de la jeune fille ([ui sont d'origine vulgaire.
Le maréchal (\q^ logis demanrle à être entendu. L'entrevue est douloureuse, ('mouvante. Il veut venger riionneur outragé de sa famille. Ce vieux soldat aura donc blanchi dans le service pour subir une telle honte, une telle iiijuslice ! Ah ! c'est trop. Il faut (pie réparation soit faite sur le champ. Il ])rovo<pie de LaulTcn (|ui lui commande le calme. La colère de \'olkhai(lt grandit et s'exprime en paroles sanglantes. Le lieuteiutnt Huit par lui avouer — dernier affront — (|u'il ne peut pas descendre à se battre avec un mai'i'chal de logis. C'est juste. Volkhardt n'y avait pas songé. Mais voilà Claire (|ui apparaît sur le seuil, prde. toute triste en ses vêtements de deuil. Son père la somme de s'en aller. Elle refuse. De LauITen intervient et comme \'olkhardt s'cdançait sur l'amant pour le tuer, Claire se jette entre les deux hommes.
IMuie d'injures. Claire s'écrie que la colère du pcre doit retomber sur elle et non sur le lieutenant, parc ■ que c'est elle qui s'est donnée à lui. Alors Volkhardt égaré par cet aveu, fou de désespoir, saisit son révol ver et la tue.
Revolver et mort. Pour un peu, nous retombions dans le « mélo «qui fleurissait, il n'y a pas bien longtemps encore, au théâtre. En c{uel mauvais style tout cela vous est narré. Quelle pièce lourde ! Oh ! lourde, lourde, oh ! combien lourde était mon âme... I
La Vie de Bohême
Théodore Barrière et H. Murger
« Ultime espoir de ceux que 'a vie »
« Caressa sur un sein trop moelleux »
« Le rêve hasardé nous convie. »
« Le réel, furie inassouvie «,
~: Strangule sous ses doigts anguleux »
« L'élan d'idéal que tant on aime »,
« Et nous n'irons pas, pour but suprême » X Au gré du songe et des pas tiouleux » :t Cueillir l'oubli, pavot de Bohême. »
Guy Delahaye
{Les Pliaacs.)
A Pop.
Pavot de Bohême ! Combien la cueillent cette fleur funèbre, violacée, rougeâtre, amère, qui se balance au-dessus des abîmes? Fragile, peu viable, elle s'ef-
feuille daiis la main qui l'a moissonnée sans laisser de parfum.
La Vie de Bohême , c'est l'histoire immortelle (les amants qui veulent aimer toujours et ne se soucient pas d'assurer .'existence matérielle sur laquelle reposent les fidélités durables ; c'est l'histoire émouvante des chercheurs d'idéal, des poètes méconnus et des philosophes sous les toits. Petit tableau de vie sentimentale où se meuvent des silhouettes d'étudiants éternels, de neveux qui méprisent les millions, de grisettes aux robes de vingt sous rehaussées par la grâce du sourire et la mélancolie des regards ; pauvres petites poitrinaires, achevant leur agonie quand les feuilles mortes s'amoncellent dans le parc avec la lourdeur des définitifs adieux. Décor de misère joyeuse qu'éclaire le moindre rayon de soleil, le plus petit sou d'or, estompé du plaisir et de la fièvre, de tt^nps à autre par l'ombre de la mort.
Ces enfants provoquent la vie, ils jonglent avec elle, ils lui jouent ce tour superbe de rêver, rire, chanter, boire,, aimer, être heureux sans l'avoir mérité d'aucune façon. Ce sont des gaillards aimables, fantasques, truculents, qui lui ayant placé un bandeau sur les yeux, la conduisent au gré de leur fantaisie désordonnée et s'imaginent candidement qu'elle n'aura pas le dernier mot de tout. On ne sait pas vous
la raconter cette histoire. C'en est une réellement et bien vécue.
Elle a ses heures de soleil, d'insouciance heureuse, dans le plus désintéressé et le plus complet abandon de soi-même. Fleurs de tendresse jetées au vent qui passe, enivrantes émotions devant les roses qui tendent leur calice vers la plénitude de la lumière, la femme adorée entrevue à travers les glycines d'un balcon enchanté. Murger l'a embellie, cette existence délurée de Bohême. Elle n'est pascelle qu'il a si poétiquement décrite : ce rayon n'est pas si lumineux, ce jour renferme plus d'ombres, cette désinvolture est plus traversée de sursauts vengeurs, ces rires secouent des sanglots. Et le nectar qu'elle offre est un frère déguisé du poison. Ce qu'elle nous laisse donc, de plus réel, de plus tangible, c'est le regret, le vide, le grand vide où errent, mélancoliques et dépourvues de sève, les âmes rassasiées, grasses de volupté.
