TA MARGE D' ŒDIPE- ROI
destin, il prit la fuite et sur sa route s'élant querellé avec un vieillard, il le tua.
L'épouse Jocaste, de son côté, croyant démontrer la fausseté de la prophétie du devin, raconte que Laius, suivant une prédiction, devait être tué par son fils. Mais, poui ^mpêcher ce parricide, au palais de Thèbes, aussitôt qu'un enfant naissait, on lui perçait les pieds et un berger allait le porter dans la montagne. Et d'ailleurs, on aurait tort d'ajouter une foi insensée à cette histoire d'assassinat de Laïu; par (J^^dipe. C'est à l'embranchement des trois chemins, entre Thèbes et Daulis, que l'ancien roi a péri. Ces efïorts mutuels en vue d'écarter les images sinistres apportent un calme momentané... Un messager de Corinthe vient annoncer que Polybe étant mort, Œdipe a été désigné, par le suffrage unanime, comme son successeur.
Œdipe bouleversé, r 'fuse. Il craint que la prédiction fatale ne s'accomplisse à Corinthe. Mais, il n'est pas longtemps dupe des faits accomplis, un berger de Laïus vient témoigner de la vérité déjà mille fois prouvée. Jocaste, folle de douleur, court se pendre et le pauvre Œdipe s'étant crevé les yeux, s'achemine sur les routes de l'exil, après avoir pressésurson âme ses enfants adorés.
\'oilà le drame réduit à ses traits essentiels.. C'est un sommet de l'art théâtral... Je n'ai rien vu d'aussi
fort, de plus musclé, de plus tendu vers la perfection. C'est l'exaltation des lignes pures, des lumières fortes et dominatrices et cjui, tout de même, renferment assez de mystère pour effleurer les parties profondes de l'être humain.
La réalité y coudoie le divin : deux mondes se mélangent pour nous donner, en une synthèse vigoureuse et nette, la vision d'un art harmojiieux et rare. De cette ascension vers les sources originaires de la pensée liumaine, il nous reste un éblouissement, une espèce d'adoration devant les règles éternelles du vrai.
Involontairement, vous surprenez à vos lèvres ces vers d'Alfred de Musset :
« Regrettez-vous le temps où le ciel sur la terre » « Marchait et respirait dans un peuple de Dieux » « Où Vénus Astarté, fille de Fonde amère, » i( Secouait, vierge encore, les larmes de sa mère, » « Et fécondait le monde en tordant ses cheveux ? «
Où quatre mille dieux n'avaient pas un athée.
On se sent reporté vers les lointains des races et ce
«primitif « si plein d'élan, de trépidation vierge à
l'aube des civilisations, garde une vertu rafraîchissan-
sante. Dessin tout clair des paysages qui virent des
peuple nombreux, ignorant les virtualités de l'ave-
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nir, mais fiers d'attester qu'ils avaient la vie et de la communiquer à la matière environnante. Nation rieuse sur des lits de roses, que l'idée du sacrifice arrachait, pourtant, à la frénésie de vivre et de créer. Frémissement impalpable de l'âme d'Iphigénie, envolée dans le royaume des ombres, et qui, sur le bord du néant, lançait à la vie, le rire perlé de sa bouche finCj
Ce qui se dégage de ce chef-d'œuvre, c'est une impression violente, colorée, de la douleur, meurtrissant juscju'aux racines de l'âme. L'idée du mal pénètre avec une telle force, qu'elle ébranle les fondements de la vie d'Œdipe.
Pauvre grand roi, qui se forge ses chaînes ! Croyant chercher le coupable, il se cherche lui-même. A son insu, c'est contre lui qu'il appelle la colère des dieux et d'un geste terrible de colère, il règle l'avenir de sa propre existence. Il y a quelque chose de poignant dans cette enquête du crime commis par ce juste coupable. A mesure qu'il avance vers l'aiïreuse vérité, et qu'un mot, tel un éclair, illumine ce qui l'entoure, il a l'âpreté de savoir jusqu'au bout, dût cette lumière crue et totale le foudroyer là, devant son peuple qu'il adore.
Mot à mot, il arrache du vieillard tremblant qui est à ses pieds, le secret de l'énigme. Il exhale en cris son désespoir. Dans sa rage douloureuse, il voudrait
effacer avec le revers de sa manche cette obsessioa incrustée dans les membranes de son cerveau. Fébrile, laissant tomber de ses lèvres des paroles de révolte, il serre dans des mains crispées, son front battu par la fièvre. Il se prosterne devant l'autel des dieux et de sa poitrine en feu, sortent, gémissantes, étoufïées. des lamentations infinies. Unmoment, il se ravise. L'espoir fou d'échapper aux lois funestes l'incite à promener un regard autour de lui, un de ces regards cjui cherchent la paix, avec la physionomie coutumière des choses. Il a juste le temps d'envelopper d'un dernier regard d'adieu son palais somptueux, ses richesses et ses trésors. Condamné par le destin, il presse en sa prunelle dilatée, la minute éblouie qui lui reste. Demain, ce sera la nuit, l'irréparable vu, touché, senti.
Ses imprécations suivies d'exécutions inutiles et barbares ont éludé, un moment, la cjuestion précise, lancinante. Elle renaît d'elle-même ; elle est charriée par son sang c|ui lui bat aux tempes. Chaque essai de protestation enfonce en lui la vérité, qui sortant du passé, l'assiège et le torture. Elle marche sur lui, écrasante et pleine d'insolent triomphe.
Comme dans l'urne cju'un poison subtil remplit et nuance de diverses couleurs, le feu de la vérité s'empare de ce front couvert de honte, de ces joues tirées et livides, de cette bouche convulsée en un