LA RIVALE
rliai'<j:é de nua^ïes. il y a un aiiioiii- iiiii couve dans le cœur de l'homme, il éclatera à la moindre lueur de réponse. Ces nervosités doublées d'impatience rameuse, d'amertume, de paroles cassantes, acérées lomme une lame de couteau, indicjuent que le mal n'est pas à la tête. L'inspiration ne manque pas à cet homme, il a du talent, du génie, mais la faim de la chair commence à le dévorer. Dans un accès d'élo- (juence exaltée, il dit à Ligneuil (|u'il lui faut aimer. Il attend le frisson de la vie pour rendre vivant le marbre, il veut sentir là, devant lui, une créature de beauté qui se rapprochera le plus de ses conceptions de créateur, la voir se débattre et gémir, vaincue, étoufïée de sanglots sur son épaule, servante de sa passion d'homme, sienne à jamais, et alors seulement l'œuvre géniale sortira de ses mains.
Simone de Mortagnes, une cousine à lui, passe les vacances avec son père dans la maison du sculpteur. C'est une belle proie. On lui fait la cour sans avantage. Le baron de Ligneuil s'épuise en vain, et le pauvre Pontecroyx n'est guère plus heureux. Ruiné, d'une jeunesse lointaine, il a trop de bon sens en plus pour plaire à une jeune fille de vingt ans. Il est clair, cependant, que Simone est troublée depuis quelques jours. Elle est nerveuse et soufïrante. Dans une revue exécutée par Lormiers, Simone interprète avec une maîtrise superbe le « Cygne » de Saint-Saëns.
Le sculpteur se trouble. Il s'emplit les oreilles et le cœur de cette harmonie sourde de passion mal contenue. Les âmes qui vont se livrer l'une à l'autre ont comme cela des appels sourds et (pi'elles seules entendent. La lutte a trop duré et l'heure de la grande défaite est sonnée. C'est la scène classique des aveux. Un cri étoufïé arrache à leurs embrassements criminels les deux amoureux. Simone s'enfuit de la maison, car elle ne veut pas afïronter le regard méprisant de madame Brizeux. Vous connaissez le reste. C'est exaspérant de vulgarité : rendez-vous dans le rez-de-chaussée à la faveur de la nuit, le crime, la maternité coupable. .Jane, déguisée en vieille femme, suit son mari, se traîne sanglotante, folle de douleur, colle sa paupière dilatée au trou de la serrure. Ah ! non non, ce n'est plus son André cela, non, mais un homme quelconque qui se vautre « dans la grasse étable du plaisir ».
Tous ces incidents douloureux sont racontés à Pontecroyx par la malheureuse <|ui a lancé dans le monde que fréquentent les Brizeux, des invitations afin (|ue tous les amis de l'artiste acclament l'œuvre attendue et maintenant terminée. Elle a forcé Simone à venir. Jane la contraindra à l'embrasser. Pendant ce temps, Brizeux exaspéré, hors de lui, se promène devant la « Rêveuse » et renie son œuvre avec force éclats de voix. Il quitte le salon