Nous n'en avons plus maintenant, que des pastiches mal réussis et grotesques. Notre temps, avec ses habits corrects et ses pantalons pressés, répugne à ce genre de bailler la vie. Restent encore d'inoffensifs fainéants qui marchent dans une floraison de plaisirs et meurent livides et transis sous le baiser de la déesse. Ils tourbillonnent, deviennent gâteux sans originalité. Ces allures ne sont plus 1830.
Le jeune homme qui a lu l'histoire de la Bohême,
]iv> LE rJIEATIŒ A MONTREAL
lève de ce i).'iys où régnaient le capiice anioureux, le mépris de l'argent, les promenades au c'air de lune si doucement complaisantes aux madrigaux suaves, chromaticjues. Mais, il ne va jamais au bout du rêve. Il fera, peut-être, cjuekjues grosses folies qui le laisseront plus fatigué que la veille, sans effort pour le bien, sans élan vers les cîmes. Sa manière de jouir est d'un prosaïsme qui ferait jeter les hauts ci-is aux Marcel, aux Rodolphe, et aux Schaunard.
Quel homme terriblement « million » que M. Du randin ! Il ne rêve que trésors, mines de diamants, somptueux châteaux, courses fastueuses dans des équipages princiers. Il songe à marier son neveu Rodolphe à une dame de Rouvres, de noblesse authentique. Le jeune homme se dérobe aux pressantes sollicitations de son oncle. Il n'épousera pas !a femme qui ne répond pas à son idéal. Les projets de Durandin sont accueillis par des cris de révolte. Cependant, madame de Rouvres va venir. On ira la cherchera la gare. Rodolphene sait où donner delà tête. Mais, l'oncle avait compté sans les habitants de la Bohême, qui, près du château, en troupelet folâtre, s'ébattent sur l'herbe, avec des chansons à la bouche. des rires qui montent avec un bruit de musique et charment l'oreille tendue de Rodolphe, qui, grimpé sur le mur, leur adresse un salut amical. Il n'en fallait pas tant pour s'attirer déjà des sympathies et
Marcel, pimpant, égrillard, enjambe le mur et demande au maître de céans couvert et fourchettes, afin de compléter leur service de table. Bientôt, toute la troupe dégringole de l'autre côté du mur, et c'est Musette frissonnante de joie, et c'est Phémie qui adore les pommes, et Schaunard, franc luron, va-nupieds adorable, secouant des mots d'esprit et les éparpillant partout. J'allais oublier de vous présenter Baptiste, ce serviteur fameux qui lit M. de \'oltaire. Il est très original. Colline, philosophe de pacotille s'entend à merveille avec cet Homais au petit pied, à ce point que très goulu ement, ils vont manger tout le dîner dans le corridor. Désespoir comique de Musette et de Phémie. Rodolphe, aux dépens de l'oncle, leur paie une hospitalité royale, parsemée de bons mots, où circule autour de la table improvisée, garnie de mets savoureux, une gaîté folle, enthousiaste, qui menace de ne plus finir. Ils sont tout à là fois hôtes, orchestre et boute-en-train. Ces amants de la vie heureuse sont deux fois ivres : de vin et de gaieté. Mais Baptiste paraît, épouvanté. Il vient d'apercevoir la voiture de Monsieur au tournant de l'allée.' Aussitôt de déguerpir : tous ces derrières « émerveillés », déboulent sur le gazon.
Monsieur Durandin se précipite dans la pièce, ganté et cérémonieux. Madame de Rouvres, prise d'un malaise subit s'est vue forcée d'arrêter en route à l'auberore.
Rodolphe, frappé par une idée heureuse, ofïre à son oncle qui n'en peut croire ses oreilles, de se rendre auprès de la dame.
Mais, il n'a pas sitôt franchi le seuil de la maison, qu'il se sauve avec les compagnons de tout à l'heure et fait le pied de nez à Durandin qui s'arrache les cheveux. Et la toile tombe sur cette crise avunculaire.
