LA DAME AUX CAMELIAS
C t'i>l une injustice; f|ui a assez loiiirteinps (liiié. Ce lils illégitime, ayant souffert d'un mot cruel prononcé par les mauvaises langues, quand il allait à l'école primaire, a conscience d'une mission régénératrice des mœurs à accomplir. 11 se croit délégué par cette portion miséreuse de d(''classés, il en sera l'avocat passionné et éloquent, il lancera à la face de -on siècle des cris de révolte généreuse ([ui le forceront à discuter ses idées, et du choc de la polémique — qui peut savoir? — jaillira une justice plus humaine, plus haute (|ui s'inscrira dans les codes.
Plus (le passions, de faiblesses d'esprit et de cœur, réservées uni(|uement à une classe d'individus, — ce qui constitue dans l'ordre des choses des exceptions dangereuses et injustes. La musique de la vie se fera entendre également aux déshérités du mandat social. Cet ensemble de coutumes, de lois, de préjugés qui ont été acceptés comme raisonnables, il tente d'en montrer la fausseté et les déclare indignes de la civilisation moderne. C'est à la formation d'une nouvelle morale sociale qu'il consacre ses énergies ; non pas de cette morale que les hommes altèrent suivant leur bon plaisir, défigurent, travestissent afin qu'elle se fasse accommodante à leur taille, mais la saine, la pure, la complète et divine morale qui est tombée des lèvres fin Clirist et <|ui procure, seule, la santé aux individus et aux peuples.
Il sera beaucoup pardonné à la Dame aux Camélias, parce c|u'elle fait penser. Ce n'est assurément pas un roman qui a perdu à être porté à la scène. L'action dramatique est réglée avec un art savant.
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La Tosca
Victorien Sardou
A Raoul
C'est un drame profondément immoral, immoral jusi[u'aux os. si tant est qu'une œuvre dramatifjue puisse en avoir.
Sang et mort 1 \'ictorien Sardou aurait pu écrire ces deux mots au frontispice de son drame et à eux seuls ils auraient résumé le drame tout entier. Un païen le signerait sans hésitation, tant il y trouverait, sous une forme rajeunie, poétisée sans doute, et cuisinée pour nos estomacs de modernes rafFmés, la quintessence de la cruauté antique. C'est la grande et sombre fureur des amours italiennes mise en relief par l'un des plus puissants dramaturges du dixneuvième siècle et c'est aussi, semble-t-il, une gageure de férocité. Il est singulier que dans ce siècle de
jirogfcs et de lumière, qui a créé la morale de la solidarité, la morale des peuples, des sports, qui édifie l'esthétique des batailles et de l'air, cependant que certains prophètes ornés d'un sceptre d'or annoncent à l'humanité lasse de souffrir, l'aurore d'un art social et d'une justice nouvelle, apparaissant dans le lointain sur les temples ensevelis ; il est étrange ciu'unc production aussi monstrueuse soit sortie d'un cerveau de dramaturge. Car c'est l'humanité peinte sous les plus viles couleurs, sans que pas un moment la grâce sereine et attendrie de la pitié exhausse sa noble figure au-dessus de ce flot de barbarie. C'est l'immoralité de la douleur ; ou, si vous aimez mieux, la moralité de l'axiome : « Dent pour dent ». Cinématographe sanglant qui fait s'agiter sous nos regards épouvantés, des visages réjouis de leur féroce bonheur, un front ruisselant d'une sueur livide d'agonie, des bouches qui se crispent, se pâment sous l'excès de la souffrance, et se tendent éperduement vers le bonheur.
Nous ne sommes plus au théâtre, mais dans une salle de vues animées, l'illusion est réelle, car cette douleur étant trop gémie, criée, se trouve sans paroles et sans voix, il n'y a plus qu'un geste transi qui révèle un pâle souvenir de catholicisme. Croquis « 89 », confectionné sous le ciel d'Italie, dans l'énervante beauté des pins parasols et où se dessine, sur