LA RIVALE
flisiiiiL à sa femme ((ut'llf tVra les lioiiueurs de la jinii'iiée. Simone arrive. Lifineuil est là. Nouveaux aveux brûlants. Bordée d'injures, André paraît et la jeune fdle se précipite dans ses bras. Tout s'expli(pie. Le baron est chassé. Madame Brizeux pénètre soudain dans l'atelier. Elle est inquiète du départ étrange de Ligneuil. Elle veut savoir. Elle demande à la cousine de l'embrasser. Simone perd connaissance et pendant (pTelle feint de courir à sa chambre chercher des sels, cachée derrière la statue, elle perçoit les paroles d'André à Simone : « Nous partirons deniaiii. 11 le faut. " L^lle fait un effort et s'approche. La jeune lille va mieux, et comme son père arrive sur ces entrefaites, elle lui demande d'aller respirer l'aii'.
Nous voilà à la grande scène draniati(|ue oîi la pauvre femme déploie tout son amour a lin de retenir son André ([ui veut la ([uitter. Elle s'efforce de lui nidutrer dans le travail le remède qui le guéiira : (' Travaille et ton art te sauvera. » 11 répond que son art l'a trompe'', (pi'il a augmenté en lui les appétits du plaisir. Elle évocpic le passé, elle demande à ses statues, à ses dessins, de ne pas permettre cpi'il parte ainsi. André détourne la tête ; sa passion le traîne sur la route où s'en est allée la fille de sa honte et de ses désirs coupables. Il n'est plus maître de sa volonté et de ses actes. Ils se disent adieu.
La pauvre femme a vécu vingt mois dans l'abandon. André la fait supplier par Pontecroyx de lui accorder une suprême entrevue. Elle refuse. Mais grâce à une ruse de l'ami, André, pénètre une nuit dans son ateliei'. 11 exhale en lamentations sa détresse morale. .Jane s'est réveillée et elle écoute sans qu'il la voie, drapée dans ses vêtements blancs. Il va sortir, après avoir embrassé d'un regard circulaire ces choses d'art (|ui lui i-appellent ses labeurs de jadis, éclairés par une espérance de gloire, d'épanouissement grandiose. Soudain, il aperçoit Jane (|ui se tient droite, immobile sur l'escalier, telle la statue du passé, aux lèvres murmurantes, qui passe dans le sommeil à travers une fuite de rêves.
Pontecroyx s'esquive. André supplie Jane d'avoir pitié de lui. Toute la blessure béante crie le pardon. De ces mêmes mains caressantes hier et qui, dans un moment de folie, ont brisé le scepti'c de la foi conjugale, il implore miséricorde. Elle se montre inexorable. L'amour, la pitié, les tendresses de jadis sont éteintes en elle. F^lle (|uitte l'aris et va s'ensevelir à Alger.
(Vest une forte pièce. De la couleur, des dialogues corrosifs et soutenus, des situations d'un dramatique intense, une chaleur de composition qui ne se ralentit pas. Il y a certes, un déuoiiciiient antisocial et anti-
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chrétien, et peut-être bien ki preuve que l'art pour certains hommes est l'ennemi de la morale. Mais, pour ce qu'elle contient de tristement humain, elle arrête le grelot qui sonne dans nos têtes. Elle nous force à nous (Jemander ce que c'est que la vie, nous enseigne ce qu'elle ne doit pas être.
Et sur cette fin de drame, descendent les ombres de la nuit où le mystère des choses et des âmes, la fatalité des actes criminels augmentent le malaise et la lourdeur des regrets. Nuit de l'âme et de la maison ! La physionomie des objets familiers adopte, pour ainsi dire, une attitude de mélancolie souffrante. Ils ont leur gémissement à eux. Auprès de cette agonie universelle, quchpies touffes de violettes encore fraîclies, baignent dans une eau restée limpide et pure — l'eau du matin. Tant il est vrai qu'il n'existe pas de ténèbres qui ne soient traversées par quelque rayon lointain et pour que la féroce réalité s'atténue en quelque sorte, le petit contraste lumineux lance toujours son aigrette de ilamme au-dessus des désolations et des gouffres humains.
La Dame aux Camélias
Alexandre Dumas fils
A Maria
« Ainsi, quoi (luflle fasse, la créature tombée ne se relèvera jamais 1 Dieu lui pardonnera peut-être, mais le monde sera inllexible ! x\u fait, de quel droit veux-tu prendre dans le cœur des familles une place q^ue la vertu seule doit y occuper? Tu aimes ! qu'importe? et la belle raison ! Quelques preuves que tu donnes de cet amour, on n'y croira pas, et c'est justice. Que viens-tu nous parler damour et d'avenir? Quels sont ces mots nouveaux? Regarde donc la fange de ton passé ; quel homme voudrait t'appeler sa femme? Quel enfant voudrait t'appeler sa mère? »
C'est l'acte d'accusation dressé par une courtisane contre elle-même et toutes les femmes de sa classe,
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et que le monde, avec moins (liMoiiuence sans doule^ formule à l'occasion contre ces malheureuses.
iMarguerite Gauthier est une sœur, oh ! très lointaine de Juliette. Ainsi f|ue la grande amante de Shakespeare, elle restera éternelle dans le monde de l'art, car elle marque une date dans l'histoire du théâtre au dix-neuvième siècle, (l'est avec elle (jue le cas de la courtisane a l'-tV' introduit au tlii-âlrc, discuté par la presse et les différentes écoles. Elle passionnera, cette Marguerite, elle passionnera toujours les adolescents et les jeunes femmes qui ne verront pas en elle une cri^ature d'exception, mais, sans se l'avouer tout liaul. l'amoureuse rêvée aux heures de solitude cl de iiM'Iancolie. Je m'exprime mal, je veux dir(^ la femme capable de se sacrifier à l'objet aimé en lui ddiiuanl la j)lus grande preuve d'amour. Le parfum capilcux (pii s'échappe de ses camélias gardei'a encore le pii\ilcgc de troubler les jeunes imaginations.
Débarrassée de son lyrisme, de ses phrases à effet, de cette sensibilité* exagéi'ée (pii la caractérise, cette pièce sendilera à plusieurs une vulgaire histoire de maîli-esse <pu s'est ménagée, dans sa vie tumultueuse et désordonnée, une fraîche idylle dans une campagne remplie de roses et de soleil. Les historiens de la littérature, qui font, en ce moment, le procès du romantisme au nom du bon sens et des droits de la raison.