Deux mansardes au cinquième étage, tristes, nues et froides. Rodolphe dort d'un sommeil épais, entrecoupé de cris nerveux. Déshérité par son oncle Durandin, il a mené une existence tour à tour ensoleillée et remplie d'accidents fâcheux. Il n'a pas mangé depuis hier et voilà pourquoi, ventre afïamé, il n'entend pas le propriétaire — oh ! les propriétaires, — qui frappe à sa porte. Musette se confectionne un bonnet de dentelles, avec une franche bonne humeur de fille que n'ont pas encore durement atteinte les morsures de la vie. Elle s'accommode assez bien de ce branle-bas d'existence qui, du soir au matin et du matin au soir, la met sur le pavé. Son cœur jeune, s'oubliant dans la constance immuable de l'amour, se donne sans calcul. La vanité des soieries n'est pas encore entrée dans sa petite cervelle. Elle s'y logera assez tôt et alors c'en sera fini du bonheur.
Le propriétaire est sans clémence pour la pa vrette. Il réclame son loyer avec force éclats de voix
Musette, qui n'est jamais en peine de se tirer d'embarras, pirouette sur ses talons et lançant une gaudisserie au bonhomme estomaqué, s'enfuit de toutes jambes. Le sort veut que Marcel loue la chambre de Musette. Et, il n'est pas aussitôt arrivé que, pratiquant un trou dans la muraille, il aperçoit dans l'autre chambre, une délicieuse jeune fille en train de placer ses colis. Forcé de partir par le propriétaire, Rodolphe frappe, en passant, à la chambre voisine el à sa grande surprise tombe dans les bras de Marcel. Rodolphe reconnaît, par la petite lucarne sa Mimi qu'il avait voulu marier un jour. Il se sauve et court se jeter à ses pieds. Musette est revenue... Et le deuxième acte se termine en efïusions d'amour.
Nous sommes chez Musette. Un air de petite aisance circule à travers les nœuds de rubans c{ui entourent les chaises, la console et le rideau blanc qui semble de la neige soulevée par la brise. Les multiples relations de cette fille d'amour lui permettent de donner un semblant d'élégance à sa demeure. Il va des fleurs, ce n'est plus la mansarde d'hier si glacée dans son dénuement. Musette est bien changée. Elle a des allures d'indépendance qui inquiètent parfois Marcel et depuis quelques jours surtout, il pressent un malheur. Sa nervosité fait éclat à propos de tout et de rien.
Mimi est toujours la même, inlassablement aimante
et fidèle. Elle mourra si jamais Rodolphe l'abandonne. L'oncle Durandin poursuit toujours de ses reproches son neveu égaré. Il lui promet des millions s'il consent à redevenir raisonnable et bourgeois. Rodolphe l'ait la sourde oreille. Mais l'oncle a machiné un plan qui ne réussira cjuetrop. C'est à Mimi cju'il va s'en prendre, il la convaincra qu'elle est un obstacle au bonheur de Hodol[)he. La pauvrette se laissera prendre ingénuement au piège. Grâce à une conspiration avec le domestique Baptiste, il fera remettre à Rodolphe des lettres qui empoisonneront son amour. Rodolphe doutera d'elle, et quand Mimi se sera enfuie mystérieusement, il ira par dépit, ou désir d'oublier, brûler de l'encens à Madame de Rouvres. Alors, Mimi, folle de regret et ne pouvant vivre sans son Rodolphe pénétrera chez la comtesse et sollicitera une entrevue.
Pris de remords, Baptiste va tout réparer. Il verra M. Rodolphe et dévoilera le complot tramé contre lui. Mais auparavant, Mimi cachée dans la chambre voisine, écoutera jusqu'au bout, sans clamer son supplice, les déclarations de Rodolphe à Madame de Rouvres. Entrevue pathétique de Mimi et de la comtesse. Mimi ne se possède plus, injurie, lance des outrages et crie tout haut son amour en affirmant que Rodolphe ne peut aimer qu'elle. Elle veut partir.
Mais le neveu de Durandin, instruit par Baptiste de tout ce mystère, se précipite dans le salon, cause
LA VIE DE BOHEME lU?
iju scandale et ajoute ([u\[ ne sera jamais ré[)Oux d'une femme qui l'a trompé d'une manière si indigne.
