LA TOSCA
l'horizon idéal, l'orgueilleuse parade des paons altiers et sulîisants. Ce drame évolue dans un décor éblouissant de cette Rome des arts, de la littérature, de chefs-d'œuvre de toute sorte, où l'expression de la vie prend une intensité inconnue ailleurs, ville de rêve où Léopardi ayant connu l'incapacité divine de ne pas aimer, apaisait devant ces spectacles éternels ses morbides aspirations, où Fogazzaro promène son âme avide d'ascensions humaines, où le plus misérable bohème qui rêve de lancer dans l'infini sa pensée inquiète pour qu'elle retombe sur son front en fusée d'étincelles, tournant avec rage dans sa gueuserie inféconde, voudrait aller y mourir en écoutant dans l'espace grandiose l'écho de la grande pensée de Cicéron et de Dante.
Mario Cavaradossi donne les derniers coups de pinceau à une toile sur le mur de l'église Saint- Andréa des Jésuites. Peintre aux cheveux courts, il appartient d'esprit à cette école de révolutionnaires internationaux qui a possédé en Italie un si brillant adepte dans la personne de Silvio Pellico d'avant la prison. Il lit \'oltaire et est de ceux — vous pensez bien — que les commères montrent du doigt. \"olontiers, il dirait, tel le jeune tailleur de Rostand, — par désir d'étonner, générosité d'âme, fougue juvénile, au malheureux qui passe, avec un sourire de défi à l'autorité :
«... Je suis, Monseigneur, artiste et jeune France »
« De plus, Carbonaro pour vous servir,
... J'ajoute, pour poser en pied mon personnage »
Que je suis libéral et basiléophage ».
— Ma vie et mon poignard, Altesse, sont à vous. »
Peut-être trouvez-vous que le jacobinisme détonne beaucoup dans ce milieu de foi, de prières et de vertus? Vous avez tort : les ennemis des Jésuites,^ les Jacobins, les révolutionnaires en général, ont toujours composé avec les gens d'église. Le cheval de Troie dans la nef de l'église, comme cela n'est pas nouveau !
Soudain, un homme enveloppé d'un manteau sombre se précipite dans la chapelle. Mario se retourne et surprend un fugitif, tremblant de tous ses membres, qui raconte sa fuite du château Saint-Ange, grâce à sa sœur la marquise Attaventi, qui lui a fait parvenir des habits de femme. Le peintre est touché de la triste histoire du malheureux et lui promet son dévouement absolu.
Mais, on frappe, l'amante de Cavaradossi s'impatiente à la porte de la chapelle, et trouve que l'on n'ouvre pas assez vite à son gré. C'est la Tosca, une chanteuse célèbre et surnommée dans toute l'Italie : « La Divine ». Elle a conservé un grand fonds de naïveté, la vie n'a pas encore défraîchi son bouquet d'illusions. Elle aime follement, jalousement et puis
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elle est mystique à sa façon. Entre deux baisers, elle jettera aux pieds de la Madone une brassée de fleurs et murmurera une prière émue. Elle croit de la sorte calmer la colère de la Sainte et s'imagine être alors moins coupable. C'est pure imagination d'artiste en qui la foi garde une petite lueur tremblotante, et jusque dans le meurtre, au milieu du silence le plus effroyable, tombant sur les spectateurs morfondus d'angoisse, c'est elle qui lui inspirera l'idée de placer des bougies à côté de Scarpia, un crucifix sur sa poitrine et puis — inconsciente ironie des choses saintes — un geste de prière sur ce cadavre encore frémissant des dernières pulsations de la vie.
Cette religiosité, Sardou la convertit en élément dramatique et elle entre pour une large part dans ce sentiment d'épouvante qui secoue l'auditoire à la fin du quatrième acte.
La Tosca fait une scène de jalousie à Mario. Elle a entendu des chuchotements. Il n'est pas seul ; il la trompe. C'est ainsi que l'on aime à être aimé et je ne sache pas quelqu'un qui n'ait trouvé cela délicieux, et Mario tout le premier. Est-ce que l'on se sent réellement aimé, avant le jour où l'on s'entend reprocher de ne pas savoir beaucoup aimer ? Notre grande misère s'accommode infiniment de ces exquises contradictions. Ces tiraillements finissent toujours dans une caresse et tout est oublié. Tosca se sauve à regret :
elle doit chanter le soir même chez la reine et elle ne ne sait pas encore sa cantate.
Le canon du château Saint-Ange vient de révéler à la ville qu'un prisonnieis'est enfui. Le baron Scarpia, préfet de police, pénètre dans l'église avec ses sbires. Mais Angelotti et Mario se sont sauvés. Un éventail de la marquise Attaventi oublié dans la hâte précipitée du départ fait connaître à Scarpia que le fugitif est passé là. Quelques indices... le confirment dans l'idée que Mario est en quelque sorte complice de l'évasion de Caesare Angelotti. Et c'est là la fin du premier acte.
Grande soirée au palais Farnèse pour célébrer la prétendue victoire à Marengo des armées italiennes sur Bonaparte. La Tosca doit chanter. Scarpia lui parle de ses amours et lui demande, avec une intention de derrière la tête, si elle a perdu un éventail dans l'église des Jésuites. La Tosca se trouble en reconnaissant le blason de la marquise Attaventi. C'en est trop, elle écume, rage, frappe du poing avec emportement. Maintenant, elle se souvient que Cavaradossi lui a annoncé qu'il passerait la nuit à sa villa, dans la campagne romaine. C'est lâche, c'est traître, il est en ce moment avec la marquise.
La nouvelle de la défaite finale des Italiens termine la fête et la Tosca ira surprendre son amant dans les bras de l'autre. Le baron Scarpia et ses allidés