‹ Le théâtre à Montréal; propos d'un huron canadienChapitre 19 sur 37 · LE TIIEATIŒ A MOMliEAL · texte numérisé non relu

LE TIIEATIŒ A MOMliEAL

]»iis(»n (les sens, ils ne vont ;L;'iière plus loin (|uo le honî (le la chaîne, ils s"y iiieurtriss(Mit. (|iia[i(l ils n'y laisscjil pas le sang (.le leui- âme.

Est-il existence ])lus iii('Mii(''(lial)lfiii('iiL liiiic. ih'-vastée (pie celle (l'Andn'" Bii/.eux? NOiis n'y I i<ui\ cic/. pas même une pierre cpii flemeure debout : c'est Ui dc^chc'ance complète, absolue. Hien ne iM^pousscta silices ruines moraies et physiques dans Icsipicllcs il cric m(''lancoli(|ue, bless(' à mort. Son uM-nic et les \iilu;jlit(''s lëcondes (|u'il i-enfermait. tout <('lii a ('-ti' di-Ndn'- ])ar l'Eros cruel ! Kant('')mes de [dai>iis aprrs l('S(|ii('U il a conrii <''|)('rdùm('ul . avec ralhiic du \(':ti;.fe, foulant à ses pi('(ls. femme, situai inn. de\(»ir> d'homme public et privi''. le lais>ciit d(''>(i'u\ i(''. <iâcli(''. panlelatd de souffrances, avide d'eaux pures, danla baiii| iieioiil e linale de ses ci'oyances en liii-mi'Miiç. H n'y a plus (pic deux alternat i\(\'< ]>()ssiblcs : la mort ou racceplai ion couia^eiix- i\{'> cons('(picnces du crime (piil a commis.

One d'etlloraisons. au cours de l'histoire de la peiis(''C humaine, se sont ai-iêl(''es à mi-chemin ! Le vil égo'ïsme, l'amentement t\i'<. nuMliocres contre ceux (pii portent un prinlemps au froni cl dans rinlinie de leur être, une chanson (li\ine prête à s'enxolcr. ne suilisent pas à expli({uer ces chutes lamentableet d('dijuti\es. Le serpent, sous les i-oses, a (lonn('' sa pi([ùre mortelle. Soit, mais on ne tue (pie ceux (pii

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veulent bien mourir. Les autres ont leur heure et quand elle tarde à venir, à cause de la petitesse des hommes, ils la prennent, s'en font une arme et descendant sur le sable des arènes, ils déchirent leurs vêtements afin que l'on sache ce qu'ils sont et leur âme, et leur pensée, et leur conscience apparaissent à la foule.

Pour André Brizeux, quel réveil douloureux d'un rêve enfiévré ! Il gémit, se roule, se tord dans son impuissance. Remontant en sa pensée fébrile le flot des ans révolus, il aperçoit sa vie d'artiste, rêvée si glorieuse au début. Il sent bien qu'il périra tout entier dans sa tombe, lui (|ui était né pour mirer son front dans les astres ! Les siècles futurs ne le distingueront pas de cette foule incolore et remuante de petits grands hommes qui jouissent durant une époque, de vogue éphémère !

Sous le jour brutal de la réahté, la nostalgie des choses qui auraient pu être et ne seront jamais, le torture. Il marche dans une espèce de vague somnambulisme. Il voit rouge. Pris déjà tout entier par le monstre, il ne tente même pas de s'arracher à ses griffes. Que ce doit être une grande douleur que celle d'un artiste qui, grâce à une vision rapide, prend conscience de sa valeur stérilisée par la passion ; de se savoir fini, vidé, de contempler une dernière fois dans le champ de sa pensée, ses créations, belles au

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iiiatin, étendues désormais moi-tes avant d'avoir su vivre !

La Rivale est un drame d'une intensité de sentiments et de pensées vraiment extraordainires. On n'y est guère heureux ; on y vit toujours sur des pointes de compas. Un sculpteur de renom, Brizeux, est marié depuis plusieurs années à une charmante femme qui a mis à le servir tout son dévouement, et l'adore parce qu'il représente à ses yeux le mari idéal et l'homme que caresse la gloire. Ils ont vécu des années heureuses, ensemble ils ont triomphé de l'obscurité et forcé le public à lever les yeux sur le maître André. L'atelier, où il travaille chaque jour, est orné de Gobelins authenti(|ues. Un luxe inouï d'art, de statues, de bibelots curieux, et rares, y compose une atmosphère supérieure.

André rêve de couler dans le bronze l'œuvre magistrale qu'il jettera « comme un défi au temps ». Jusqu'ici ses efforts ont été vains, il a été incapable de créer. Des charpentes idéales, des schémas grandioses, beaucoup de rêves dont il n'a pu. hélas ! saisir le fuyant mystère, hantent sa tête endolorie. Essaie-t-il de se remettre à la besogne, le ciseau lui tombe des mains et il reste là, angoissé, face à face avec sa chimère. 11 devient plus irritable que jamais. L'aile du malheur plane sur cet heureux foyer. Si les doigts sont inhabiles, la voix stridente, le front

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