Et il retourne à son ancienne viede jadis. Ils sont là tous deux, Marcel et Rodolphe, rêvant des bonheurs de la première jeunesse. Ils remuent la cendre «les regrets et pleurent en regardant leur logis vide du seul rayon qui l'avait éclairé jadis. Marcel chante douloureusement la chanson de Musette. Reverrontils jamais jNIusette et Mimi? Le silence retombe sur cet appel de leurs âmes au bonheur passé.
Mais quel est ce petit coup discret frappe à l.i porte? Oui songe à leur infortune? Une poussée brusque, nerveuse et Musette toute en larmes, revenue de ses infidéhtés, entrî comme une llèche lumineuse dans la chambre.
Et, c'est la poitrinaire Mimi, rendue de douleur et de regrets, qui ne peut plus supporter l'ennui écrasant de l'hôpital. Mimi va mourir ! Mimi est morte !
De jolis épisodes, des scènes où l'esprit pétillant? lance ses fusées. Quelques tableaux brossés de main de maître, voilà l'œuvre de Murger mise à la scène
La A\assière
M. Jules Lemaître A Madame Alphonse du S C.
\i\\ LiLii ! nui, tu nio l;i [>rerids ! et c est cela qui es! abominable... Dieu sait >i notre anaitié était innocente !... Mais cette enfant-là... Je ne peux pa.«! dire ce qu'elle était pour moi... Un rayon de soleil • l'automne... une grâce... une chanson... une romance, si tu veux... la dernière. Elle me refaisait un cœur jeune, malgré mes rides... elle avait la charité de me laisser croire qu'elle avait besoin de moi... Non. je ne peux pas dire... mais tu comprendras... plus tard... Et tu veux me la prendre?... «
Le monologue de Marèze, interrompu par les cris de révolte de son fils, continue ainsi, grandissant en émotion perlée de larmes. C'est comme un chant de cygne qui a reçu aux flancs le dard mortel et qui
laisse éclater avec une vibration intense, la douleur qui le tue. Et ici, la comédie se hausse jusqu'au drame oîi palpitent des -vies humaines. C'est le coup de lumière, éclairant de façon brutale et définitive la destinée de chacun, plongeant le pauvre Marèze dans la réalité des choses terrestres. On ne fait plus attention au vieillard bougonnant et maussade de tout à l'heure, du moment que c'est un être courbé par la douleur, une vieille masse grise effondrée sur elle-même qui sanglotte, le front dans les mains, et pleure son insaississable chimère. Je ne sais pourquoi j'ai vu en ce vieux Marèze, l'image de la pauvre humanité, quémandant sur toutes les routes d'ici-bas l'impossible bonheur, toujours insatisfaite et chagrine, courte dans ses élans vers ce qui peut l'arracher -aux laideurs triomphantes, inlassablement désireuse de ravir le feu des étoiles, et retombant sans cesse sur le chevalet de ses tortures.
Nous avions entendu cette pièce au sortir du collège, à cette heure de la vie où l'âme projette ses premiers rayons dans l'infini. Tout nous paraissait honnête et beau. Nos illusions étaient sœurs de nos espoirs. Nous apportions avec nous de la bonne volonté et des énergies qui demandaient à être utilisées pour le bien. Les déclamations de Jacques contre le monde officiel chantaient faux à nos oreilles ; ses idées de jeune artiste libre et fier, allant à heurter
LA MASSIEBE 111
les idées courantes, nous semblaient injustes, irraisonnables.
Depuis... les dieux sont tombés. Elle nous est apparue dans tout son mensonge, cette grandeur factice c[ui s'édifie au moyen de journaux gavés de grasses prébendes. Nous saluions en ces hommes qui tenaient en leurs mains les destinées du pays, les continuateurs du passé, et soudain à la lumière des faits, nous nous sommes aperçus qu'au lieu de la grandeur morale, ils représentaient la basse religion du succès. Jacques Marèze avait vu plus clair que nous. N'importe. Toute une jeunesse maintenant exubérante de vie, consciente de ses devoii's et devançant le mépris de l'histoire, a déjà fait le procès de la génération qui s'en va, emportant avec elle « ces sirés » des pieds à la tête qui ont amoindri l'âme canadienne-française.
C'est une belle pièce que la « Massière », non pas parce qu'elle est de Jules Lemaître, mais de ce qu'elle éveille en nous le sentiment de l'inexprimable et du fini. Pièce d'anatomie morale, âme d'hiver étudiée avec un art savant des couleurs, qui se déplie sans grandes secousses, largement humaine et s'affinise sous la touche de l'amour attardé. La pénétration psychologique pouvait-elle aller plus loin et est-il dans toute la littérature dramatique depuis vingtcinq ans, une étude d'âme plus fouillée, plus retournée
en tous sens? C'est la quintessence des amours de déclin et comme les couchers de soleil, cela prend par les fibres et rouvre en nous la source subtile des mélancolies profondes.
Elle fait songer cette pièce, à ces tableaux d'inté lieurs flamands où les personnages évoluent dans le clair-obscur de leur demeure et de leur destin, occupés à la besogne journalière, souffrant tout bas le fardeau du jour et le grave silence des heures qui tombent. Pas de fracas dans ces vies uniformes, pas de catastrophes retentissantes dont le monde parle. Il faut se pencher sur ces eaux tranquilles pour entendre le bruissement qui gronde en sourdine. Basses profondes, les existences toutes lancées dans la dissipation et le tapage, éblouissant la foule des naïfs en donnant l'illusion d'être entièrement tissées de joies, empêchent de discerner le son véritable et élevé qu'elles rendent. A de certains moments, la pièce touche au silence, on sent la palpitation des âmes qui grincent, s'émeuvent, gémissent et ont quelquefois des appétences vers les gouffres.
Monsieur Marèze, artiste de renom, âgé de cinquante-cinq ans, s'éprend de Juliette Dupuy — la massière — qui dirige l'atelier en son absence, distribue les fournitures et maintient l'ordre. Sa jeunesse émouvante et le courage héroïque qu'elle dépense à faire vivre ses parents malades, fatigués
LA MASSIEIŒ II-Î
et ^;ii;iuiiiL peu. riMiiucuL le \iril artisli'. Il lui jjrucure des leeons, eorrifre ses <T()(|uis (|u"ellc (Mi\()ie au .Salon et ce (|iii (loiiuc (II- l'autoriti' à la |iauvrelte. il iiu't sa sit<:iiatui-c au has di's u ui-dures o de ses élèves. Il paie de sa pidpri' uionnaie les tableaux (pi'il assure v[vf \('ndu.> à MU lidii' .Xim'-iii-aiu. Pour loul cela, il se cioit peiiuis — le \ ii'ux casse'' — île siufornier si elle est... satre. i'auNic Maiè/.e ! il se soutirait moins joyeux si flic allait lui dt-Noilcr un pi''(di('' l'ose. Nous autres lionuues. nous poir^sous rineonséquenee jus- (ju"à exif^er (pTunc l'ciuuic s(til irii'-procliahlc. nous lui niai'chandons avec asar-ici- riMdul;;encc (pie nous l'i'clarnoiis à irrand> cr'is.
.Juliette est sans lâche. Marè/.e est heureux et content. Il avait rêvi". le i^ranil poète, ii-ncontrer en sa vieillesse assombrie et rhumal i>aid e, une petite Heur poussée sur h's frontières de sa \ ie. <far<lt''e de tous les vents mauvais, iniiiuuuli'e, belle, se donnant aux autres avec la c(jnstan<e et l'iMitêtant caprice de.** ju\t''uiles ardeurs. Il xoulait en res[)irer le parturn ex([uis, se griser à nouveau, redevenir jeune et sou.s ses cheveux blanchis, essaxer de ressaisir l'âme des .sensations UKtrtes — celles de vingt ans.
Marèze ignore la profondeur du sentiment (jui le pousse vei's la ma.ssière. Et mon Dieu ! un artiste, parce qu'il est une sorte de surhomme, un être d'exception, n<' vous seud)le-t-il pas ipi'il doive aimer
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jinlreiiK'iil ([uc l;i Iniilc il(''V(»r<''e de phiisirs vult^aii'cs et bas? EsL-ce que ses façons rie comprendre, de sentir, de traduire dans ses études sa vision ori^nnale et personnelle du nionrie extérieur, d'y inn)ririier le ri'llet de sa f)ersoniialil(''sid)consciente, ne luiconfèrent j)as un droit supérieur à l'amour dans tous les tetn})s? Ses amours sont dc'uués de nuvtéiialité, ils retlèteut aulre chose (pie la trout)lante lueur des passions coulumières, ils ]irennent leur alimiMit dans une communion de d(''sirs la\(''s, nets et purs. C'est le rayon d"or (pii |(indic de vos yeux, jeune massière, c'est celle a](lihide jilus ai^uë fie vous adapter à rânu" jjoignante de ses rêveries, iix('e sui' la toile, cpii fait «jue. voire dans ses es({uisses ina(die\ ('es, nous saluez de votre doux sourii'e. l'fpuvre future (pii atlachei'a le lauriei- iuimoi-tel au fi'onl du maître. I )e tout cela, • '! de \oli-e modestie touidiante. \de oti'e labeur tibscm- (pii laisse pressentir un êti'C qui s'immole à la l!eaulé'. se compose l'attrait sincère, iri-(''sistible, maladif de Marèze pour vous.
.le sciais l)ien tenté de raisomier ainsi et je voudrais ])i(Mi (|ue les artistes créent une for'me éthérée de l'amoiu'. Les psyclio|()(.Mies de l'avenir nous découvriront j)eut-être chez les génies, un système d'aimer, inconnu des autres, (pi'ils dresseront savamment à l'heuieiise surprise des amourcni.x d'idées. D'ici là.
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nouïi tenons les artistes pour peccables, et (|u;ui(I ils marchent sur des abîmes, ils y tombent.
(".'est bien l'opinion de Madame Marèze. Nous nous; inclinons devant cette saine et noble figure. Nous la connaissions d'ailleurs, nous avons vécu de sa vie. Elle a des facultés d'endurance et des réserves prodigieuses d'énergie, nous lui devons le meilleur de nous-méme. On la salue dans ses rêves, elle habite le sommet de notre pensée pour éclairer, surveiller et ennoblii" nos actions. Son ombre chérie nous eOleure tout le long de la joui'm'c. elle est là pour nous prendre dans ses bras (|uand le ((fui- se gonlle et éclate. Ellenous préserve de bien des déchéances, et ni les séparations, ni les déboires et les amertumes renouvelés ne pouii'ont efl'acer en nous les contours sacrés de sa silhouette, résignée, attendrissante et pidie.
Madame Marèze ne se fait pas d'illusion sur l'état d'âme de son époux. Elle lit en lui, comme dans un livre ouvert et c'est vi-aiment délicieux de voir ce bonhomme, rager d'être toujours pris au piège. Que ne donnerait-il pas poui' trouver le moyen de cacher ses sentiments ? Encore, est-il bien sur (|u'il ne se berne pas lui-même. Avoir du bon sens (juand on a vieilli, est souvent aussi dillicile que lorsqu'on porte iraillardement son printemps. Il tombe donc dans le panneau à chaque fois. Elle le traite en enfant malade et c'est de la sorte ([u'on aime à le voir traiter. « Il
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y a des choses (luc lu ne j)ciix jtas comprendre, ma pauvre femme», lui dit-il un jour. Sauvons de l'oubli cette j)arole ! Oui ne trouverait dans cet aveu anfîoissé une jdiilosopliie très haute, une forme i-ajeuiiie de l'axiome socratiipie ?
Jacques le frondeur a fait des siennes. Il ^Miette tous les jours Juliette, et ensemble, ils cf)urenl le^ mus(''es, élucident les (piestions d'art. Cet amour de tête se chan^ïe en un sentiment très \\ï (|ni fait désirer à Jaccpies l'union ('droile du fo\er. Il s'ouvre de son projet de nuiria^'C à la mère. (|ni met tout en ceuvre pour l'en dissuadei'. Jacipies en appelle au vieux Marèze. il se montre cruel en vertu (h* ce privilège qu'a la jcnme-^se et (pii s'exerce en d(''pil des ( heveux blancs et dc^ deinières idoles (pii s'alTaissent dans les cœui's vieillis. >Son père le chasse. Madame Marèze ayant réiléchi. mande la massière qu'elle avait congédit''e jadis de l'alelier de son mari. La cojiversation s'engage et Juliette lui apparaît ce qu'elle est véritablement, une brave et honnête travailleuse. Elle décide, séance tenante, maign'' h' refus de la jeune tille, le mariage des deux «mlants. Marèze est nommé à l'Institut. Les jeunes tilles (Je l'ateliei- lui ])résentent un bouquet avec une adresse, i\uv la massière termine de lire, vibrante d'('-molion. 1/ailiste baisse la tête et dans un jj^este "jéni'reu.x et d(''ta(du'',